Manifestation à Montpellier : la milice au brassard blanc

Manifestation à Montpellier : la milice au brassard blanc

Lors de la manifestation à Montpellier du 24 octobre contre la vie chère, un groupe d’une quinzaine à une vingtaine d’hommes liés à l’ultradroite a frappé des manifestants, parfois au contact des CRS, sans être interpellé. Le maire Michaël Delafosse et la préfecture ont saisi le procureur. Libération, dans une enquête de sa rubrique CheckNews, affirme que ce groupe aurait même été félicité par la police.

Samedi 24 octobre, plus de 6 300 personnes défilent à Montpellier malgré l’interdiction de la préfecture, selon ICI Hérault. C’est l’acte II de la mobilisation contre la vie chère, une semaine après une première journée marquée par des pillages. Au milieu des cortèges, un groupe se distingue. Une quinzaine d’hommes selon l’Observatoire des libertés publiques de Montpellier (OLM), une vingtaine selon InfOccitanie. Habillés de noir, ils portent un brassard ou un foulard blanc, parfois glissé dans la poche.

Ils disent protéger les commerçants. Les images montrent autre chose. Une vidéo, tournée près de l’office de tourisme, montre un manifestant frappé au sol par des membres du groupe. Les CRS restent quelques secondes sans réagir, puis extraient le manifestant en le traînant au sol. Les agresseurs repartent sans être inquiétés. Sur une autre séquence, rue de la Loge, les mêmes hommes s’en prennent à des manifestants devant un cordon de CRS. Lorsque les manifestants répliquent, les policiers chargent. Le groupe se replie derrière eux.

Des observateurs sur le terrain

Neuf membres de l’OLM ont documenté la journée. Sa présidente, l’avocate Sophie Mazas, qui préside aussi la Ligue des droits de l’homme de l’Hérault, décrit un groupe structuré qui, sous couvert de défendre les commerces, exerce des violences et procède à des interpellations para-étatiques. Elle relève des contacts physiques avec des CRS, sans réaction de leur part, et un traitement différencié entre les manifestants et ce groupe. À Nice, souligne-t-elle, onze interpellations ont visé des groupuscules d’extrême droite. À Montpellier, aucune.

Selon InfOccitanie, qui cite le journal Le Poing, des militants identitaires de Jeunes d’Oc étaient présents, aux côtés de personnes ayant répondu à l’appel d’Alpha Rise, un site recensant des groupes Telegram d’entraide citoyenne dans 66 villes. Le mot d’ordre : aucun commerçant seul derrière sa vitrine. Libération va plus loin et affirme que ce groupe soutenu par l’ultradroite aurait été félicité par la police.

Le procureur saisi de toutes parts

Le maire PS de Montpellier, Michaël Delafosse, a dénoncé dès le lendemain l’action d’une « milice d’extrême droite » et saisi le procureur de la République. Le sénateur PS de l’Hérault Hussein Bourgi demande à la préfecture de clarifier l’apparente proximité entre ces hommes en civil et les forces de l’ordre, et évoque une possible saisine de l’IGPN. Le ministère de l’Intérieur a confirmé la présence de militants d’ultradroite dans plusieurs villes, dont Montpellier et Nice.

La préfète de l’Hérault, Chantal Mauchet, a indiqué le 25 octobre que les forces de l’ordre étaient intervenues à plusieurs reprises pour disperser des groupes qui s’affrontaient, sans mentionner l’extrême droite. Elle a elle aussi saisi le parquet. La préfecture avait annoncé 30 interpellations sur la journée, sans préciser l’appartenance des personnes arrêtées. Une enquête administrative est en cours, selon ICI.

La manifestation à Montpellier du 24 octobre laisse une question en suspens : qui maintenait l’ordre, et pour le compte de qui ? La justice est saisie. Les brassards blancs, eux, sont rentrés à la maison.


Source : Libération (CheckNews) – https://www.liberation.fr/checknews/24-octobre-comment-une-milice-soutenue-par-lultradroite-et-felicitee-par-la-police-a-passe-a-tabac-des-manifestants-a-montpellier-20261029_7O4BG4MJ4BFVFBOMVDLMYUWW54/