Pengo Bossio Wangi : une marche blanche à Aubervilliers, sa sœur jumelle témoigne d’une douleur immense

Plusieurs centaines de personnes ont participé, dimanche 25 octobre, à une marche blanche à Aubervilliers en hommage à Pengo Bossio Wangi, 26 ans, tué deux jours plus tôt dans une attaque terroriste raciste à Trappes. Alors que des élus de Seine-Saint-Denis dénoncent la montée de la haine, sa sœur jumelle, Ritsia, a livré à nos confrères de Blast un témoignage déchirant sur leurs derniers instants ensemble et la brutalité de sa disparition. Entre recueillement, colère et émotion, le drame dépasse désormais le cadre familial et sportif.

Le silence s’est imposé dans les rues d’Aubervilliers, dimanche 25 octobre. Plusieurs centaines de personnes se sont réunies dans cette commune de Seine-Saint-Denis pour rendre un dernier hommage à Pengo Bossio Wangi, combattant amateur de MMA de 26 ans, tué vendredi 23 octobre lors d’une attaque terroriste à caractère raciste ayant frappé Trappes et La Verrière, dans les Yvelines.

Organisée à l’initiative du responsable de la salle de sport où s’entraînait le jeune homme et de sa famille, cette marche blanche a rassemblé ses proches, ses partenaires d’entraînement, des habitants et plusieurs personnalités politiques et sportives.

Sur le parvis de l’hôtel de ville, à proximité de l’église Notre-Dame des Vertus, l’émotion était palpable. Parmi les participants figuraient notamment l’ancien champion du monde de boxe Brahim Asloum, le maire d’Aubervilliers, Sofienne Karroumi, et celui de Saint-Denis, Bally Bagayoko.

Mais derrière cette mobilisation collective se dessine avant tout le destin brisé d’une famille. Celui de Ritsia, la sœur jumelle de Pengo Bossio Wangi, dont les mots, recueillis par le média Blast au lendemain de l’attaque, donnent une dimension particulièrement douloureuse à cette disparition.

« J’ai tout perdu » : le témoignage bouleversant de sa sœur jumelle

Assise sur un lit, face à la caméra de Blast, Ritsia raconte les circonstances dans lesquelles elle a appris que son frère avait été pris pour cible.

« Il est très mal mort. Il est mort tout seul », confie-t-elle, avant d’évoquer l’acharnement dont il aurait été victime.

Selon son témoignage, son père aurait été contacté par un journaliste lui annonçant que son fils avait été touché par plus de dix tirs. La famille ne savait pas encore que Pengo Bossio Wangi avait succombé à ses blessures.

Ritsia explique avoir appris les premiers éléments du drame aux alentours de 15 heures, après un appel de son père, puis un échange avec le journaliste.

Quelques heures auparavant, elle avait pourtant retrouvé son frère. Tous deux s’étaient vus vers 9h30 et avaient prévu de se revoir le soir même.

« Il devait venir chez moi le soir », raconte-t-elle.

Une journée ordinaire, brutalement interrompue par une violence qu’elle peine encore à concevoir.

Au fil de son témoignage, la jeune femme revient sur le lien particulièrement fort qui l’unissait à Pengo. Plus qu’un frère, il était son jumeau, celui avec lequel elle avait partagé chaque étape de son existence.

« On a grandi ensemble, on a souffert ensemble », explique-t-elle, avant de résumer l’ampleur de sa perte en quelques mots : « J’ai tout perdu ».

Ritsia évoque également leur grande sœur et les liens étroits qui unissaient les trois enfants. Une proximité familiale qui rend aujourd’hui la disparition de Pengo d’autant plus insupportable.

Dans cet entretien, elle confie aussi son désespoir et la difficulté à imaginer son avenir sans lui. Tous deux partageaient la foi chrétienne, à laquelle elle tente encore de se raccrocher face à l’irréversible.

Une attaque raciste qui a frappé Trappes et La Verrière

Pengo Bossio Wangi a été tué vendredi 23 octobre au square Pergaud, à Trappes, lors d’une attaque terroriste raciste qui a également touché la commune voisine de La Verrière.

