Un habitant de Sainte-Luce, en Martinique, a été condamné lundi 26 octobre 2026 par le tribunal judiciaire de Fort-de-France pour apologie du terrorisme. Poursuivi après avoir publié sur Facebook des commentaires racistes saluant l’attaque meurtrière de Trappes et de La Verrière, dans les Yvelines, Patrick M. écope de douze mois de prison, dont huit ferme, et d’une interdiction de séjour en Martinique pendant trois ans. Une affaire qui a suscité une vive indignation sur l’île et mobilisé plusieurs associations antiracistes.
Trois jours après l’attaque meurtrière qui a frappé les communes de Trappes et de La Verrière, dans les Yvelines, la justice martiniquaise a prononcé une condamnation pour apologie du terrorisme. Lundi 26 octobre 2026, Patrick M., résident de Sainte-Luce, a comparu devant le tribunal judiciaire de Fort-de-France pour des propos publiés sur Facebook dans lesquels il se réjouissait ouvertement de cette attaque à caractère raciste.
Les faits remontent au vendredi 23 octobre. Ce jour-là, Kevin T., un Français de 39 ans, est soupçonné d’avoir ouvert le feu à plusieurs reprises sur des passants dans les Yvelines, à l’aide d’une arme automatique. L’attaque a coûté la vie à Pengo Bossio Wangi, un homme de 26 ans d’origine africaine, et fait plusieurs blessés, parmi lesquels une fillette de 12 ans.
Le bilan communiqué le 26 octobre par le Parquet national antiterroriste fait état d’un mort et de sept blessés. Les enquêteurs ont recensé huit scènes de crime et au moins 128 tirs au cours d’un parcours meurtrier d’environ douze kilomètres.
L’attaque a provoqué une onde de choc à travers la France. Le président Emmanuel Macron, qui s’est rendu sur place, a dénoncé un attentat terroriste raciste, tandis que le Parquet national antiterroriste s’est saisi de l’enquête.
C’est dans ce contexte que Patrick M. a publié plusieurs commentaires sur Facebook, exprimant son soutien à l’auteur présumé des tirs.
Parmi les propos qui lui sont attribués figurent notamment les expressions « Il faudrait plus de Kevin » et « grand nettoyage ». Des formulations particulièrement graves au regard du caractère raciste des violences auxquelles elles faisaient référence. Ces publications, largement dénoncées, ont rapidement suscité l’indignation en Martinique.
Une mobilisation citoyenne et une réponse judiciaire rapide
La diffusion de ces messages a provoqué de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux et au sein du tissu associatif martiniquais. Des signalements et des démarches judiciaires ont été engagés, tandis que plusieurs organisations se sont mobilisées contre les propos tenus par le résident de Sainte-Luce.
L’affaire a connu une évolution judiciaire particulièrement rapide. Interpellé le dimanche 25 octobre, Patrick M. a été présenté dès le lendemain devant le tribunal judiciaire de Fort-de-France dans le cadre d’une procédure de comparution immédiate.
L’audience du lundi 26 octobre s’est déroulée dans un contexte de forte attention publique. Plusieurs citoyens et représentants associatifs avaient fait le déplacement pour assister au procès. Un filtrage des personnes souhaitant accéder à la salle d’audience a notamment été mis en place.
Au cœur des débats figurait la portée des commentaires publiés par le prévenu, quelques heures après une attaque ayant visé des personnes en raison de leur origine réelle ou supposée.
La procédure portait sur le délit d’apologie du terrorisme, qui sanctionne le fait de présenter publiquement des actes terroristes sous un jour favorable.
Douze mois de prison, dont huit ferme, et une interdiction de séjour en Martinique
À l’issue de l’audience, le tribunal a reconnu Patrick M. coupable d’apologie du terrorisme et prononcé une peine de douze mois d’emprisonnement, dont huit mois ferme et quatre mois assortis d’un sursis.
La condamnation s’accompagne d’une interdiction de séjour sur le territoire martiniquais pendant trois ans. Cette mesure impose au condamné de quitter l’île et lui interdit d’y séjourner pendant la durée fixée par la juridiction.
Les magistrats ont également ordonné un suivi socio-judiciaire de trois ans. Le non-respect des obligations imposées dans ce cadre pourrait entraîner une peine supplémentaire de deux ans d’emprisonnement.
Patrick M. a par ailleurs été privé de ses droits civiques pendant dix ans, une sanction qui comprend notamment l’inéligibilité.
Le tribunal a également prononcé une suspension de ses comptes en ligne pour une durée de six mois.
Ces différentes sanctions viennent compléter la peine d’emprisonnement et traduisent la dimension à la fois pénale et numérique de cette affaire, née de commentaires publiés sur un réseau social.
Trois associations parties civiles obtiennent des dommages et intérêts
Au-delà des sanctions pénales, la juridiction a également statué sur les demandes d’indemnisation présentées par les associations constituées parties civiles.
Selon les éléments communiqués à l’issue de la procédure, Patrick M. devra verser un total de 3 000 euros de dommages et intérêts, répartis à hauteur de 1 000 euros pour chacune des trois organisations concernées : le CNR, l’ASSOKA et le MIR.
La présence de ces associations dans la procédure témoigne de la mobilisation suscitée par les publications incriminées.
L’affaire a également mis en lumière la place des réseaux sociaux dans la diffusion de discours racistes et dans leur traitement judiciaire. En l’espace de trois jours, des commentaires publiés sur Facebook ont conduit à une interpellation, à une audience en comparution immédiate et à une condamnation à une peine de prison ferme.
Une affaire martiniquaise dans le prolongement de l’attaque des Yvelines
La condamnation prononcée à Fort-de-France intervient alors que l’enquête sur l’attentat du 23 octobre se poursuit en région parisienne.
Kevin T., interpellé peu après les tirs, fait l’objet d’investigations conduites sous l’autorité du Parquet national antiterroriste. Sa garde à vue, interrompue pour permettre une période d’observation psychiatrique, a repris lundi 26 octobre après un nouvel examen médical.
Selon les informations communiquées par le procureur national antiterroriste Olivier Christen, le suspect ne conteste pas les faits matériels qui lui sont reprochés, mais conteste leur caractère raciste.
Les investigations doivent notamment permettre de préciser ses motivations et les circonstances de cette attaque, dont les conséquences humaines ont profondément marqué les communes de Trappes et de La Verrière.
À plusieurs milliers de kilomètres des Yvelines, la condamnation de Patrick M. constitue l’un des premiers prolongements judiciaires de cette affaire en matière d’apologie du terrorisme. Elle intervient dans un climat de forte émotion, alimenté par la violence de l’attaque et par les réactions racistes qu’elle a suscitées sur les réseaux sociaux.