Fuite de données DHS : la Sécurité intérieure prise à découvert

Fuite de données DHS : la Sécurité intérieure américaine prise à découvert

Une fuite de données DHS d’une ampleur rare frappe le département américain de la Sécurité intérieure. L’ONG Distributed Denial of Secrets affirme avoir publié les noms, bureaux et affectations de plus de 41 000 employés, dont ceux de la police de l’immigration ICE, pilier de la politique migratoire de Donald Trump. Les données proviendraient d’un groupe de hackers baptisé Department of Peace.

Le nom de l’outil tient du jeu de mots : Icepick, le pic à glace, pour ICE. C’est ainsi que le groupe de hackers Department of Peace a baptisé le logiciel qui permet de fouiller dans le détail les noms, les bureaux et les affectations des employés du département de la Sécurité intérieure (DHS), selon l’AFP reprise par Le Figaro. Les données ont été mises en ligne mercredi 28 octobre par Distributed Denial of Secrets, une ONG spécialisée dans la publication de fuites, plus connue sous le nom de DDoSecrets.

Plus de 41 000 personnes sont concernées. Pour la militante Maia Arson Crimew, citée dans le communiqué de l’organisation, ce jeu de données est énorme, par sa taille comme par son impact. Il offrirait un aperçu inédit de l’organigramme du ministère et permettrait de savoir qui fait quoi dans plusieurs de ses agences, ICE comprise.

Les opérations sous couverture dans le viseur

La cofondatrice de DDoSecrets, Emma Best, qualifie la fuite d’« extraordinaire ». D’après l’ONG, les fichiers permettent d’identifier les responsables chargés de superviser des opérations clandestines et sous couverture, ceux qui mènent la traque des informateurs au sein de l’administration, ainsi que le personnel clé des programmes de transferts forcés et d’expulsions, en constante intensification.

La dépêche ne fait état d’aucune réaction du DHS au moment de sa publication. L’authenticité et l’exhaustivité des données n’ont pas, à ce stade, été confirmées de manière indépendante.

Au cœur de la machine à expulser

Le DHS et l’ICE sont les instruments de la répression migratoire ordonnée par Donald Trump dès le début de son second mandat, en janvier 2025. Des milliers de personnes sans papiers ont été détenues puis expulsées. Des citoyens américains ont aussi été pris dans les mailles du filet. En septembre, le ministère a lancé une offensive contre les villes sanctuaires, ces municipalités qui limitent la coopération de leur police avec les autorités fédérales.

Le paradoxe n’échappera à personne. Une administration qui a fait du fichage des étrangers une priorité voit ses propres agents fichés à leur tour.

Transparence ou mise en danger

DDoSecrets n’en est pas à son coup d’essai. L’organisation s’était fait connaître en 2020 avec BlueLeaks, une masse de documents internes de services de police américains. Maia Arson Crimew avait, elle, fait parler d’elle en 2023 en mettant la main sur une copie de la liste américaine d’interdiction de vol.

La publication pose une question délicate. Où s’arrête l’information d’intérêt public, où commence l’exposition de fonctionnaires dont certains n’exercent que des tâches administratives ? Les défenseurs de la fuite y voient un contre-pouvoir face à une politique migratoire jugée opaque. Ses détracteurs y verront un risque pour la sécurité d’agents désormais identifiables par leur nom.

Avec cette fuite de données DHS, le département de la Sécurité intérieure porte un peu moins bien son nom. À l’ère numérique, la surveillance reste une rue à double sens.


Source : Le Figaro (avec AFP) – https://www.lefigaro.fr/international/etats-unis-les-donnees-de-plus-de-41-000-employes-de-la-securite-interieure-divulguees-dans-un-piratage-20261029