Slovaquie : Roberto Fico relance une enquête pour « trahison nationale » après le don de MiG-29 à Kiev

Trois ans après avoir livré des avions de chasse MiG-29 et des systèmes de défense aérienne à l’Ukraine, la Slovaquie rouvre un dossier judiciaire particulièrement sensible. Le gouvernement de Robert Fico accuse ses prédécesseurs d’avoir compromis la sécurité nationale en transférant ces équipements militaires à Kiev. Classée sans suite en février 2026, l’affaire revient au premier plan sur fond de tensions politiques et de rapprochement diplomatique entre Bratislava et Moscou.

La livraison d’avions de combat à l’Ukraine continue de diviser profondément la classe politique slovaque. Plus de trois ans après le transfert de chasseurs MiG-29 à Kiev, les autorités judiciaires de Bratislava ont décidé de relancer une enquête portant sur les circonstances de cette opération militaire, réalisée au printemps 2023.

Au cœur du dossier figure une accusation particulièrement grave : celle de « trahison nationale ». Le Premier ministre Robert Fico et son gouvernement reprochent aux précédentes autorités slovaques d’avoir affaibli les capacités de défense du pays en cédant une partie de son matériel militaire à l’Ukraine.

Cette nouvelle procédure intervient alors qu’une première enquête, ouverte après une plainte déposée à la fin de l’année 2025, avait été classée sans suite en février 2026. Les investigations n’avaient alors pas permis d’établir les éléments nécessaires pour retenir les accusations formulées.

Le retour de cette affaire judiciaire illustre les profondes divergences qui opposent les gouvernements successifs de Slovaquie sur la guerre en Ukraine, les relations avec la Russie et les engagements militaires du pays auprès de ses alliés.

Des MiG-29 livrés à l’Ukraine au printemps 2023

En avril 2023, la Slovaquie avait marqué une étape importante dans le soutien militaire européen à l’Ukraine en devenant l’un des premiers pays à lui fournir des avions de chasse.

Cette livraison concernait une douzaine de MiG-29, des appareils de conception soviétique qui avaient longtemps constitué une composante de l’aviation militaire slovaque.

Bratislava avait également transféré des systèmes de défense antiaérienne KUB, destinés à contribuer à la protection du territoire ukrainien face aux attaques russes.

À cette époque, les autorités slovaques défendaient leur décision en soulignant l’état vieillissant de ces équipements. Les avions étaient considérés comme obsolètes et n’étaient plus pleinement opérationnels. Les responsables gouvernementaux faisaient également valoir l’absence de pilotes et de missiles permettant leur utilisation dans les conditions nécessaires.

Le transfert avait été présenté comme une contribution à la défense de l’Ukraine, confrontée depuis février 2022 à l’invasion militaire russe.

Mais l’arrivée au pouvoir de Robert Fico, à l’automne 2023, a profondément modifié la position officielle de Bratislava sur l’aide militaire à Kiev.

Robert Fico accuse ses prédécesseurs d’avoir affaibli la défense nationale

Pour le gouvernement actuel, la cession des MiG-29 et des systèmes antiaériens ne constitue pas simplement une décision politique contestable. Elle aurait également entraîné une dégradation des capacités militaires de la Slovaquie.

Les autorités reprochent notamment aux anciens dirigeants d’avoir rendu le pays davantage dépendant des patrouilles aériennes assurées par ses alliés.

Cette question est particulièrement sensible pour un État membre de l’OTAN, dont la sécurité aérienne s’inscrit dans un dispositif de défense collective.

Le gouvernement de Robert Fico estime que les équipements transférés auraient dû être conservés afin de préserver les moyens militaires nationaux.

À ces accusations s’ajoutent des soupçons d’éventuels détournements de fonds publics liés aux conditions dans lesquelles le matériel a été remis à l’Ukraine.

Ces allégations restent toutefois à établir judiciairement. L’ouverture d’une nouvelle enquête ne signifie pas que des infractions ont été démontrées, ni que les anciens responsables gouvernementaux ont été reconnus coupables.

Une première enquête classée sans suite en février 2026

L’affaire avait déjà donné lieu à une procédure judiciaire après le dépôt d’une plainte à la fin de l’année 2025. Les investigations avaient finalement été abandonnées en février 2026, faute d’éléments suffisants pour établir les faits reprochés aux anciens responsables.

La décision de rouvrir le dossier marque donc un nouveau développement dans cette controverse.

Le procureur général slovaque, Maros Zilinka, a évoqué les insuffisances des investigations précédentes pour expliquer la reprise de la procédure.

Selon ses déclarations rapportées par Le Parisien, les faits n’avaient pas été suffisamment établis au cours des premières investigations pour permettre une décision fondée sur un examen complet du dossier.

La nouvelle enquête devra notamment revenir sur les conditions juridiques du transfert, les conséquences militaires de la livraison et les éventuelles irrégularités financières dénoncées par le gouvernement actuel.

