À Vern-sur-Seiche, près de Rennes, une réunion consacrée à l’armement de la police municipale a déclenché une vive controverse. Le maire Divers droite Stéphane Labbé a évoqué la corpulence des gens du voyage pour mettre en doute l’efficacité des tasers. Des propos dénoncés par la Ligue des droits de l’homme, qui y voit une stigmatisation de cette communauté.
Une discussion sur les équipements des policiers municipaux qui se transforme en polémique. À Vern-sur-Seiche, commune d’Ille-et-Vilaine située au sud de Rennes, le maire Stéphane Labbé se retrouve au cœur d’une controverse après une déclaration concernant les gens du voyage. Prononcés lors d’une réunion municipale le lundi 5 octobre 2026, ses propos ont suscité une réaction de la Ligue des droits de l’homme (LDH), ainsi que des critiques de l’opposition locale.
À l’origine de cette affaire, une réflexion sur l’éventuel armement des deux policiers municipaux de la commune. Pour nourrir les échanges, les élus avaient été conviés à une réunion organisée autour d’un quiz intitulé « Tirer ou ne pas tirer ». Une initiative partiellement boycottée par l’opposition municipale.
Au cours des discussions, un conseiller municipal a proposé une solution alternative aux armes à feu : équiper les agents de pistolets à impulsion électrique, communément appelés tasers. Une suggestion à laquelle le maire a répondu par une formule qui allait rapidement faire réagir.
Une déclaration sur les gens du voyage qui suscite l’indignation
« C’est inefficace quand quelqu’un a une corpulence comme les gens du voyage », aurait déclaré Stéphane Labbé, selon les propos rapportés par France 3 Bretagne.
Cette affirmation, établissant un lien entre l’appartenance à la communauté des gens du voyage et une caractéristique physique supposée, a provoqué une réaction de la Ligue des droits de l’homme.
L’association a dénoncé des propos qu’elle qualifie de « stigmatisants et inacceptables ». Pour la LDH, cette généralisation contribue à entretenir des représentations discriminatoires à l’égard d’une population régulièrement confrontée aux préjugés.
« Les gens du voyage ne forment pas un groupe homogène. Les réduire à une corpulence et les lier de fait à la criminalité, c’est reprendre et renforcer des préjugés qui alimentent depuis trop longtemps les discriminations dont ils et elles sont victimes », a déclaré l’organisation.
Au-delà de la formulation employée, c’est donc l’association entre une communauté et des situations de confrontation avec les forces de l’ordre qui est contestée par la Ligue des droits de l’homme.
Le maire Stéphane Labbé invoque une situation locale précise
Face aux critiques, Stéphane Labbé a tenu à apporter des explications sur le contexte de son intervention.
Dans un communiqué, l’élu affirme avoir fait référence à un épisode particulier survenu dans sa commune. Selon son récit, un policier municipal aurait été confronté à plusieurs personnes appartenant à la communauté des gens du voyage et présentant une forte corpulence.
Le maire décrit notamment « des hommes bâtis musculairement », pour expliquer pourquoi il avait évoqué les limites supposées d’un pistolet à impulsion électrique dans ce type de situation.
Cette précision vise à replacer sa déclaration dans le cadre d’une expérience locale, plutôt que dans celui d’une appréciation générale de la communauté. Elle n’a toutefois pas empêché la controverse de se poursuivre.
L’élu maintient par ailleurs sa volonté de réfléchir à un équipement adapté aux risques auxquels pourraient être confrontés les policiers municipaux.
« Face à une insécurité qui évolue, notre responsabilité est d’anticiper et de donner à nos policiers municipaux les moyens adaptés pour se protéger et protéger la population », a-t-il défendu.
L’opposition municipale condamne également les propos
La réaction ne s’est pas limitée à la Ligue des droits de l’homme. Sur Facebook, le groupe d’opposition municipale a également exprimé sa désapprobation, regrettant les conséquences de cette affaire pour l’image de Vern-sur-Seiche.
« Nous trouvons désolant que notre commune soit encore une fois associée à une polémique honteuse », ont écrit les élus d’opposition.
Le groupe a également insisté sur le caractère injustifiable, selon lui, d’une généralisation fondée sur l’appartenance à une communauté.
« Personne, ni aucun groupe d’individus, ne peut être réduit à une caractéristique unique. Aucun contexte ne permet de justifier de tels propos », a-t-il ajouté.
Ces prises de position illustrent la manière dont une discussion initialement consacrée aux moyens matériels de la police municipale s’est déplacée vers la question des discriminations et de la responsabilité des élus dans leurs déclarations publiques.
L’armement des policiers municipaux toujours en discussion
Au-delà de la polémique, le dossier qui avait motivé cette réunion demeure ouvert.
À Vern-sur-Seiche, la question porte sur l’éventuel équipement de deux policiers municipaux, avec un débat entre le recours à des armes à feu et celui à des dispositifs à impulsion électrique.
En France, l’armement des policiers municipaux est encadré par une procédure administrative spécifique. L’autorisation de port d’arme est délivrée par le préfet, sur demande motivée du maire, dans les conditions prévues par la réglementation.
Cette compétence préfectorale constitue une étape indispensable avant qu’un agent municipal puisse être autorisé à porter une arme dans l’exercice de ses fonctions.
À Vern-sur-Seiche, aucune décision définitive concernant l’armement des deux agents n’est mentionnée dans les informations rapportées. La municipalité doit donc encore trancher une question de sécurité locale désormais accompagnée d’une controverse publique sur les propos de son maire.
Sources :
La Dépêche du Midi, article publié le 12 octobre 2026, « C’est inefficace quand quelqu’un a une corpulence comme les gens du voyage » : un maire dérape en évoquant l’utilisation des tasers, il est recadré par la Ligue des droits de l’homme.
France 3 Bretagne, média cité dans l’article source pour les déclarations du maire. Site du média.