La grève des dockers a paralysé les ports français le vendredi 30 octobre, à l’appel de la fédération CGT des ports et docks, qui annonçait 95 % de l’activité portuaire à l’arrêt. Le mouvement s’inscrit dans une mobilisation européenne et internationale touchant 22 pays, contre la guerre et la militarisation des ports. Les dockers dénoncent aussi le projet de budget du gouvernement.
Dunkerque, Le Havre, Rouen, Saint-Nazaire, Bordeaux, Marseille, Fos-sur-Mer, Sète, Toulon, Bastia, La Réunion. La liste des ports concernés par l’appel à la grève de 24 heures, publiée par l’AFP, couvre l’ensemble du littoral français, outre-mer compris. Selon Tony Hautbois, secrétaire général de la fédération CGT des ports et docks, cité par l’agence, l’activité devait être arrêtée à 95 %.
Le chiffre n’a rien d’une fanfaronnade syndicale. La CGT est ultra-majoritaire dans la profession. Elle représente 95 % des dockers chargés du chargement et du déchargement des navires, et 87,5 % des salariés de la manutention portuaire au niveau national.
Ce que les dockers refusent de charger
Le mot d’ordre tient en un terme : militarisation. La CGT dénonce une militarisation des installations portuaires sous l’impulsion de la Commission européenne, dans un contexte de réarmement du continent et de développement d’une économie de guerre. L’AFP précise que le syndicat ne cite pas de texte précis. Au niveau européen, l’appel a été lancé par l’European Dockworkers Council et relayé par des fédérations de dockers jusqu’en Turquie et en Inde.
Selon Euronews, le mouvement réunit des dockers de 22 pays et plus de 25 syndicats issus de 113 ports, de Hambourg à Valence, du Pirée à Gênes, jusqu’à Tanger Med au Maroc et Nhava Sheva en Inde. Les organisateurs revendiquent le refus de transporter du matériel de guerre, mais aussi des hausses de salaires, de meilleures conditions de sécurité et la journée de sept heures. Ils estiment que l’action pourrait toucher plus de 40 % du trafic de marchandises en Méditerranée.
Le budget Lecornu en ligne de mire
En France, la grève porte aussi sur des revendications intérieures. La CGT des ports et docks s’oppose au projet de budget du gouvernement de Sébastien Lecornu, qu’elle juge destructeur pour les systèmes de solidarité. La grève des ports sert de prélude à une journée de grève et de manifestations interprofessionnelles prévue le 5 novembre, à l’appel des principaux syndicats, sur les salaires, l’emploi et les services publics.
L’ampleur réelle des perturbations restait difficile à mesurer à l’échelle européenne. Un représentant du port de Gênes jugeait l’impact limité. En Grèce, en revanche, aucun ferry ne devait circuler dans sept ports, dont le Pirée, en raison d’une grève nationale des marins. En Italie, le syndicat USB appelait à une grève générale de 24 heures, avec des rassemblements dans plus de 40 villes. En Inde, une douzaine de ports pouvaient être touchés.
Une tradition anti-guerre
Les dockers européens n’en sont pas à leur premier refus. Ces dernières années, des dockers italiens, français ou grecs ont bloqué ou tenté de bloquer des cargaisons d’armes destinées à des zones de conflit, notamment vers Israël. La flottille propalestinienne Global Sumud, qui a tenté à plusieurs reprises de briser le blocus de Gaza, a d’ailleurs apporté son soutien aux grévistes, selon Euronews.
Pour l’économie, l’arrêt des ports n’est jamais indolore. Une journée de blocage décale les escales, allonge les délais de livraison et pèse sur la compétitivité de places portuaires déjà concurrencées par Anvers ou Rotterdam. Les dockers le savent, et c’est précisément ce qui fait de leur grève un levier redouté.
Les gouvernements européens parlent de réarmement. Ceux qui chargent les navires rappellent qu’un port ne s’ouvre pas sans eux.
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