Plusieurs centaines de kilos de hafnium, un métal stratégique utilisé notamment dans l’industrie militaire et aéronautique, ont été dérobés dans l’usine Framatome de Jarrie, en Isère, dans la nuit du 21 au 22 octobre 2026. Le préjudice est estimé à plusieurs millions d’euros. Ce nouveau cambriolage, le sixième en sept ans, relance les inquiétudes sur la sécurité de ce site industriel sensible, classé Seveso seuil haut.
Un nouveau vol d’une ampleur considérable frappe l’industrie stratégique française. Dans la nuit du mercredi 21 au jeudi 22 octobre 2026, plusieurs centaines de kilos de hafnium ont été dérobés au sein de l’usine Framatome de Jarrie, en Isère. Ce métal rare, particulièrement recherché pour ses applications industrielles et militaires, représente une valeur estimée à plusieurs millions d’euros.
L’information, initialement révélée par Le Dauphiné Libéré, a été confirmée samedi 24 octobre par ICI Isère, qui s’appuie sur plusieurs sources concordantes.
L’affaire soulève de sérieuses interrogations sur la protection des installations industrielles sensibles en France. L’établissement concerné est en effet classé Seveso seuil haut, une catégorie réglementaire réservée aux sites présentant des risques industriels majeurs en raison des substances dangereuses qu’ils manipulent ou stockent.
Plus préoccupant encore, ce cambriolage constitue le sixième vol enregistré sur le site en seulement sept ans.
Un cambriolage réalisé en quelques minutes
Selon les informations recueillies par ICI Isère, les auteurs du vol se sont introduits dans l’enceinte de l’usine Framatome en pleine nuit.
Malgré la présence d’un salarié intérimaire sur place, les individus sont parvenus à dérober plusieurs centaines de kilos de hafnium en quelques minutes seulement.
La rapidité de l’opération et la quantité de métal emportée interrogent sur les conditions dans lesquelles les malfaiteurs ont pu accéder aux installations et quitter les lieux.
À ce stade, les informations rendues publiques ne permettent toutefois pas de déterminer précisément leur mode opératoire, leur nombre ou l’existence d’éventuelles complicités.
L’enquête a été confiée à la section de recherches de la gendarmerie de Grenoble, chargée d’identifier les auteurs et de déterminer les circonstances exactes du cambriolage. Aucune interpellation n’est mentionnée dans les premiers éléments communiqués.
Le hafnium, un métal essentiel à l’industrie de défense
Au-delà de sa valeur marchande, la nature du matériau dérobé confère à cette affaire une dimension particulièrement sensible.
Le hafnium est un métal stratégique utilisé dans plusieurs secteurs industriels de haute technologie, notamment l’aéronautique, le spatial et la défense.
Selon les informations rapportées par ICI Isère, il entre notamment dans des applications liées à la fabrication de drones de combat et d’avions de chasse, dont le Rafale.
Ses propriétés permettent également son utilisation dans des équipements destinés aux activités spatiales et dans des systèmes de propulsion de sous-marins nucléaires.
Le vol d’une telle quantité de matériau représente donc un enjeu qui dépasse la seule perte financière pour l’entreprise.
Il concerne également la protection de matières premières employées dans des secteurs considérés comme essentiels à la souveraineté industrielle et militaire française.
Les informations disponibles ne permettent cependant pas d’établir la destination du métal dérobé ni les intentions précises des auteurs.
Les syndicats réclament des mesures de sécurité immédiates
Au sein de l’usine Framatome, ce nouveau cambriolage a provoqué une vive inquiétude parmi les représentants du personnel.
Vendredi 23 octobre, au lendemain des faits, un comité social et économique (CSE) extraordinaire s’est tenu en présence de la direction.
Les organisations syndicales ont demandé un renforcement des mesures de sécurité afin de garantir la protection des salariés, particulièrement ceux travaillant de nuit ou pendant les week-ends.
Le syndicat Force Ouvrière a adopté une position particulièrement ferme.
Dans un communiqué, l’organisation exige « le retrait immédiat de tous les salariés sur les postes de nuit et de week-end » ainsi que l’interruption des installations liées au hafnium jusqu’à la sécurisation complète du site.
Pour le syndicat, la reprise des activités concernées doit être conditionnée à la mise en place de protections jugées suffisamment sérieuses, indépendamment de leur coût.
Ces revendications traduisent une préoccupation qui ne se limite pas à la disparition d’un métal précieux.
La répétition des intrusions fait également peser des inquiétudes sur la sécurité des personnels présents dans l’établissement, notamment lorsque les effectifs sont réduits.
Six vols en sept ans dans une installation industrielle sensible
Le cambriolage d’octobre 2026 n’est pas un événement isolé. Selon les informations rapportées par franceinfo et ICI Isère, il s’agit du sixième vol commis sur le site de Jarrie en sept ans.
Cette répétition pose la question de l’efficacité des dispositifs de surveillance et de contrôle des accès à une installation industrielle particulièrement sensible.
Le classement Seveso seuil haut de l’usine renforce les préoccupations entourant sa protection.
Cette classification, définie par la réglementation européenne, concerne les établissements où les quantités de substances dangereuses présentes peuvent entraîner des accidents industriels majeurs.
Elle impose des obligations renforcées en matière de prévention et de maîtrise des risques industriels.
Le classement Seveso ne signifie toutefois pas, à lui seul, que le hafnium dérobé présente un danger immédiat pour la population. Il concerne les risques associés à l’ensemble des activités et substances présentes sur le site.
La multiplication des vols soulève néanmoins une question distincte : celle de la sécurité physique des infrastructures industrielles et de la protection des matériaux stratégiques qu’elles abritent.
Emmanuel Macron avait déjà demandé un plan de protection des sites sensibles
Cette nouvelle affaire intervient alors que la sécurité des infrastructures industrielles stratégiques avait déjà fait l’objet d’une intervention au plus haut niveau de l’État.
En septembre 2026, à la suite de précédents vols commis à Jarrie, mais également à Cergy, en région parisienne, le président de la République avait demandé au gouvernement de préparer un dispositif national de protection.
Emmanuel Macron avait notamment réclamé un plan destiné à sécuriser les infrastructures critiques et les installations les plus sensibles de la base industrielle et technologique de défense française.
Cette démarche visait à renforcer la protection des sites participant directement ou indirectement aux capacités industrielles et militaires du pays.
Le nouveau vol survenu à Jarrie, quelques semaines après cette demande présidentielle, remet ainsi la question au premier plan.
À ce stade, les informations disponibles ne précisent pas quelles mesures supplémentaires avaient déjà été appliquées à l’usine Framatome depuis les précédents incidents.
L’enquête menée par la gendarmerie de Grenoble devra notamment éclaircir les circonstances de cette nouvelle intrusion, tandis que les syndicats réclament des garanties immédiates pour les salariés.
Avec plusieurs centaines de kilos de hafnium disparus et un préjudice de plusieurs millions d’euros, cette affaire met une nouvelle fois en lumière les enjeux de sécurisation des sites industriels français intervenant dans des secteurs stratégiques. À Noter que les actionnaires de Framatome sont EDF (80,5%) dont le président est Bernard Fontana, proche du Forum économique mondial et Mitsubishi (19,5%), groupe membre du WEF.
Sources :
franceinfo – Radio France, avec ICI Isère, « En Isère, plusieurs centaines de kilos de hafnium, un métal stratégique, volés dans une usine Framatome classée Seveso seuil haut », publié le 24 octobre 2026 à 18h31.
ICI Isère – Encore un vol de cristaux d’hafnium à l’usine Framatome de Jarrie.