Manifestation de chauffeurs de taxi sur la piazza VIII Agosto à Bologne

Manifestations en Italie : jeunes et travailleurs défient Meloni

Les manifestations en Italie ont rassemblé vendredi 30 octobre des centaines de milliers d’étudiants et de travailleurs dans des dizaines de villes, de Rome à Turin. Le syndicat USB, à l’origine d’un appel à la grève générale, revendique entre un et 1,5 million de participants. Sous haute surveillance policière, les cortèges dénoncent la vie chère et la hausse des dépenses de défense du gouvernement de Giorgia Meloni.

Rome, Milan, Bologne, Gênes, Naples, Turin. La liste ressemble à un guide touristique. C’est une carte de la colère. Selon l’AFP, des centaines de milliers d’étudiants et de travailleurs ont défilé dans des dizaines de villes. Le syndicat USB avance le chiffre d’un million à 1,5 million de personnes. Les autorités n’ont publié aucun décompte officiel.

Les jeunes n’étaient pas seuls. Chauffeurs routiers, taxis et agriculteurs ont rejoint les cortèges, eux pour dénoncer la flambée des prix du carburant.

Des écoles, des loyers, pas des chars

Les revendications tiennent en trois lignes. Plus d’argent pour les écoles. Des mesures contre la hausse du coût de la vie, à commencer par les loyers étudiants. Et un refus de l’augmentation des dépenses militaires. Le mouvement, le plus important d’une vague récente, s’inspire des mobilisations étudiantes en France et en Espagne, avec campements et occupations d’établissements, d’après l’AFP.

Le gouvernement a tenté de désamorcer. Un plan d’aide de 175,2 millions d’euros a été adopté le 22 octobre pour les routiers, agriculteurs et pêcheurs. Le projet de budget 2027 prévoit une prime annuelle de 2 500 euros pour les travailleurs de moins de 30 ans. Visiblement, pas assez pour vider les places.

Matraques à Turin, poubelles à Rome

Des policiers antiémeute étaient déployés dans tout le pays. À Turin, près de la préfecture, la police a repoussé des manifestants à coups de matraque et utilisé un canon à eau. À Rome, en fin de cortège, de jeunes manifestants ont lancé des bouteilles, renversé des poubelles et mis le feu à l’une d’elles. Le journaliste de l’AFP décrit pourtant des défilés en grande partie pacifiques.

Le précédent milanais

Cette vigilance a une origine. Deux semaines plus tôt, les 17 et 18 octobre, des affrontements avaient éclaté à Milan, et des jeunes avaient pillé des magasins après une manifestation autorisée. La coalition de Giorgia Meloni a depuis prévu un durcissement : restrictions des rassemblements, règles de détention des mineurs assouplies, sanctions plus sévères pour les parents.

Le parallèle avec la France saute aux yeux. Mêmes dates de violences, même vocabulaire de fermeté, même jeunesse en tête de cortège. À Paris, la préfecture de police a interdit les parcours dans le centre pour la mobilisation du 31 octobre. À Rome, on préfère durcir la loi.

Le carburant, l’autre étincelle

La présence des routiers et des agriculteurs dans les cortèges n’a rien d’anecdotique. La flambée des prix du carburant touche directement leurs revenus. Elle s’inscrit dans une hausse générale des hydrocarbures, alimentée par la guerre en Iran lancée par les États-Unis et Israël, selon l’AFP. Le plan d’aide de 175,2 millions d’euros adopté le 22 octobre visait précisément ces professions.

La coalition de Giorgia Meloni, qui réunit Fratelli d’Italia, la Ligue et Forza Italia, se retrouve face à un front inhabituel. Étudiants et chauffeurs routiers ne défilent pas toujours ensemble. Le syndicat USB, organisation de base classée à gauche, a réussi à fédérer ces colères autour d’un appel à la grève générale.

Les manifestations en Italie posent une question que Rome et Paris partagent : que fait-on d’une génération qui réclame des écoles et à qui l’on répond par des canons à eau ? Pour l’instant, la réponse se lit dans les budgets de défense.


Source : Le Monde – https://www.lemonde.fr/international/article/2026/10/30/en-italie-des-milliers-de-jeunes-et-de-travailleurs-manifestent-sous-haute-surveillance_6803086_3210.html