Élections législatives en Israël : Nétanyahou et Eisenkot sans majorité, les partis arabes deviennent incontournables

Israël se retrouve dans une nouvelle impasse politique au lendemain des élections législatives du 27 octobre 2026. Malgré une légère avance du bloc de droite et d’extrême droite de Benyamin Nétanyahou, aucune coalition ne semble en mesure d’atteindre les 61 sièges nécessaires pour gouverner. Face au Premier ministre sortant, le centriste Gadi Eisenkot revendique également la possibilité de former un gouvernement, tandis que les partis arabes, crédités d’une progression historique, pourraient jouer un rôle décisif.

Les Israéliens ont voté, mais le scrutin n’a pas permis de départager les deux principaux camps politiques. Au lendemain des élections législatives du mardi 27 octobre 2026, le pays se retrouve confronté à une situation parlementaire particulièrement incertaine, sans majorité clairement identifiable à la Knesset.

Selon les projections diffusées dans la nuit de mardi à mercredi par les chaînes israéliennes 11, 12 et 13, ni la coalition sortante de droite et d’extrême droite dirigée par Benyamin Nétanyahou, ni le bloc d’opposition rassemblé autour de Gadi Eisenkot ne disposent des 61 sièges nécessaires pour obtenir la majorité absolue au Parlement, qui compte 120 députés.

Ce scrutin constitue la première élection législative nationale organisée depuis les attaques meurtrières du Hamas du 7 octobre 2023, qui ont profondément bouleversé la société israélienne et son paysage politique.

Les résultats provisoires témoignent d’un pays politiquement fragmenté, où la constitution du prochain gouvernement pourrait dépendre de négociations complexes entre formations aux intérêts parfois divergents.

Nétanyahou résiste malgré un recul du Likoud

Alors que les premières estimations semblaient donner l’avantage à l’opposition, les projections actualisées ont progressivement modifié le rapport de force.

Selon les chiffres rapportés par Ynet News, le camp de Benyamin Nétanyahou serait finalement crédité de 51 sièges, contre 50 pour le bloc d’opposition emmené par Gadi Eisenkot.

Une avance extrêmement réduite, qui ne permet toutefois pas au Premier ministre sortant de revendiquer une majorité parlementaire.

Le Likoud, formation de Benyamin Nétanyahou, conserverait sa place de premier parti israélien avec 27 sièges, contre 32 dans la précédente législature.

Malgré cette baisse, le résultat apparaît comme une résistance politique notable pour le chef du gouvernement.

Le quotidien Israel Hayom évoque un retour en force dans les dernières heures du scrutin, après une campagne durant laquelle les perspectives électorales du Likoud semblaient particulièrement défavorables.

D’après le journal, la mobilisation de dernière minute de l’électorat de droite aurait notamment contribué à cette remontée.

Benyamin Nétanyahou s’est rapidement exprimé devant ses partisans pour afficher sa volonté de rester au pouvoir.

« Nous devons mettre en place un gouvernement de droite fort », a-t-il déclaré, appelant les forces politiques juives et sionistes à se rassembler.

Son objectif reste cependant suspendu à une équation parlementaire difficile : trouver suffisamment de partenaires pour franchir le seuil des 61 députés.

Gadi Eisenkot revendique le changement politique

Face au Premier ministre sortant, Gadi Eisenkot refuse également de renoncer à la formation d’un gouvernement.

Le centriste, devenu l’une des principales figures de l’opposition, avait initialement accueilli les premières estimations électorales comme un signal fort envoyé à Benyamin Nétanyahou.

« Le peuple a choisi le changement », avait-il déclaré devant ses partisans, promettant de tout mettre en œuvre pour constituer une nouvelle majorité.

L’ancien chef d’état-major de l’armée israélienne avait même présenté les premiers résultats comme un désaveu du Premier ministre sortant.

Mais l’évolution des projections au cours de la nuit a considérablement réduit l’avance initialement annoncée pour son camp.

Selon Haaretz, cette remontée du bloc de droite a constitué une surprise, les précédents sondages de sortie des urnes laissant entrevoir un résultat plus favorable à l’opposition.

Gadi Eisenkot conserve néanmoins la possibilité de tenter de rassembler une coalition alternative.

La difficulté réside désormais dans sa capacité à convaincre des formations politiques dont les orientations idéologiques et les priorités peuvent être très éloignées.

Les partis arabes réalisent une percée électorale majeure

C’est probablement l’un des enseignements les plus marquants de ces élections législatives : la progression des formations représentant principalement les citoyens arabes d’Israël.

Selon les projections rapportées par Israel Hayom, les partis arabes pourraient obtenir entre 17 et 18 sièges à la Knesset.

Un résultat présenté comme exceptionnel, qui pourrait leur conférer une influence déterminante dans les négociations gouvernementales.

Avec 51 sièges pour le camp Nétanyahou et 50 pour celui d’Eisenkot, aucun des deux blocs ne semble actuellement capable de former une majorité sans rechercher de nouveaux soutiens.