Le jeune homme a été atteint par les tirs de Kevin T., mis en cause dans cette attaque. Selon les informations rapportées par Le Parisien, sa sœur évoque plus de dix coups de feu, un chiffre qu’elle dit avoir appris lors des échanges téléphoniques ayant suivi le drame.

Les circonstances de sa mort ont profondément marqué ses proches, mais également les habitants et les membres de son club de MMA.

Dès samedi, un rassemblement en hommage à la victime s’est tenu à Trappes. Le même soir, les spectateurs du club de MMA d’Aubervilliers, où évoluait Pengo Bossio Wangi, lui ont également rendu hommage.

La marche blanche organisée dimanche s’inscrit dans cette succession de mobilisations, à mesure que l’émotion suscitée par sa mort gagne le monde sportif et les communes de Seine-Saint-Denis.

À Aubervilliers, plusieurs centaines de personnes réunies dans le silence

Dimanche, peu après 14 heures, le cortège s’est élancé depuis le centre d’Aubervilliers pour emprunter l’avenue de la République, l’une des principales artères de la commune.

En première ligne figuraient les proches de Pengo Bossio Wangi, accompagnés de plusieurs élus et de Stéphane « Atch » Chaufourier.

Malgré une météo maussade, plusieurs centaines de personnes avaient fait le déplacement. Famille, amis, sportifs et habitants anonymes ont avancé dans un silence inhabituel pour cette ville généralement animée.

Les forces de l’ordre avaient été déployées à pied, à vélo et en voiture afin d’encadrer la manifestation.

Quelques chants antifascistes ont toutefois retenti pendant le parcours, conduisant le maire d’Aubervilliers, Sofienne Karroumi, à interrompre momentanément le cortège.

L’élu a rappelé que cette marche devait rester un hommage à la victime et non se transformer en manifestation politique. Il a demandé aux participants de respecter le silence et la douleur de la famille.

Après un peu plus d’une heure de marche, le rassemblement s’est achevé dans le calme. Les prises de parole politiques ont néanmoins donné une autre dimension à cette mobilisation.

La sœur de Pengo Bossio Wangi dénonce un climat de haine

Au-delà de sa douleur personnelle, Ritsia a également livré une analyse politique du drame dans son entretien avec Blast.

La jeune femme estime que l’attaque pourrait avoir un lien avec les mobilisations du 17 octobre. Selon elle, ces rassemblements avaient notamment montré une unité dépassant les origines et les appartenances communautaires.

Elle évoque une possible réaction hostile de militants ou sympathisants racistes face à cette mobilisation collective. Il s’agit toutefois de son interprétation personnelle, et non d’un mobile confirmé de l’attaque.

Ritsia s’en prend également au Rassemblement national, dont elle rejette la perspective d’une accession au pouvoir, ainsi qu’à certaines chaînes d’information en continu.

Elle leur reproche de contribuer à la diffusion de discours hostiles et d’entretenir un climat de tensions raciales.

Ces accusations, formulées dans un contexte de deuil particulièrement douloureux, traduisent sa conviction que la mort de son frère s’inscrit dans un environnement politique et médiatique plus large.

Alexis Corbière : « Un acte qui raconte quelque chose de la France d’aujourd’hui »

Cette dimension politique s’est également retrouvée dans les déclarations de plusieurs élus présents à Aubervilliers.

Alexis Corbière, député de Seine-Saint-Denis et ancien membre de La France insoumise, a expliqué avoir tenu à participer à la marche bien qu’il ne connaissait pas personnellement Pengo Bossio Wangi.

Pour le parlementaire, cette mort ne peut être réduite à un fait divers.

« Nous sommes au-delà du fait divers, c’est un acte qui raconte quelque chose de la France d’aujourd’hui », a-t-il déclaré à L’Équipe.

Alexis Corbière a exprimé son inquiétude face à l’ethnicisation de la société française et aux violences nourries par les préjugés raciaux ou religieux.

