La dette publique française pourrait peser davantage sur la note souveraine du pays si elle continue d’augmenter fortement. Fitch Ratings maintient pour l’heure cette note à A+, avec une perspective stable, mais juge la trajectoire budgétaire préoccupante.
La France n’a pas fait l’objet d’une nouvelle dégradation de sa note par Fitch Ratings. Comme le rapporte BFMTV, l’agence avertit toutefois qu’une hausse supplémentaire et substantielle de la dette publique pourrait conduire à abaisser sa note souveraine, actuellement fixée à A+. Cette mise en garde porte sur l’évolution future des finances publiques, et non sur une décision immédiate.
Dans son analyse de la situation française, Fitch distingue deux risques. L’absence de progrès significatifs dans la réduction du déficit pourrait d’abord entraîner une révision de la perspective, aujourd’hui stable. Une progression marquée de la dette pourrait ensuite justifier une baisse de la note elle-même. Cette distinction éclaire la portée de l’avertissement : la trajectoire budgétaire reste déterminante pour les prochaines évaluations.
Une dette attendue en hausse jusqu’en 2028
Selon les prévisions publiées par Fitch Ratings, la dette publique passerait de 115,7 % du produit intérieur brut en 2025 à 122,7 % en 2028. L’agence souligne que ce dernier niveau serait plus de deux fois supérieur à la médiane observée parmi les pays qu’elle classe dans la catégorie A. La comparaison met en évidence le poids de l’endettement français au regard d’États bénéficiant d’une note comparable.
Fitch prévoit également que le déficit public, après être passé de 5,8 % du PIB en 2024 à 5,1 % en 2025, atteindrait 5,2 % en 2026. Il remonterait ensuite à 5,5 % en 2027, avant de revenir à 5,2 % en 2028. Dans ce scénario, le déficit persisterait donc à un niveau qui ne permettrait pas d’interrompre la progression du ratio de dette prévue par l’agence.
Le niveau de dette n’est pas le seul facteur pris en compte dans une notation souveraine. Fitch mentionne aussi les déficits persistants, la faiblesse de la croissance potentielle et les difficultés politiques à mettre en œuvre une consolidation budgétaire durable. L’avertissement sur la dette s’inscrit ainsi dans une appréciation plus large de la capacité du pays à améliorer ses comptes dans la durée.
Des prévisions de déficit qui ne coïncident pas
Les estimations pour 2026 diffèrent selon leurs auteurs. Anadolu Agency rapporte que le gouvernement français prévoit désormais un déficit de 5,4 % du PIB, au-dessus de son objectif antérieur de 5 %. Cette prévision gouvernementale dépasse également celle de 5,2 % publiée par Fitch en août. Les deux chiffres ne doivent pas être confondus : ils correspondent à des évaluations distinctes de l’évolution des finances publiques.
D’après les éléments rapportés par Anadolu Agency, Fitch relie la dégradation attendue des comptes à des recettes fiscales moins dynamiques, dans un contexte de ralentissement de l’activité et du marché du travail, ainsi qu’à l’augmentation des charges d’intérêts. Ces dernières comptent dans l’équation budgétaire : lorsque le financement de la dette devient plus coûteux, la réduction du déficit exige un effort plus important à politiques inchangées.
L’agence estime désormais qu’un ajustement budgétaire cumulé d’environ 3,5 % du PIB serait nécessaire pour stabiliser le ratio de dette publique, contre une estimation précédente de 3 %, selon Anadolu Agency. Il s’agit d’une estimation de l’effort à accomplir pour arrêter la hausse de ce ratio, et non de l’annonce d’une mesure budgétaire décidée par le gouvernement.
Le FMI appelle aussi à une réduction du déficit
Le Fonds monétaire international, membre du Forum économique mondial, dans sa consultation consacrée à la France en 2026, prévoit pour sa part un déficit de 5,2 % du PIB cette année-là. Il anticipe une dette publique proche de 122 % du PIB en 2030, avant une stabilisation. Ses chiffres et ceux de Fitch reposent sur des horizons et des analyses propres à chaque institution, mais décrivent tous deux des finances publiques durablement contraintes.
Pour ramener le déficit sous 3 % du PIB d’ici à 2029, le FMI recommande un effort budgétaire d’environ 0,8 point de PIB par an entre 2027 et 2029. Cette recommandation apporte un autre éclairage sur l’ampleur de l’ajustement envisagé par les institutions qui suivent l’économie française. Elle ne constitue pas, à elle seule, un calendrier de mesures adopté par les autorités françaises.
Pour Fitch, l’enjeu immédiat est de savoir si la réduction du déficit progressera suffisamment pour limiter l’accumulation de dette. La perspective stable signifie que l’agence ne prévoit pas, dans son évaluation actuelle, de modifier la note à court terme. Elle n’efface toutefois pas les conditions qu’elle a énoncées pour une éventuelle révision de la perspective ou de la note.
La note A+ de la France demeure inchangée, mais Fitch indique clairement ce qui pourrait la fragiliser : un déficit insuffisamment réduit et une nouvelle hausse substantielle de la dette. Les prochaines évaluations dépendront de l’évolution constatée des comptes publics, au-delà des prévisions aujourd’hui disponibles.
Sources
Fitch Ratings : https://www.fitchratings.com/research/sovereigns/fitch-affirms-france-at-a-outlook-stable-28-08-2026
Anadolu Agency : https://haberintelifi.aa.com.tr/en/economy/fitch-warns-rising-french-debt-could-lead-to-credit-rating-downgrade/4086563
Fonds monétaire international : https://www.imf.org/-/media/files/publications/cr/2026/english/1fraea2026001.pdf