Terminal de paiement par carte, illustration

Paiement européen : 130 millions d’utilisateurs pour contourner Visa

Le paiement européen veut s’affranchir de Visa et Mastercard. L’alliance entre Wero et les solutions de paiement mobile d’Espagne, d’Italie, du Portugal et des pays nordiques revendique 130 millions d’utilisateurs, avec des virements interconnectés dès 2026 et des paiements en magasin à partir de 2027. Mais la bascule n’est pas encore faite.

Le chiffre a fait le tour des sites spécialisés : 130 millions d’Européens passeraient au paiement « 100 % souverain ». La réalité est plus nuancée. Ce nombre correspond aux utilisateurs déjà inscrits sur cinq solutions nationales de paiement mobile appelées à se connecter entre elles, comme l’explique Gameblog. Personne ne va perdre sa carte Visa du jour au lendemain.

Les cinq acteurs sont Wero, porté par l’European Payments Initiative et déjà utilisé en France, en Allemagne et en Belgique, Bizum en Espagne, Bancomat en Italie, MB Way au Portugal et Vipps MobilePay dans les pays nordiques. Les quatre derniers sont réunis dans l’alliance EuroPA, qui a signé en février 2026 un protocole d’accord avec l’EPI.

Le calendrier

Le principe repose sur un hub commun. Il doit permettre à un utilisateur de Wero d’envoyer de l’argent à un utilisateur de Bizum ou de MB Way sans passer par Visa, Mastercard ou un autre intermédiaire non européen. Les virements entre particuliers doivent fonctionner dans l’ensemble des pays partenaires en 2026. Les paiements en ligne et en magasin suivront à partir de 2027. L’objectif affiché est de couvrir 72 % de la population européenne. Le directeur général de Bizum, Ángel Nigorra, parle d’une alternative européenne souveraine.

Wero, lancé en Allemagne en juillet 2024 puis en France en septembre de la même année, a remplacé Paylib dans l’Hexagone. Il revendiquait plus de 50 millions d’utilisateurs inscrits en février 2026. Les grandes banques françaises y participent, de BNP Paribas à la Société générale en passant par le Crédit agricole ou La Banque postale. Côté allemand, on trouve notamment les caisses d’épargne et la Deutsche Bank, entreprise membre du Forum économique mondial. Le paiement en magasin par QR code est prévu en 2026, le sans-contact en 2027.

Une dépendance mesurée

L’enjeu est considérable. Selon Euronews, les réseaux américains traitent 61 % des transactions par carte dans la zone euro, et dans 13 des pays de la zone, les paiements par carte passent exclusivement par des réseaux internationaux. En 2023, Visa et Mastercard ont traité environ 4 700 milliards de dollars de paiements dans l’Union. Les commerçants européens paient quelque 3 milliards d’euros de frais par an rien que pour accepter les cartes de débit de clients étrangers.

La question est devenue politique depuis que Visa et Mastercard ont suspendu leurs opérations en Russie en mars 2022. La présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, qui figure dans les listes publiées des Young Global Leaders du Forum économique mondial et s’est rendue aux réunions du groupe Bilderberg de 2019 et 2022, a présenté la dépendance aux systèmes étrangers comme une question de souveraineté européenne, qu’elle relie au projet d’euro numérique. L’eurodéputée Aurore Lalucq, présidente de la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen, appelle à un « Airbus » des paiements.

Les conditions du succès

Reste à convaincre commerçants et consommateurs. L’économiste Judith Arnal, citée par Euronews, juge le projet prometteur mais pas gagné d’avance : il devra être moins coûteux pour les commerçants, pratique, sûr et offrir un vrai système de résolution des litiges. Elle plaide pour bâtir des alternatives aux côtés des réseaux américains plutôt que pour les éliminer.

Le paiement européen avance, mais par étapes, et le titre « adieu Visa » reste pour l’instant un vœu. La vraie bataille se jouera en 2027, à la caisse du supermarché.


Sources :

Les Numériques – Gameblog, Euronews, Wikipédia (Wero)