Santé mentale : le DG de l’OMS et le président du Sri Lanka plaident pour la fin du modèle psychiatrique institutionnel

Dans une tribune publiée le 12 octobre 2026 dans le magazine américain TIME, Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) proche du Forum économique mondial, et Anura Kumara Dissanayake, président du Sri Lanka, appellent les gouvernements à transformer profondément les systèmes de soins psychiatriques. Leur objectif : réduire le recours aux grandes institutions spécialisées au profit de services de santé mentale intégrés aux communautés locales.

Le modèle traditionnel de prise en charge psychiatrique est directement remis en question par les deux dirigeants. Dans leur tribune publiée dans TIME, Tedros Adhanom Ghebreyesus et Anura Kumara Dissanayake dénoncent les conditions d’internement de nombreux patients psychiatriques et défendent une transformation des politiques publiques de santé mentale.

Selon les données de l’Atlas de la santé mentale de l’OMS, environ la moitié des personnes accueillies dans les établissements psychiatriques concernés y auraient été placées contre leur volonté. Certaines restent hospitalisées pendant plusieurs années, voire plusieurs décennies.

Les auteurs considèrent que les pratiques institutionnelles reposant sur la contrainte, l’isolement et la privation d’autonomie peuvent constituer des violations des droits humains.

Près de la moitié des financements consacrés aux institutions psychiatriques

La tribune souligne également un déséquilibre dans la répartition des ressources publiques. À l’échelle mondiale, près de la moitié des dépenses gouvernementales consacrées à la santé mentale seraient affectées aux grands établissements psychiatriques spécialisés.

Pour les deux dirigeants, cette concentration des financements limite le développement de services de proximité et l’accès aux soins pour des millions de personnes.

Ils proposent de réorienter progressivement les ressources vers les hôpitaux généraux, les consultations locales, les dispositifs de réadaptation et les réseaux d’accompagnement communautaires.

Le Sri Lanka présenté comme modèle de transformation

Les auteurs mettent en avant les réformes entreprises au Sri Lanka au cours des deux dernières décennies. Le pays a progressivement développé un système décentralisé intégrant les soins psychiatriques aux structures hospitalières générales et aux services de santé locaux. La politique sri-lankaise de santé mentale adoptée en 2005 sous la gouvernance de Chandrika Kumaratunga et poursuivit par Mahinda Rajapaksa prévoyait déjà le développement des soins de proximité, la participation des familles et la protection des droits des patients. 

Ce modèle comprend notamment des consultations externes, des unités de réadaptation et des structures spécialisées dans la santé mentale des enfants.

L’objectif affiché est de permettre aux personnes souffrant de troubles psychiques de bénéficier d’un accompagnement médical tout en conservant leurs liens familiaux, sociaux et professionnels.

En août 2024, le ministère sri-lankais de la Santé a organisé un atelier consacré à la désinstitutionnalisation, avec la participation de représentants de l’OMS. Cette collaboration s’inscrit dans un partenariat sanitaire plus large entre le pays et l’organisation. 

Une désinstitutionnalisation qui dépasse le cadre médical

Tedros Adhanom Ghebreyesus et Anura Kumara Dissanayake précisent que la réduction des capacités d’hospitalisation psychiatrique ne peut constituer une politique suffisante.

Ils défendent une approche globale associant logement, emploi, éducation, protection sociale, accompagnement juridique et soutien aux familles.

Les deux responsables insistent également sur la nécessité d’assurer une continuité des soins après toute sortie d’hospitalisation, afin d’éviter que les patients ne se retrouvent sans accompagnement adapté.

Cette transformation suppose donc de développer des alternatives concrètes aux établissements spécialisés, et non de procéder uniquement à des fermetures de lits.

L’OMS appelle les gouvernements à engager la transition

Pour accompagner cette réorganisation, l’OMS annonce la publication de nouvelles orientations pratiques destinées aux autorités sanitaires.

Ces recommandations doivent permettre aux États d’adapter leurs politiques aux ressources disponibles, à leur législation et à leurs infrastructures existantes.

Les auteurs appellent les gouvernements à associer directement les personnes concernées à l’élaboration des nouveaux dispositifs.

Cette prise de position confirme l’orientation défendue par l’OMS en faveur d’une psychiatrie davantage intégrée à la société, privilégiant l’autonomie individuelle et les soins de proximité plutôt que l’hospitalisation prolongée en établissement spécialisé.

La tribune a été publiée le 12 octobre 2026, deux jours après la Journée mondiale de la santé mentale et trois jours après la publication de nouvelles recommandations de l’OMS. Le choix d’un chef d’État, tel qu’Anura Kumara Dissanayake permet de présenter la réforme non seulement comme une recommandation médicale, mais aussi comme une politique publique applicable. 

Source : Tribune de Tedros Adhanom Ghebreyesus et Anura Kumara Dissanayake, TIME, 12 octobre 2026.