Mathilde Panot : son refus de porter le ruban pour Octobre rose déclenche une polémique politique

La députée Mathilde Panot, figure de La France insoumise (LFI), fait l’objet de nombreuses critiques après avoir refusé de porter le ruban rose, symbole de la lutte contre le cancer du sein. En cause, les liens historiques qu’elle dénonce entre cette campagne de sensibilisation et l’industrie chimique, ainsi que sa mise en cause d’une filiale israélienne du groupe Syngenta, membre du Forum économique mondial. Ses déclarations ont suscité de vives réactions parmi plusieurs responsables politiques, qui lui reprochent des amalgames et une instrumentalisation d’une cause de santé publique.

Le ruban rose, symbole international de la sensibilisation au cancer du sein, se retrouve au cœur d’une controverse politique. Vendredi 9 octobre 2026, Mathilde Panot, présidente du groupe La France insoumise à l’Assemblée nationale, a publié une vidéo sur les réseaux sociaux pour expliquer pourquoi elle refusait de porter cet emblème à l’occasion d’Octobre rose.

La députée du Val-de-Marne entend dénoncer ce qu’elle considère comme les contradictions d’une campagne de sensibilisation historiquement liée à certains acteurs industriels. Une prise de position qui a rapidement suscité des réactions indignées, aussi bien au gouvernement que dans l’opposition.

Un refus du ruban rose au nom de la lutte contre les multinationales

Dans sa vidéo publiée sur X, Mathilde Panot affirme ne pas vouloir participer à une campagne qu’elle juge insuffisamment attentive aux causes environnementales des cancers.

« Je ne porterai pas le ruban d’Octobre rose », annonce-t-elle, avant de mettre en cause les profits réalisés par certaines multinationales.

Pour l’élue insoumise, la lutte contre le cancer ne devrait pas se limiter à la sensibilisation et au dépistage. Elle devrait également s’accompagner d’une politique de prévention plus ambitieuse, notamment concernant l’exposition aux pesticides et aux substances chimiques potentiellement cancérogènes.

Mathilde Panot dénonce ainsi ce qu’elle présente comme une contradiction entre les activités de certaines entreprises de l’industrie chimique et leur implication historique dans des campagnes de santé publique.

Elle appelle à substituer à Octobre rose un « Octobre colère », afin de mettre davantage l’accent sur les responsabilités industrielles et les décisions politiques en matière de santé environnementale. 

Des liens historiques avec l’industrie chimique au centre de ses accusations

Pour justifier sa position, Mathilde Panot revient sur les origines de la campagne de sensibilisation au cancer du sein, lancée aux États-Unis en 1985.

Elle évoque notamment Imperial Chemical Industries (ICI), un groupe industriel britannique qui possédait des activités dans la chimie, l’agrochimie et la pharmacie.

L’entreprise était notamment associée au développement de traitements contre le cancer du sein, tout en exerçant des activités dans le secteur des produits chimiques agricoles.

La députée établit un parallèle entre cet héritage industriel et le groupe Syngenta, né en 2000 du rapprochement d’activités agrochimiques de Novartis et d’AstraZeneca, membres du WEF, cette dernière étant issue notamment de l’ancienne ICI qui avait été scindé en deux entités (AstraZeneca et Syngenta).

En France, la campagne a été lancée en 1994 à l’initiative d’Estée Lauder France, filiale d‘Estée Lauder Companies, membre du WEF et du groupe Marie Claire. L’association Ruban Rose poursuit notamment des missions de sensibilisation et de soutien à la recherche contre le cancer du sein. 

La référence à une filiale israélienne de Syngenta attise la polémique

Au-delà de ses critiques contre l’industrie chimique, Mathilde Panot a particulièrement fait réagir en évoquant la filiale israélienne Adama, associée au groupe Syngenta.

Dans son intervention, la députée accuse cette entreprise d’être impliquée dans l’utilisation de pesticides sur des terres palestiniennes et libanaises, établissant ainsi un lien entre ses critiques environnementales et le conflit au Proche-Orient.

