Près d’un millier de personnes se sont rassemblées lundi 26 octobre 2026, place de la Comédie à Lyon, pour rendre hommage aux victimes de l’attentat raciste de Trappes, survenu trois jours plus tôt dans les Yvelines. En présence du maire Grégory Doucet et de plusieurs associations, cette mobilisation a été marquée par des témoignages poignants, une minute de silence et des appels à lutter contre les discriminations.
La place de la Comédie, au cœur de Lyon, s’est transformée lundi 26 octobre en lieu de recueillement et de mobilisation contre le racisme. À la tombée de la nuit, près de 1 000 personnes ont convergé vers l’espace situé entre l’hôtel de Ville et l’Opéra pour honorer la mémoire de Pengo Bossio Wangi, tué lors de l’attentat raciste perpétré à Trappes, dans les Yvelines, le 23 octobre 2026.
Cette attaque a également fait quatre blessés, dont une enfant de 12 ans grièvement touchée. Un drame qui a profondément marqué les participants au rassemblement lyonnais, venus exprimer leur solidarité avec les victimes et leurs proches, mais aussi leur inquiétude face à la persistance du racisme dans la société française.
Dès 18 heures, alors que retentissait le carillon de l’hôtel de Ville, la foule s’est progressivement immobilisée. Des habitants de toutes les générations se tenaient côte à côte, dans une atmosphère mêlant émotion, gravité et solidarité.
Grégory Doucet appelle à renforcer la lutte contre le racisme
Présent aux côtés de plusieurs représentants de la municipalité, le maire écologiste de Lyon, Grégory Doucet, a pris la parole devant les centaines de personnes réunies sur la place.
Vêtu de son écharpe tricolore, l’édile a rappelé la responsabilité des pouvoirs publics dans la protection des citoyens confrontés aux discriminations et aux violences racistes.
« Notre combat contre le racisme est plus que jamais nécessaire », a-t-il déclaré, avant de s’adresser directement aux personnes susceptibles de subir ces discriminations.
« Vous êtes ici chez vous, votre place dans ce pays ne se discute pas », a notamment insisté le maire de Lyon.
Son intervention a également souligné le devoir des responsables politiques de combattre les discriminations et de protéger chacun contre la peur et la haine.
À 18 h 05, une minute de silence a été observée en mémoire des victimes de l’attentat de Trappes. Pendant quelques instants, seuls les bruits lointains de la circulation et le souffle du vent ont troublé le recueillement.
À l’issue de cet hommage, les applaudissements ont retenti sur la place de la Comédie, accompagnés de plusieurs marques de soutien venues de la foule.
Les associations dénoncent la banalisation du racisme
Après l’intervention du maire, quatre représentantes associatives se sont succédé au micro pour rappeler les conséquences concrètes des discriminations raciales et interpeller les responsables politiques.
Karima, 47 ans, cofondatrice et porte-parole du Pacte Lyon respirable, a prononcé un discours dénonçant la banalisation du racisme dans la société française et les contradictions du discours politique.
Elle a notamment critiqué les responsables politiques qui stigmatisent régulièrement les habitants des quartiers populaires tout en appelant à l’unité lorsque surviennent des drames racistes. « Quand le racisme tue, alors on s’indigne, on découvre l’horreur et on appelle à l’unité », a-t-elle lancé devant les manifestants.
Karima a aussi dénoncé les discriminations persistantes dans l’accès à l’emploi, au logement, à l’éducation et à la santé, établissant un lien avec l’héritage colonial « Nous ne sommes pas coupables de l’histoire dont nous héritons, mais nous sommes responsables de celle que nous écrivons », a-t-elle déclaré, appelant à faire de l’antiracisme une véritable priorité politique plutôt qu’un simple discours de circonstance.
À l’approche des prochaines échéances électorales, elle a interpellé les élus : « Ne venez pas seulement nous parler de votre douleur. Parlez-nous de vos décisions. »
Karima a conclu en appelant à préserver la mémoire du jeune homme : « Pengo Bossio Wangui. Souvenez-vous de son nom et honorez sa mémoire. »
De son côté, Myriam Matonog, représentante de la Ligue des droits de l’homme, a insisté sur la nécessité de défendre les valeurs fondamentales de la République.
