Manifestations en Europe : la colère contre la vie chère gagne plusieurs pays et provoque des violences

La contestation sociale s’étend à plusieurs pays européens, portée notamment par une jeunesse inquiète pour son avenir et confrontée à la hausse du coût de la vie. De l’Italie à l’Espagne, en passant par le Portugal et la Belgique, les manifestations se multiplient depuis la mi-octobre. Si les revendications portent principalement sur le pouvoir d’achat, le logement et l’éducation, certains rassemblements ont dégénéré en affrontements avec les forces de l’ordre, notamment à Barcelone, Milan et Turin.

La colère sociale dépasse désormais les frontières françaises. Depuis plusieurs semaines, une vague de mobilisations traverse l’Europe, alimentée par la dégradation du pouvoir d’achat, les difficultés d’accès au logement et les inquiétudes grandissantes d’une partie de la jeunesse. En Italie, en Espagne, au Portugal ou encore en Belgique, les rassemblements se succèdent, avec des revendications parfois différentes, mais une même volonté de dénoncer la précarisation des conditions de vie.

Selon les informations rapportées par TF1 et plusieurs médias européens, les manifestations du week-end des 17 et 18 octobre 2026 ont particulièrement illustré cette montée des tensions. Dans plusieurs grandes villes, des milliers de personnes sont descendues dans la rue. Si de nombreux cortèges se sont déroulés pacifiquement, d’autres ont été marqués par des dégradations, des pillages et des confrontations avec la police.

Le mouvement trouve notamment un écho dans les mobilisations françaises, dont certains manifestants européens reprennent les slogans et les modes d’organisation. Les réseaux sociaux jouent également un rôle important dans la diffusion des appels à manifester, particulièrement auprès des lycéens et des étudiants.

Italie : des manifestations sous tension à Turin, Milan et Rome

En Italie, la contestation s’est progressivement étendue à plusieurs grandes villes, notamment Milan, Turin, Rome, Florence, Bologne et Gênes. Les revendications portent sur la hausse des prix, les difficultés économiques, les conditions d’enseignement et les orientations politiques du gouvernement de Giorgia Meloni.

La jeunesse occupe une place centrale dans cette mobilisation. Lycéens et étudiants dénoncent notamment le manque de moyens consacrés à l’éducation, la dégradation de certains établissements scolaires et les perspectives professionnelles qu’ils jugent insuffisantes.

À Turin, plusieurs établissements scolaires ont été occupés depuis le début du mois d’octobre. Des enseignants ont également rejoint les manifestations pour réclamer des augmentations salariales et des recrutements supplémentaires.

Les tensions se sont accentuées lorsque les forces de l’ordre ont tenté de contenir certains cortèges. Des manifestants ont lancé des projectiles, tandis que la police a fait usage de gaz lacrymogènes et de canons à eau lors de précédents affrontements.

Le week-end des 17 et 18 octobre, de nouveaux incidents ont éclaté dans la capitale piémontaise. Selon Euronews, douze personnes ont été interpellées, dont dix mineurs. Des barricades improvisées ont été dressées à l’aide de mobilier urbain et d’équipements provenant de terrasses de cafés. Les forces de l’ordre ont également signalé la présence de projectiles et d’engins incendiaires parmi les objets saisis.

À Milan, la situation a été particulièrement tendue. Des affrontements ont éclaté dans le centre-ville, notamment aux abords de la piazza Duomo. Plusieurs commerces ont été vandalisés et des scènes de pillage ont été signalées.

Selon Euronews, cinquante personnes ont été interpellées lors des violences du 18 octobre, dont environ la moitié étaient mineures. Les troubles se sont poursuivis au cours du week-end, conduisant les autorités italiennes à renforcer leur dispositif de sécurité.

Face à cette situation, la Première ministre Giorgia Meloni a convoqué une réunion consacrée à la sécurité le 19 octobre, selon Deutsche Welle. Le média allemand fait état de près de 200 interpellations en Italie à la suite des troubles du week-end.

À Rome, des manifestants pénètrent dans le Colisée

La capitale italienne a également été le théâtre d’importantes mobilisations. Le samedi 17 octobre, près de 100 000 personnes se sont rassemblées à l’appel de la Confédération générale italienne du travail (CGIL), selon les chiffres rapportés par Le Monde.

Cette mobilisation syndicale a notamment dénoncé les difficultés économiques et les orientations budgétaires du gouvernement italien. Plusieurs responsables de l’opposition, dont Elly Schlein, du Parti démocrate, et Giuseppe Conte, du Mouvement 5 étoiles, ont participé au rassemblement.

Dans le même temps, des manifestations étudiantes se sont déroulées dans différents quartiers de Rome.