Il a également insisté sur la nécessité de défendre une société dans laquelle la couleur de peau et la religion ne constituent jamais des motifs de discrimination ou de violence.

Bally Bagayoko dénonce l’extrême droite et s’inquiète pour la République

Le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, a pour sa part adopté un ton particulièrement ferme. L’élu de La France insoumise a notamment réagi à l’interruption de la garde à vue de Kevin T. pour des raisons psychiatriques, une décision qu’il a vivement critiquée.

Il a ensuite dénoncé le rôle qu’il attribue à l’extrême droite dans la diffusion des discours racistes, mettant également en cause certains médias.

« Je serais toujours présent là où je peux lutter contre le racisme et le fascisme », a-t-il déclaré à L’Équipe.

Bally Bagayoko a appelé à préserver les valeurs républicaines face à ce qu’il considère comme une banalisation de la haine.

Il a également évoqué les résistances rencontrées par les responsables politiques noirs et arabes dans l’exercice de fonctions électives, estimant que les discriminations ne sauraient être dissociées du climat politique actuel.

Ses propos ont fait écho aux inquiétudes exprimées par Ritsia, même si la marche blanche avait initialement été organisée dans un objectif de recueillement.

Le monde du MMA pleure l’un de ses combattants

La disparition de Pengo Bossio Wangi a également provoqué une onde de choc au sein du monde des sports de combat.

Le jeune homme pratiquait le MMA à Aubervilliers, une discipline mêlant techniques de percussion, lutte et combat au sol.

Son club, directement impliqué dans l’organisation de la marche blanche, avait déjà été le théâtre d’un hommage samedi soir.

La présence de Brahim Asloum, ancien champion du monde de boxe, parmi les participants au cortège de dimanche a illustré la solidarité exprimée par le milieu sportif.

Pour les membres de son club, cette mobilisation constituait un moyen de soutenir ses proches et de saluer sa mémoire.

Mais le drame a également pris une dimension plus large, dépassant les frontières du sport pour toucher les habitants d’Aubervilliers, de Trappes et d’autres communes franciliennes.

Une famille endeuillée au cœur d’une mobilisation contre le racisme

Après la marche, plusieurs participants sont restés sur le parvis de l’hôtel de ville d’Aubervilliers.

Des groupes se sont formés, échangeant à voix basse. Certains habitants ont profité de la présence des élus pour leur poser des questions, notamment à Bally Bagayoko, qui a pris le temps de leur répondre.

Malgré les prises de position politiques exprimées après le rassemblement, l’atmosphère est demeurée calme.

Derrière les débats sur le racisme, l’extrême droite et les tensions qui traversent la société française, demeure la douleur d’une famille brutalement privée de l’un des siens.

Celle de Ritsia, qui avait quitté son frère vendredi matin en pensant le retrouver quelques heures plus tard. Celle d’une sœur jumelle qui raconte avoir partagé avec lui ses joies, ses épreuves et toute son existence.

À Aubervilliers, les centaines de personnes venues marcher en silence ont rendu hommage à Pengo Bossio Wangi, tandis que les mots de sa sœur rappellent la dimension profondément humaine d’un drame devenu national.


Sources :

L’Équipe, Jérôme Guillas, « Une marche blanche pour Pengo Bossio Wangi à Aubervilliers, aux accents forcément politiques », 25 octobre 2026. Article source fourni par l’utilisateur.

Le Parisien, Flavien Gagnepain, « J’ai tout perdu : les mots très forts de la sœur de Pengo Bossio Wangi, tué parce que noir à Trappes », publié le 25 octobre 2026 à 09h59, mis à jour à 14h19. Article source fourni par l’utilisateur.

Le Parisien – Site officiel

Blast, témoignage vidéo de Ritsia, sœur jumelle de Pengo Bossio Wangi, diffusé le 24 octobre 2026 et repris par Le Parisien.

Blast – Site officiel

L’Équipe, « À Aubervilliers, la sidération après l’assassinat raciste du combattant Pengo Bossio Wangi ».

Lire l’article de L’Équipe