Elle a appelé l’ensemble des forces républicaines à respecter les principes d’égalité et de fraternité qui constituent les fondements de l’État de droit.
Ces interventions ont donné au rassemblement une dimension dépassant le seul hommage aux victimes. Pour les associations présentes, l’attentat de Trappes rappelle également l’importance d’une mobilisation durable contre les discriminations.
Agnès Maemble exprime ses inquiétudes
Parmi les prises de parole les plus marquantes figure celle d’Agnès Maemble, 53 ans, présidente de l’association Body Art Athlet de rue dispensant des cours gratuits de street workout depuis quinze ans.
Affirmant prendre la parole comme une femme noire, une mère et une citoyenne française qui oeuvre pour le vivre ensemble, elle a livré un témoignage personnel sur la peur suscitée par l’attentat du 23 octobre.
Elle a expliqué que « Les attentats comme le Bataclan, Nice et tous les autres qui ont frappé le territoire français », l’ont « boulversé et ont changé (s)es habitudes ». « Je me sentais moi aussi potentiellement menacé. Cette douleur était aussi la nôtre, cette solidarité était aussi la nôtre ». « Depuis le 23 octobre, cette peur prend pour moi une dimension plus intime, celle d’être visée parce que je suis noire », a-t-elle confié, précisant que depuis 2024, elle avait été victime de plusieurs agressions racistes.
Agnes Maemblé a également demandé des « actes face aux groupes qui intimident et agressent ». « Prévenir, protéger, faire répondre les agresseurs de leurs actes. La négrophobie doit être nommée, toutes les dimensions du ciblage raciste doivent être examiné. »
La présidente de Body Art Athlète de rue a exprimé sa « solidarité a toutes les personnes visées par le racisme, de toutes origines et de toutes confessions ». Elle a également fait référence « aux générations qui ont lutter pour que leurs enfants vives sans peur », faisant ainsi allusion aux Blacks Dragons, dont le père de Pengo Bossio Wangi a fait partie.
Maemblé a indiqué ressentir « un traitement à deux vitesses ». « L’origine et la religion prend toute la place pour certains auteurs, pour d’autres l’explication psychiatrique appparait immédiatement. »
Ellea interpellé « l’Etat, les responsables politiques et les médias, sur leur responsabilité » et appelé « les sportifs, sportives les artistes, les rappeurs et les rappeurs, tout le monde du sport et de la Culture à faire entendre leur voix contre le racisme ». « Éteignons les télévisions, lorsqu’elles nous enferment dans la peur », a-t-elle clamé.
La présidente de l’association Body Art de Rue a également exprimé le besoin de solidarité ressenti par les personnes confrontées au racisme, soulignant l’importance de ne pas les laisser seules face à cette inquiétude. « Nous sommes nous aussi les enfants de la République », a-t-elle conclu.
Un rassemblement antiraciste achevé sous les applaudissements
Peu après 18 h 20, l’hommage organisé sur la place de la Comédie s’est terminé dans une atmosphère toujours chargée d’émotion.
Les dernières interventions ont laissé place aux applaudissements et aux slogans antiracistes scandés par les participants.
Pendant une vingtaine de minutes, près d’un millier de Lyonnais ont ainsi exprimé leur solidarité avec les victimes de l’attentat de Trappes et réaffirmé leur attachement aux principes d’égalité et de fraternité.
À travers cette mobilisation, les habitants présents ont également voulu rappeler que la lutte contre le racisme demeure une préoccupation majeure, trois jours après une attaque qui a coûté la vie à Pengo Bossio Wangi et blessé quatre autres personnes.
Sources :
Tribune de Lyon, article de Kadija Faleh, publié le 27 octobre 2026 : « Nous sommes aussi des enfants de la République ». Hommage à Lyon aux victimes de l’attentat de Trappes
Lyon Capitale, article de Corentin Lucas publié le 27 octobre : « À Lyon, plus d’un millier de personnes rassemblées en hommage aux victimes de l’attentat de Trappes ».
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