Un épisode particulièrement symbolique s’est produit lorsque plusieurs jeunes manifestants ont pénétré dans le Colisée, l’un des monuments les plus emblématiques de la capitale italienne.

Selon TF1, cette intrusion s’est déroulée sans violence. Les participants entendaient donner davantage de visibilité à leur mouvement et à leurs revendications.

Le mouvement italien s’inspire ouvertement des mobilisations françaises. Certains collectifs de lycéens se sont notamment rassemblés autour du mot d’ordre « Facciamo come in Francia », qui signifie « Faisons comme en France ».

Cette référence illustre la circulation des slogans et des formes de contestation entre les différents pays européens.

Au-delà des revendications économiques, les manifestations italiennes traduisent également une opposition à certaines décisions du gouvernement Meloni, notamment concernant l’éducation et l’augmentation des dépenses militaires.

Le ministre italien de l’Éducation a notamment défendu des mesures visant à limiter le nombre d’élèves étrangers par classe et à interdire le voile intégral dans les établissements scolaires, suscitant des critiques dans les milieux étudiants et au sein de plusieurs organisations de gauche.

Espagne : Barcelone secouée par des pillages et des affrontements

En Espagne, la mobilisation a pris une tournure particulièrement violente à Barcelone dans la nuit du samedi 17 au dimanche 18 octobre.

À l’origine, un appel à manifester diffusé sur les réseaux sociaux, notamment TikTok, invitait les jeunes Espagnols à se mobiliser en s’inspirant des événements survenus en France.

Près de 500 personnes se sont rassemblées dans le centre de la capitale catalane, notamment autour de la place de Catalogne.

Mais la manifestation, qui n’avait pas été préalablement autorisée, a rapidement dégénéré.

Des groupes de jeunes, dont certains vêtus de noir, ont parcouru les rues du centre-ville. Plusieurs commerces ont été pris pour cible, tandis que du mobilier urbain était détruit et que des incendies étaient signalés.

Selon les informations communiquées par la police catalane et reprises par TF1, 128 personnes ont été interpellées au cours de la nuit.

Parmi elles figuraient 73 mineurs, soit plus de la moitié des personnes arrêtées.

Une quinzaine de commerces ont été vandalisés. Les affrontements ont également fait quinze blessés parmi les forces de l’ordre, dont quatorze agents des Mossos d’Esquadra, la police régionale catalane, et un membre de la Guardia Urbana.

Les autorités ont indiqué que seules deux des personnes interpellées présentaient des antécédents judiciaires.

La police cherche désormais à déterminer les profils des participants et les circonstances exactes de leur mobilisation, largement organisée par l’intermédiaire des plateformes numériques.

Le président du gouvernement catalan, Salvador Illa, a fermement condamné les violences, rappelant que le droit de manifester ne saurait justifier les agressions, les intimidations ou les destructions.

Ces événements interviennent dans un contexte politique espagnol particulièrement tendu, à l’approche d’élections générales anticipées.

Une partie des jeunes mobilisés exprime également son opposition à l’extrême droite et à la perspective d’une alliance politique entre les formations conservatrices et les partis nationalistes.

Toutefois, les motivations des participants ne se limitent pas à cette dimension politique. Les difficultés d’accès au logement, les loyers élevés et la précarité économique constituent également des préoccupations majeures pour une partie de la jeunesse espagnole.

Portugal : la crise du logement au cœur de la mobilisation

Au Portugal, les manifestations sont principalement alimentées par la crise du logement et la hausse du coût de la vie. À Lisbonne, Porto et Coimbra, des milliers de personnes ont répondu aux appels des organisations syndicales et des collectifs de défense des locataires.

Le 17 octobre, plusieurs dizaines de milliers de manifestants ont défilé dans les rues de Lisbonne, selon Reuters, à l’appel de la Confédération générale des travailleurs portugais (CGTP), la principale organisation syndicale du pays.

Les participants réclamaient notamment des augmentations de salaires, de meilleures pensions de retraite et des mesures destinées à freiner l’augmentation des dépenses quotidiennes.

La question immobilière occupe une place particulièrement importante dans ce mouvement. Selon Le Monde, les prix des logements portugais ont plus que doublé depuis 2017, accentuant les difficultés rencontrées par les ménages aux revenus modestes.

Dans les grandes villes, les loyers élevés rendent l’accès à un logement de plus en plus difficile, particulièrement pour les jeunes actifs.

La contestation s’est également traduite par l’installation de campements dans plusieurs espaces publics, notamment sur la place du Rossio, à Lisbonne, et sur la place Dom-João-I, à Porto.

Le 20 octobre, les forces de l’ordre ont procédé au démantèlement de plusieurs campements. Selon Euronews, 55 personnes ont été arrêtées lors de ces opérations, provoquant de nouveaux rassemblements dans la soirée.