Dans cette configuration, les formations arabes pourraient se retrouver en position de peser sur la désignation du prochain Premier ministre.

Leur progression électorale témoigne également d’une mobilisation importante des citoyens arabes israéliens, dans un contexte politique et sécuritaire profondément marqué par les événements survenus depuis octobre 2023.

Israel Hayom souligne que cette participation pourrait traduire une évolution du rapport de cet électorat aux institutions politiques israéliennes.

Une partie des citoyens arabes semble désormais vouloir peser davantage sur les décisions nationales, plutôt que de rester à l’écart des équilibres parlementaires.

Cette dynamique pourrait modifier les rapports de force au sein de la Knesset, même si une progression électorale ne garantit pas automatiquement une participation à une coalition gouvernementale.

La question de la coopération entre les partis arabes et les principales formations politiques israéliennes reste en effet particulièrement sensible.

Une participation électorale de 77,7 %

Cette progression des partis arabes s’inscrit dans un mouvement plus large de mobilisation électorale.

Selon les chiffres communiqués par la Commission électorale centrale israélienne, le taux de participation a atteint 77,7 % à la fermeture des bureaux de vote, mardi à 22 heures.

Cela représente une hausse de 7,1 points par rapport aux élections législatives de 2022.

Cette forte participation souligne l’importance accordée au scrutin par une population confrontée à plusieurs années de tensions politiques, de conflits militaires et de débats sur l’avenir institutionnel du pays.

Elle a également contribué à rendre les projections électorales particulièrement difficiles à interpréter.

Le New York Times rappelle que les sondages de sortie des urnes israéliens ont déjà montré leurs limites, notamment lorsque les résultats sont extrêmement serrés.

Les estimations publiées dans la nuit électorale doivent donc être considérées avec prudence.

Les résultats définitifs sont attendus d’ici au 30 octobre, avant leur annonce officielle prévue le 4 novembre.

D’ici là, la répartition exacte des sièges pourrait encore évoluer et modifier les possibilités de coalition.

Une nouvelle période d’incertitude pour la formation du gouvernement

Même une fois les résultats définitifs connus, Israël pourrait rester plusieurs semaines sans majorité gouvernementale clairement constituée.

Le système parlementaire israélien repose sur la représentation proportionnelle, qui favorise la présence de nombreuses formations politiques à la Knesset.

Dans ce cadre, les gouvernements sont généralement issus d’accords entre plusieurs partis, parfois très éloignés sur le plan idéologique.

La constitution d’une coalition nécessite non seulement de réunir suffisamment de députés, mais également de parvenir à un accord sur les principales orientations politiques et la répartition des responsabilités ministérielles.

Or, les projections actuelles laissent apparaître un Parlement profondément divisé.

Les deux principaux camps disposent de forces presque équivalentes, tandis que les partis arabes pourraient devenir des interlocuteurs incontournables.

Comme le souligne Israel Hayom, le verdict des électeurs ne permet pas encore de déterminer qui dirigera le pays.

Les tractations politiques pourraient ainsi se prolonger bien au-delà de l’annonce officielle des résultats.

Les tensions avec l’Iran pourraient peser sur les négociations

À cette incertitude politique s’ajoute une dimension sécuritaire majeure. Selon Israel Hayom, une nouvelle confrontation militaire avec l’Iran pourrait bouleverser les équilibres issus des urnes.

Le quotidien estime qu’une aggravation de la situation régionale pourrait favoriser la constitution d’un gouvernement d’union nationale, comme cela avait été observé dans les premiers jours suivant les attaques du 7 octobre 2023.

Cette hypothèse intervient alors que des informations font état de pressions exercées par Benyamin Nétanyahou en faveur d’une reprise des opérations militaires contre l’Iran.

Le New York Times rapporte que Gadi Eisenkot a publiquement mis en garde le Premier ministre sortant contre toute instrumentalisation de la situation sécuritaire pendant les négociations gouvernementales.

« Nétanyahou, n’osez pas instrumentaliser la sécurité d’Israël à des fins politiques », a-t-il lancé devant ses partisans.

Cette déclaration illustre la méfiance qui persiste entre les deux principaux camps, au moment où chacun cherche à apparaître comme le plus légitime pour diriger le pays.

Le contexte régional pourrait ainsi influencer les négociations politiques, sans qu’il soit possible de déterminer à ce stade dans quelle direction.

Pour Benyamin Nétanyahou comme pour Gadi Eisenkot, l’enjeu des prochains jours sera de transformer un résultat électoral sans majorité en une coalition capable de gouverner.

Avec des blocs séparés par un seul siège dans les projections actualisées et des partis arabes en nette progression, l’avenir politique d’Israël reste suspendu au dépouillement définitif et aux alliances qui pourront se dessiner au sein de la Knesset.

Sources

Courrier international – Pas de majorité après les législatives en Israël

Israel Hayom – Israel faces political deadlock after election

The Jerusalem Post – Élections israéliennes 2026

Ynet News – Résultats et projections électorales

Haaretz – Suivi des élections israéliennes

The New York Times – Israel Elections 2026