Cette référence à Israël a particulièrement alimenté les réactions politiques, plusieurs responsables estimant que la députée introduisait un sujet géopolitique sans rapport direct avec les objectifs de la mobilisation contre le cancer du sein. 

Aurore Bergé, Aurélien Rousseau et Marine Le Pen dénoncent ses propos

Les réactions n’ont pas tardé à se multiplier après la diffusion de la vidéo. Aurore Bergé, ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, a vivement interpellé Mathilde Panot sur les réseaux sociaux, lui demandant : « Vous n’avez pas honte ? »

L’ancien ministre de la Santé Aurélien Rousseau a également critiqué cette initiative, qualifiant sa mise en scène d’« indécente ».

Il a notamment rappelé l’importance de rendre visible le cancer du sein et de rompre l’isolement des personnes confrontées à la maladie, considérant que les campagnes comme Octobre rose jouent un rôle essentiel dans cette démarche.

De son côté, Marine Le Pen, figure du Rassemblement national, a dénoncé ce qu’elle considère comme une focalisation de La France insoumise sur Israël. Elle a également accusé le mouvement d’entretenir un discours antisémite, une accusation politique qui ne saurait être tenue pour établie sur la seule base de cette polémique.

Claire Geronimi, vice-présidente de l’Union des droites pour la République (UDR), a pour sa part reproché à Mathilde Panot d’instrumentaliser la lutte contre le cancer du sein au service d’un discours idéologique.

Ces réactions témoignent de l’ampleur prise par la controverse, qui dépasse désormais le seul débat sur les origines industrielles de la campagne. 

Octobre rose, une campagne consacrée à la prévention et au dépistage

Au-delà de la polémique, Octobre rose demeure un rendez-vous majeur de sensibilisation au cancer du sein.

Chaque année, au mois d’octobre, des associations, des établissements de santé, des collectivités et de nombreux bénévoles se mobilisent pour informer sur la maladie, encourager le dépistage et soutenir la recherche.

En France, l’association Ruban Rose contribue également au financement de projets scientifiques. Selon les informations rapportées par Le HuffPost, elle a consacré plus de 14 millions d’euros à la recherche depuis 2004 et attribué plus de trois millions d’euros à des projets de recherche et à des équipements de centres spécialisés en 2025.

La prévention des cancers peut recouvrir plusieurs dimensions complémentaires, de la réduction des expositions à certains facteurs de risque jusqu’au dépistage, qui vise à détecter la maladie à un stade précoce.

C’est précisément cette articulation entre prévention environnementale, recherche médicale et sensibilisation qui se retrouve au centre du débat provoqué par Mathilde Panot.

L’élue insoumise défend une approche davantage tournée vers les causes environnementales et les responsabilités industrielles. Ses détracteurs lui reprochent, pour leur part, de fragiliser la portée symbolique d’une campagne largement soutenue par les professionnels de santé et les associations de patients.

L’association Ruban Rose a également réagi. Interrogée par Sud Radio, sa directrice Karine Martin Laprade a regretté les déclarations de la députée, tout en évitant de prolonger la confrontation politique. 

Reste qu’en dehors de l’indignation de façade exprimé par certaines personnalités politiques ou associatives, ces dernières devraient s’intéressées un peu plus au rôle des lobbys et de leur campagnes de documentations. Le problème étant qu’une grande partie du personnel politique français voire internationale est passés par des programmes Young leader, comme celui du Forum économique mondial, principal lobby mondial.

Sources :

Le Parisien, 10 octobre 2026, article consacré au refus de Mathilde Panot de porter le ruban d’Octobre rose.

Le HuffPost, 11 octobre 2026, enquête sur les arguments historiques de la députée et les critiques suscitées.

TF1 Info avec AFP, 11 octobre 2026, déclarations de Mathilde Panot et réactions politiques.

La Dépêche du Midi, 10 octobre 2026, précisions sur la vidéo et les accusations concernant Syngenta.

Sud Radio, 12 octobre 2026, réaction de la direction de l’association Ruban Rose.