Meurtre de Quentin Deranque à Lyon : la famille réclame l’audition du député LFI Raphaël Arnault pour « association de malfaiteurs »

Plus de huit mois après la mort de Quentin Deranque, violemment agressé à Lyon en février 2026, ses parents souhaitent que la justice examine les éventuels liens entre le député LFI Raphaël Arnault et plusieurs personnes mises en examen. Leur avocat a déposé une demande d’acte visant à faire entendre le parlementaire, notamment sous l’angle de l’association de malfaiteurs. Une démarche qui intervient dans une enquête impliquant déjà quatorze personnes, dont deux anciens ou actuels collaborateurs du député au moment des faits.

L’enquête sur la mort de Quentin Deranque pourrait connaître un nouveau développement judiciaire. Selon les informations révélées par Le Figaro le 27 octobre 2026, la famille du jeune homme de 23 ans, mort après une violente agression survenue à Lyon, demande désormais que le député de La France insoumise (LFI) Raphaël Arnault soit entendu par les magistrats instructeurs.

Cette demande a été officiellement déposée mercredi 21 octobre au palais de justice de Lyon par Me Fabien Rajon, avocat des parents de la victime. Elle vise à explorer les éventuelles responsabilités d’autres protagonistes dans le cadre de l’enquête, particulièrement concernant le délit d’association de malfaiteurs.

À ce stade, Raphaël Arnault n’est pas mis en cause dans cette procédure. Son audition est sollicitée par la famille, sans qu’aucune décision judiciaire en ce sens soit rapportée.

Une agression mortelle en marge d’une conférence de Rima Hassan

Les faits remontent au 12 février 2026. Ce jour-là, Quentin Deranque se trouve à Lyon avec plusieurs autres jeunes venus assurer la sécurité de militantes du collectif féministe Némésis, organisation située à l’extrême droite et proche des milieux identitaires.

Le rassemblement intervient en marge d’une conférence donnée à Sciences Po Lyon par l’eurodéputée LFI Rima Hassan.

Dans ce contexte de fortes tensions politiques, un affrontement éclate entre le groupe auquel appartient Quentin Deranque et des membres ou sympathisants de la Jeune Garde, organisation antifasciste fondée en 2018, notamment par Raphaël Arnault, et depuis dissoute.

Au cours des violences, Quentin Deranque est pris à partie par plusieurs individus cagoulés. Alors qu’il se retrouve isolé et au sol, le jeune homme reçoit de nombreux coups de poing et de pied, notamment à la tête.

Gravement blessé, il souffre d’un important traumatisme crânien. Il succombe à ses blessures deux jours plus tard, le 14 février 2026.

Sa mort provoque une onde de choc politique et judiciaire, dans un contexte de tensions persistantes entre militants d’extrême droite et groupes antifascistes.

Quatorze personnes poursuivies, dont deux proches du député LFI

L’enquête judiciaire a déjà conduit à la mise en cause de quatorze personnes.

Parmi elles figurent deux hommes de 25 ans ayant entretenu des liens professionnels avec Raphaël Arnault.

Adrian Besseyre, qui travaillait dans l’équipe parlementaire du député jusqu’à quelques jours avant l’agression, a été mis en examen pour meurtre.

Jacques-Elie Favrot, assistant parlementaire de Raphaël Arnault au moment des faits, a quant à lui été mis en examen pour complicité de meurtre.

Selon Le Figaro, les deux hommes sont actuellement incarcérés.

Ces éléments conduisent aujourd’hui les parents de Quentin Deranque à s’interroger sur les relations entre le député et certains protagonistes du dossier.

Raphaël Arnault, dont le véritable nom est Raphaël Archenault, n’a pour sa part jamais été auditionné dans le cadre de cette enquête, selon les informations publiées par le quotidien.

Pourquoi la famille demande une audition pour association de malfaiteurs

La démarche engagée par Me Fabien Rajon repose notamment sur la volonté d’examiner plus largement les circonstances ayant précédé l’agression mortelle.

L’avocat estime que les investigations relatives à l’association de malfaiteurs pourraient ne pas devoir se limiter aux individus directement présents sur les lieux.

« Le périmètre de l’association de malfaiteurs retenu à ce jour par les juges nous semble trop restreint », explique-t-il au Figaro.

Le conseil des parents de Quentin Deranque considère que les investigations pourraient éventuellement concerner d’autres personnes, à condition que des éléments suffisamment solides viennent étayer cette hypothèse.

En droit pénal français, l’association de malfaiteurs vise notamment la participation à un groupement ou à une entente constituée en vue de préparer certaines infractions, lorsque cette préparation est caractérisée par des faits matériels.

Il ne s’agit donc pas uniquement de rechercher les auteurs directs d’une infraction, mais aussi, lorsque les conditions légales sont réunies, d’examiner l’existence d’une éventuelle organisation préalable.

L’avocat insiste toutefois sur la nécessité de respecter strictement la présomption d’innocence.

Il rappelle expressément que Raphaël Arnault n’est actuellement mis en cause à aucun titre dans cette affaire.

La demande d’audition ne constitue donc ni une mise en examen ni une reconnaissance de responsabilité. Elle vise à permettre aux magistrats d’apprécier si des investigations complémentaires sont nécessaires.

