Christine Lagarde quittera la présidence de la Banque centrale européenne le 7 février 2027, huit mois avant le terme de son mandat. L’annonce, faite le 29 octobre, intervient alors que le coût d’emprunt de la France s’envole et que le Forum économique mondial courtise ouvertement l’ancienne ministre française. Dans The Spectator, le chroniqueur Matthew Lynn y voit un départ qui tombe un peu trop bien.
Jeudi 29 octobre, Francfort. Christine Lagarde informe le Conseil des gouverneurs de la BCE et le président du Conseil européen, António Costa, qu’elle partira le 7 février 2027. Selon le communiqué de la BCE, les gouverneurs lui ont réservé une longue ovation debout. Le texte ne donne aucune raison.
Son mandat de huit ans devait courir jusqu’en octobre 2027. Les rumeurs de départ anticipé circulaient depuis février, quand le Financial Times avait révélé ses intentions. La raison officielle, rapportée par The Spectator : pouvoir s’exprimer sur les grands enjeux mondiaux sans le devoir de réserve qu’impose la tête de la deuxième banque centrale de la planète. Le successeur sera désigné par le Conseil européen, selon la procédure de l’article 283 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne.
Davos en ligne de mire
La suite a déjà une adresse. Christine Lagarde, membre du conseil d’administration du Forum économique mondial, est pressentie pour en prendre la présidence. Selon quatre sources citées par Reuters à la mi-octobre, le conseil du WEF, qui compte 27 membres et est actuellement coprésidé par Larry Fink (BlackRock) et André Hoffmann (Roche), pouvait l’élire dès le mois de novembre. Une désignation qui lui permettrait d’apparaître comme présidente désignée à Davos, en janvier. Aucune décision définitive n’avait alors été prise.
The Spectator évoque une autre piste : un rôle en France, aux côtés du centriste Édouard Philippe, qui figure parmi les participants passés des réunions du groupe Bilderberg, dans la course à la succession d’Emmanuel Macron. Reuters rapportait aussi qu’un départ avant la présidentielle du printemps 2027 permettrait aux dirigeants européens de choisir son successeur avant un éventuel succès de l’extrême droite. Et à Emmanuel Macron de peser sur le choix.
Le spread, ce thermomètre qui grimpe
C’est là que la chronique de Matthew Lynn, auteur de Bust, un livre sur la crise de la dette grecque, devient grinçante. Depuis un mois, rappelle-t-il, le coût d’emprunt de la France monte sans discontinuer. Paris emprunte désormais plus cher que la Grèce, et même que l’Italie. L’écart avec le taux allemand, le fameux spread, a retrouvé des niveaux inédits depuis le pic de la crise de la zone euro en 2012.
Le chroniqueur cite les marchés de prédiction, qui estimaient à 9 % la probabilité d’un défaut français d’ici fin 2027. Un chiffre à manier avec précaution, ces plateformes de paris n’ayant rien d’une agence de notation. Pour Matthew Lynn, la France serait trop grosse pour faire faillite, mais peut-être aussi trop grosse pour être sauvée.
Une Française pour sauver la France ?
L’argument suivant relève de l’opinion, et l’auteur l’assume. En rachetant massivement de la dette et en contenant les rendements italiens, la BCE de Christine Lagarde aurait permis à Paris d’emprunter sans que les marchés ne sifflent la fin de la récréation. Si un plan de sauvetage devait un jour être monté, le chroniqueur juge qu’il serait délicat de le confier à une Française. Mieux vaudrait, selon lui, un Néerlandais, un Irlandais, un Espagnol ou un Allemand.
Côté succession, Reuters citait comme favoris le Néerlandais Klaas Knot et l’Espagnol Pablo Hernández de Cos, deux anciens gouverneurs de banques centrales nationales. Le directoire doit aussi remplacer Isabel Schnabel, démissionnaire, et l’économiste en chef Philip Lane, attendu au départ en mai. Trois sièges, un seul marchandage.
Christine Lagarde part donc avec les honneurs et une ovation. Reste à savoir si l’histoire retiendra le capitaine qui a quitté la passerelle, ou celui qui a vu l’iceberg avant les autres.
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