Les manifestants portugais souhaitent désormais coordonner leurs actions avec celles des collectifs espagnols. Une grève générale à l’échelle de la péninsule Ibérique est notamment envisagée pour le 11 novembre.

Belgique : les étudiants dénoncent la précarité et le coût des études

En Belgique, la contestation touche également les établissements scolaires et universitaires.

Depuis le début du mois d’octobre, plusieurs mobilisations ont été organisées à Bruxelles et à Liège pour dénoncer la hausse du coût de la vie, les difficultés financières des étudiants et l’augmentation des frais d’inscription à l’université.

Des centaines de manifestants se sont rassemblés le 17 octobre. Selon Euronews, certains cortèges ont donné lieu à des affrontements avec les forces de l’ordre.

À Bruxelles, la police a notamment utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser des groupes qui lançaient des projectiles. Plusieurs arrestations ont été signalées.

Ces tensions interviennent dans un contexte de contestation plus large des politiques budgétaires et des moyens consacrés aux services publics.

Les étudiants dénoncent particulièrement la dégradation de leurs conditions d’apprentissage, tandis que les organisations syndicales réclament des mesures pour préserver le pouvoir d’achat.

Le mouvement belge présente ainsi plusieurs similitudes avec les mobilisations observées en France et en Italie, où les questions éducatives occupent également une place importante.

Une jeunesse européenne inquiète pour son avenir

Au-delà des particularités nationales, ces manifestations révèlent des préoccupations communes à une partie de la jeunesse européenne.

Le logement, l’éducation, les salaires et l’accès à l’emploi constituent les principales revendications des mouvements qui se développent depuis le début de l’automne.

L’agence Associated Press souligne que la multiplication des protestations s’inscrit dans un contexte de hausse des coûts de l’énergie, de difficultés d’accès aux services publics et de pénurie de logements abordables.

En Italie, les lycéens contestent notamment les moyens alloués à l’enseignement et les choix budgétaires du gouvernement. En Espagne et au Portugal, la crise immobilière cristallise une grande partie des frustrations. En Belgique, les frais universitaires et la précarité étudiante alimentent les rassemblements.

Les réseaux sociaux contribuent à accélérer la diffusion des appels à manifester et favorisent les rapprochements entre mouvements nationaux.

L’exemple français revient régulièrement dans les slogans, notamment en Italie, où certains manifestants revendiquent explicitement leur volonté de reproduire les mobilisations observées dans l’Hexagone.

Cette circulation des mots d’ordre ne signifie toutefois pas que les différents mouvements disposent d’une organisation commune. Les revendications, les collectifs mobilisés et les rapports avec les autorités varient sensiblement selon les pays.

De nouvelles mobilisations annoncées en novembre

La contestation pourrait se prolonger au cours des prochaines semaines.

En Italie, la CGIL a appelé à une grève générale le 20 novembre, dans le prolongement des rassemblements organisés à Rome et dans plusieurs autres villes.

Dans la péninsule Ibérique, des collectifs espagnols et portugais préparent une mobilisation commune pour le 11 novembre, avec l’objectif de placer les questions sociales et immobilières au centre du débat public.

Ces échéances interviennent alors que plusieurs gouvernements européens doivent composer avec des tensions budgétaires, des revendications salariales et une pression croissante sur les dépenses des ménages.

Si les épisodes de violence observés à Barcelone, Milan ou Turin ont particulièrement retenu l’attention, ils ne résument pas l’ensemble des manifestations. Une grande partie des rassemblements s’est déroulée sans incidents majeurs, à l’image des cortèges syndicaux organisés au Portugal.

De Rome à Lisbonne, en passant par Barcelone et Bruxelles, les mobilisations témoignent néanmoins d’un mécontentement social qui dépasse désormais les frontières nationales, avec une jeunesse particulièrement présente dans les cortèges.

Sources :

TF1 Info – « On ne veut pas du futur qu’on nous propose » : dans plusieurs pays européens, une jeunesse en colère se mobilise dans la rue

TF1 – Journal de 13 heures du 25 octobre 2026 : « Manifestations : l’Europe s’embrase »

TF1 Info – Nuit de vandalisme et pillages à Barcelone : 128 personnes interpellées

Euronews – Manifestations contre la vie chère : 50 interpellés à Milan, heurts à Turin et Bologne

Le Monde – En Europe, la colère sociale gagne du terrain, sur fond de flambée des prix de l’énergie et de crise du logement

Reuters – Tens of thousands march in Lisbon over housing and living costs

Euronews – Portugal : des milliers de personnes dans les rues contre la crise du logement

Deutsche Welle – Mobilisation sociale à travers l’Europe

Associated Press – From France to Albania, social unrest is setting Europe’s streets ablaze