Les liens avec la Jeune Garde au cœur des interrogations

Au-delà des relations professionnelles entre Raphaël Arnault et deux personnes mises en examen, la famille de Quentin Deranque souhaite également obtenir des éclaircissements sur le fonctionnement de la Jeune Garde.

Ce mouvement antifasciste, cofondé en 2018 par Raphaël Arnault, organisait notamment des séances présentées comme des entraînements d’autodéfense.

Ces activités étaient régulièrement mises en avant sur les réseaux sociaux de l’organisation, dont le député avait été le porte-parole.

Les parents du jeune homme s’interrogent sur la nature de ces entraînements, sur les relations entre certains membres du mouvement et sur l’influence éventuelle que Raphaël Arnault aurait pu exercer sur les personnes impliquées dans les violences du 12 février.

Ces interrogations ne permettent toutefois pas, en elles-mêmes, d’établir une quelconque implication pénale du parlementaire.

Me Fabien Rajon affirme que la démarche de ses clients ne poursuit aucun objectif partisan.

Selon lui, la famille souhaite avant tout que toutes les responsabilités éventuelles soient examinées, indépendamment du statut politique des personnes concernées.

« La famille de Quentin n’a pas de motivation politicienne », souligne notamment l’avocat.

Contactée par Le Figaro, Me Chirinne Ardakani, avocate de Raphaël Arnault, n’a pas souhaité commenter cette demande d’acte.

Une polémique autour d’une supposée tentative d’interpellation

Cette nouvelle initiative judiciaire intervient quelques jours après un échange de communiqués entre La France insoumise et le parquet de Lyon.

Le 20 octobre 2026, LFI affirme que Raphaël Arnault aurait été visé par une tentative d’interpellation policière à la gare de Lyon, à Paris, alors qu’il descendait d’un train.

Dans son communiqué, le mouvement politique assure que le parlementaire reste disponible pour répondre aux éventuelles sollicitations judiciaires.

« Raphaël Arnault n’a rien à cacher et se tient comme toujours à la disposition de la justice », indique alors La France insoumise.

Le lendemain, le parquet de Lyon dément l’existence d’une instruction visant à interpeller le député.

Le ministère public précise que ni ses services ni les juges d’instruction lyonnais n’ont demandé aux forces de l’ordre de procéder à une telle interpellation dans les procédures dont ils sont saisis.

Cette mise au point ne mentionne toutefois aucune affaire judiciaire particulière.

Le Figaro s’interroge sur la possibilité que les policiers aient plutôt envisagé de remettre une convocation au parlementaire dans le cadre de l’enquête sur la mort de Quentin Deranque.

Cette hypothèse n’est cependant pas confirmée par les autorités judiciaires dans les éléments rapportés.

Raphaël Arnault déjà condamné pour des violences en réunion

Le passé judiciaire du député LFI constitue également un élément de contexte de cette affaire.

Raphaël Arnault a déjà été condamné à quatre mois de prison avec sursis pour des violences volontaires en réunion commises à Lyon en avril 2021.

Les faits s’étaient produits en marge d’une manifestation organisée par des militants identitaires.

Un jeune homme de 18 ans avait alors été pris à partie par un groupe de six individus, parmi lesquels se trouvait Raphaël Arnault.

Selon les faits rapportés, les membres du groupe avaient interrogé la victime pour savoir si elle participait au rassemblement identitaire.

Malgré ses dénégations, le jeune homme avait été agrippé, bousculé puis plaqué contre un mur.

Ses agresseurs lui avaient également demandé de retirer sa veste afin de vérifier la présence éventuelle d’un tatouage nazi.

La victime avait ensuite été contrainte de déverrouiller son téléphone avant d’être projetée au sol.

Cette condamnation concerne des faits distincts de ceux ayant entraîné la mort de Quentin Deranque en février 2026. Elle ne permet donc pas de préjuger d’une éventuelle responsabilité du député dans la procédure actuellement instruite à Lyon.

Une décision désormais attendue des magistrats instructeurs

La demande déposée le 21 octobre par l’avocat de la famille ouvre une nouvelle étape dans les démarches entreprises par les proches de Quentin Deranque.

Il appartient désormais aux magistrats instructeurs d’apprécier la pertinence de l’audition sollicitée et de déterminer si les investigations doivent être élargies.

La famille souhaite notamment que soient examinés les liens entre Raphaël Arnault, ses collaborateurs parlementaires mis en examen et certains membres de la Jeune Garde.

Pour les parents du jeune homme, l’enjeu consiste à comprendre l’ensemble des circonstances ayant conduit à l’agression mortelle de leur fils et à identifier, le cas échéant, toutes les responsabilités pénales susceptibles d’être établies.

Sources :

Le Figaro, Guillaume Poingt, « Meurtre de Quentin Deranque à Lyon : la famille de la victime demande l’audition du député LFI Raphaël Arnault pour association de malfaiteurs », publié le 27 octobre 2026 à 14h28.

Le Progrès, « La famille de Quentin Deranque demande l’audition du député LFI Raphaël Arnault », publié le 28 octobre.