Eau s'écoulant d'un robinet

PFAS : la start-up suisse Oxyle dit pouvoir détruire les polluants éternels

Les PFAS auraient trouvé un adversaire à Schlieren, dans la banlieue de Zurich. La start-up suisse Oxyle affirme détruire plus de 99 % de ces polluants éternels dans les eaux industrielles et souterraines testées, grâce à un procédé baptisé OxLight. Des résultats prometteurs, rapportés par Blick, mais encore issus de projets pilotes et revendiqués par l’entreprise elle-même.

Le problème des PFAS tient dans leur architecture. Ces substances per- et polyfluoroalkylées reposent sur des liaisons carbone-fluor parmi les plus robustes de la chimie organique. D’où leur surnom : elles ne se dégradent pratiquement pas, s’accumulent dans l’environnement et dans l’organisme. On les retrouve dans l’eau potable, les vêtements, les cosmétiques, les médicaments ou les jouets.

OxLight s’attaque précisément à cette liaison. Le procédé combine une lumière ultraviolette et une chimie dite de médiateurs, qui génère des électrons hydratés très réactifs. Ces électrons brisent les liaisons carbone-fluor et transforment le fluor en ions fluorure, présentés comme inoffensifs.

Détruire plutôt que déplacer

La nuance compte. La plupart des technologies actuelles captent les PFAS : filtres, charbons actifs, résines. Le polluant ne disparaît pas, il change d’adresse et finit dans des déchets concentrés qu’il faut ensuite gérer. Oxyle revendique une destruction sur site.

Lors de pilotes menés avec des clients, l’entreprise dit avoir dépassé 99 % de destruction dans des eaux usées industrielles et des nappes contaminées, avec une défluoration complète. Pour le TFA, l’acide trifluoroacétique, elle annonce 99,9 % et un bilan massique du fluor proche de l’équilibre, autrement dit sans sous-produits fluorés égarés en route. Blick précise qu’aucune validation indépendante n’est encore publiée.

Une thèse de 2013 devenue entreprise

Oxyle est née en 2020, mais son histoire commence plus tôt. Sa cofondatrice et directrice générale, Fajer Mushtaq, a posé les bases du procédé dans sa thèse de doctorat à l’ETH de Zurich, en 2013. Aujourd’hui, la société travaille avec des industriels de la chimie et de l’agrochimie, des fabricants de PFAS, des laboratoires pharmaceutiques et des spécialistes de la dépollution des sites.

Le contexte réglementaire joue en sa faveur. Cet été, l’Agence européenne des produits chimiques a officiellement classé le TFA parmi les PFAS et durci sa recommandation sur la concentration admise dans l’eau potable. En juillet, l’Autorité européenne de sécurité des aliments avait abaissé la dose journalière admissible de TFA à 0,014 mg par kilo de poids corporel. En Europe, on estime à quelque 23 000 le nombre de sites contaminés, dont 2 300 jugés particulièrement préoccupants.

Le mur de l’échelle industrielle

Fajer Mushtaq ne promet pas de miracle au robinet. Selon elle, la priorité reste d’agir à la source, sur les sites industriels, avant que la pollution n’atteigne les nappes. Traiter de grands volumes d’eau potable très diluée pose des défis techniques et économiques d’une autre nature.

Le principal obstacle, reconnaît-elle, est le passage du pilote à l’installation industrielle : fiabilité, intégration aux chaînes existantes, cycles de validation longs, besoin de capitaux. Chaque flux d’eau est différent et exige un traitement sur mesure. L’industrie pharmaceutique, qui utilise encore le TFA pour produire des peptides, n’a d’ailleurs pas de solution de remplacement à court terme.

Le sujet résonne particulièrement dans la région lyonnaise. Au sud de Lyon, la plateforme chimique de Pierre-Bénite et les sites industriels voisins sont au coeur d’une pollution aux PFAS qui a conduit, depuis 2022, à des campagnes d’analyses et à des restrictions de consommation de certains produits locaux. En France, une loi adoptée en février 2025 a par ailleurs engagé l’interdiction progressive des PFAS dans plusieurs produits du quotidien, dont les cosmétiques, les farts de ski et certains textiles. Les technologies de destruction sur site, si elles tiennent leurs promesses, intéressent donc directement les industriels et les collectivités confrontés à ces contaminations historiques.

Les PFAS ont été conçus pour durer toujours. À Schlieren, on parie qu’ils ont rencontré plus têtu qu’eux. Les chiffres indépendants diront si le pari tient.


Source : Blick – https://www.blick.ch/fr/suisse/eau-potable-lentreprise-suisse-oxyle-extrait-les-pfas-de-leau/x9wfh0s