Le piratage de Binance, le 29 octobre, a vidé en une vingtaine de minutes environ 6,3 milliards de dollars de cryptomonnaies. Les sociétés d’analyse TRM Labs et Chainalysis l’attribuent à TraderTraitor, une unité de hackers nord-coréens liée au groupe Lazarus. Le butin représente près d’un cinquième du PIB annuel de la Corée du Nord, un régime qui finance ainsi, selon Washington, ses programmes nucléaires et balistiques.
Jeudi 29 octobre, 20h05, heure de Greenwich. Les portefeuilles « chauds » de Binance, la première plateforme d’échange de cryptomonnaies au monde, commencent à se vider. Selon TRM Labs, l’essentiel de l’opération est bouclé en une vingtaine de minutes, sur dix blockchains différentes. Montant : 6,36 milliards de dollars au cours du moment. Binance avance pour sa part 6,3 milliards, un chiffre susceptible d’être revu à la hausse.
C’est le plus gros vol de cryptomonnaies jamais recensé. Environ quatre fois le précédent record, les 1,5 milliard de dollars dérobés à la plateforme Bybit en février 2025. Les préparatifs auraient commencé au moins 36 heures avant le passage à l’acte. L’attaquant aurait obtenu de l’infrastructure de signature de Binance qu’elle valide les transactions de son choix.
La signature de Pyongyang
TRM Labs attribue l’attaque, avec un haut degré de confiance, à TraderTraitor, l’unité nord-coréenne que le FBI avait déjà désignée pour le vol de Bybit. Chainalysis arrive à la même conclusion. Pyongyang nie systématiquement toute implication dans ce type d’opérations.
Binance reste plus prudente. Son co-PDG Richard Teng a indiqué, selon Al Jazeera, que l’enquête n’avait pour l’instant désigné aucun responsable. La plateforme a d’abord évoqué l’ordinateur portable compromis d’un ingénieur, avant de signaler d’autres points d’intrusion. Elle a suspendu dépôts et retraits, promis de couvrir l’intégralité des pertes sur ses fonds propres et annoncé une reprise des retraits sous 45 heures. Son fonds de garantie, le SAFU, pèse environ un milliard de dollars. Soit un sixième du trou.
La course contre les gels
Une partie du butin a été bloquée. Selon TRM Labs, environ 2,7 milliards de dollars ont été gelés par les émetteurs de stablecoins Tether et Circle, mais aussi par Ripple, World Liberty Financial et le conseil de sécurité d’Arbitrum. Al Jazeera évoque plutôt 3 milliards. Le pirate a tenté de prendre les gels de vitesse, revendant des stablecoins avec une décote de plus de 10 %.
Il détiendrait encore quelque 2,4 milliards de dollars hors d’atteinte, dont plus de 420 000 ethers et 18 270 bitcoins. Ces derniers sont fractionnés en cascade, une technique de blanchiment bien rodée. Sur les marchés, le bitcoin a glissé jusqu’à 76 368 dollars, son plus bas niveau en six semaines, et l’action Coinbase a perdu 4,8 %.
Un cinquième du PIB en une soirée
Le chiffre donne le vertige quand on le rapporte à l’économie nord-coréenne. Selon la Banque de Corée, citée par Cryptoast, le PIB du pays atteignait environ 32,9 milliards de dollars en 2025. Le vol de Binance en représente donc 19 %. Les exportations officielles de marchandises nord-coréennes, elles, plafonnaient à 469 millions de dollars la même année. Une soirée de piratage rapporte treize fois plus qu’une année de commerce.
Chainalysis attribuait déjà 2,02 milliards de dollars de vols aux hackers nord-coréens pour la seule année 2025, et 6,75 milliards depuis le début de ses relevés. Ajouté au casse de Binance, le cumul approche 13 milliards, soit environ 40 % du PIB annuel du pays. Les Échos, qui ont consacré une enquête au sujet, évoquent l’équivalent de la moitié de ce PIB sur dix ans. Selon l’équipe multilatérale de surveillance des sanctions (MSMT), qui réunit onze États dont la France et les États-Unis, les cryptomonnaies volées représentaient environ un tiers des recettes en devises de Pyongyang en 2024. Les autorités américaines relient directement ces sommes au financement des programmes nucléaires et balistiques du régime.
Pendant que l’Europe débat de la régulation des cryptoactifs, la Corée du Nord en a fait une ligne budgétaire. Avec un rendement que n’importe quel fonds d’investissement lui envierait.
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