L’ancien ministre de la Défense rejette les accusations

Les responsables des gouvernements ayant autorisé les livraisons contestent fermement les accusations de trahison nationale.

Ils rappellent que les MiG-29 concernés étaient des appareils vieillissants, dont les capacités opérationnelles étaient limitées. Selon eux, leur transfert à l’Ukraine ne pouvait donc être assimilé à une mise en danger volontaire de la sécurité du pays.

La même argumentation concerne les systèmes antiaériens KUB, également présentés comme des équipements anciens.

Jaroslav Nad, ministre slovaque de la Défense au moment des livraisons, a pour sa part rejeté les soupçons de malversations financières.

L’ancien responsable conteste ainsi toute irrégularité dans une opération qui s’inscrivait, selon les autorités de l’époque, dans le soutien militaire apporté à Kiev.

La controverse porte désormais sur deux questions distinctes : la légalité des décisions prises en 2023 et leurs conséquences sur les capacités de défense de la Slovaquie.

La détermination d’une éventuelle responsabilité pénale relève de la justice, indépendamment des désaccords politiques entre les gouvernements successifs.

Bratislava prend ses distances avec la politique de soutien militaire à Kiev

La relance de cette enquête intervient dans un contexte diplomatique profondément transformé depuis le retour de Robert Fico à la tête du gouvernement slovaque.

Contrairement à ses prédécesseurs, qui avaient fait de l’assistance militaire à l’Ukraine une priorité, le Premier ministre défend une ligne beaucoup plus réservée à l’égard des livraisons d’armes.

Cette orientation s’accompagne d’une volonté de maintenir des relations avec Moscou, malgré la guerre déclenchée par la Russie en février 2022.

Le changement de position de Bratislava est particulièrement significatif au sein de l’Union européenne et de l’OTAN, deux organisations auxquelles appartient la Slovaquie.

Le pays reste engagé dans les structures de coopération occidentales, mais son gouvernement revendique une approche différente de celle de plusieurs partenaires européens sur la manière de répondre au conflit ukrainien.

L’enquête sur les MiG-29 s’inscrit dans cette rupture politique. Elle remet en cause une décision emblématique du soutien militaire apporté par Bratislava à Kiev avant le retour de Robert Fico au pouvoir.

Une visite diplomatique à Moscou sur fond de tensions énergétiques

Cette évolution des relations entre la Slovaquie et la Russie s’est également manifestée sur le terrain diplomatique.

En début de semaine, le ministre slovaque des Affaires étrangères, Juraj Blanar, s’est rendu à Moscou pour une visite remarquée.

Selon les explications officielles, ce déplacement avait pour objectif d’aborder les questions liées aux approvisionnements énergétiques.

La question de l’énergie occupe une place importante dans les relations entre Bratislava et Moscou. La Slovaquie a historiquement entretenu des liens étroits avec la Russie dans ce domaine, notamment pour ses besoins en hydrocarbures.

Depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, ces relations économiques sont devenues un sujet de tensions au sein de l’Union européenne, engagée dans une politique de réduction de sa dépendance aux ressources énergétiques russes.

Le déplacement de Juraj Blanar témoigne de la volonté du gouvernement slovaque de préserver certains canaux de dialogue avec Moscou, tout en maintenant son opposition officielle à la guerre.

Une affaire judiciaire aux répercussions politiques et diplomatiques

La réouverture du dossier des MiG-29 dépasse ainsi la seule question du matériel militaire livré à l’Ukraine.

Elle intervient à la croisée de plusieurs enjeux : la responsabilité des anciens gouvernements, la protection des capacités de défense nationales, les engagements internationaux de la Slovaquie et l’évolution de sa politique étrangère.

Pour le gouvernement Fico, les livraisons de 2023 auraient privé le pays d’équipements militaires importants et justifieraient un nouvel examen judiciaire.

Les anciens responsables concernés soutiennent au contraire que ces appareils étaient dépassés et que leur transfert répondait à une décision légitime de soutien à l’Ukraine.

Après un premier classement sans suite, la justice slovaque devra désormais déterminer si de nouveaux éléments permettent d’établir d’éventuelles infractions.

La procédure replace en tout cas au centre du débat une décision prise dans les premiers mois de la guerre, lorsque plusieurs pays européens cherchaient à renforcer rapidement les capacités militaires ukrainiennes face à l’offensive russe.

Sources :

Le Parisien – Rubrique Guerre en Ukraine

:Le Parisien – Fournir des chasseurs MiG-29 à Kiev n’était pas une trahison nationale, 12 novembre 2025

Le Parisien – La Slovaquie et les livraisons d’armes à Kiev, 8 octobre 2025

Le Parisien – Le retour au pouvoir de Robert Fico et ses conséquences pour l’Ukraine, 2 octobre 2023