Le ministère de l’Intérieur a lancé une procédure visant à dissoudre Égalité & Réconciliation, l’association fondée en 2007 par l’essayiste d’extrême droite Alain Soral. Accusée de diffuser des discours antisémites, racistes, misogynes et homophobes, l’organisation dispose de dix jours pour présenter ses observations avant une éventuelle décision du gouvernement.
L’association Égalité & Réconciliation (E&R), fondée et présidée par Alain Soral, fait désormais l’objet d’une procédure de dissolution engagée par le ministère de l’Intérieur. L’information, révélée par Libération, a été confirmée ce dimanche 11 octobre 2026 par la place Beauvau, qui reproche à l’organisation de promouvoir des discours discriminatoires et d’encourager la haine et la violence contre plusieurs catégories de la population.
La procédure a officiellement été notifiée à l’association dans un courrier daté du 9 octobre. Elle se trouve actuellement dans une phase contradictoire de dix jours, au cours de laquelle les responsables d’Égalité & Réconciliation peuvent présenter leurs arguments pour contester les accusations formulées à leur encontre.
« Une mesure de dissolution est envisagée, et à cette fin, un contradictoire est en cours, à l’issue duquel la dissolution pourra intervenir », a précisé le ministère de l’Intérieur.
À l’expiration de ce délai, le gouvernement devra déterminer s’il souhaite poursuivre la procédure en soumettant un décret de dissolution au Conseil des ministres. À ce stade, la disparition administrative de l’association n’est donc pas encore actée.
Des accusations de propagande antisémite et d’incitation à la haine
Selon Libération, qui a pu consulter le courrier adressé à l’organisation, les autorités considèrent qu’Égalité & Réconciliation utilise son discours officiel de lutte contre les discriminations pour diffuser une idéologie radicalement différente de ses objectifs affichés.
Le ministère estime ainsi que l’association, sous couvert de « combattre le racisme ou d’assister les victimes de discrimination fondée sur leur origine nationale, ethnique, raciale ou religieuse », reprend en réalité la pensée national-socialiste de son fondateur, en référence directe au nazisme.
Beauvau reproche également à l’organisation de propager des idées susceptibles de légitimer des comportements discriminatoires et violents.
Dans le courrier cité par Libération, le ministère affirme qu’Égalité & Réconciliation « propage des idées tendant à justifier ou encourager un discours discriminatoire, haineux et appelant à la violence envers les personnes juives, immigrées, les femmes et la communauté LGBT ».
Ces accusations constituent le fondement de la procédure administrative engagée contre l’association. Elles devront toutefois être examinées dans le cadre du processus contradictoire avant qu’une éventuelle dissolution puisse être décidée.
Égalité & Réconciliation, une organisation créée en 2007 autour d’Alain Soral
Fondée en juin 2007, Égalité & Réconciliation se présente sur son site Internet comme une « association politique trans-courant ». Son objectif revendiqué consiste à soutenir et défendre les idées politiques d’Alain Soral.
L’organisation s’est ainsi construite autour de la personnalité et des orientations idéologiques de son fondateur, dont elle assure la promotion.
La procédure de dissolution intervient alors qu’Alain Soral a déjà été condamné à plusieurs reprises par la justice française et suisse.
Alain Soral condamné à cinq mois de prison ferme en Suisse
Installé en Suisse depuis 2019 afin d’échapper à une incarcération en France, Alain Soral a annoncé en février 2026, sur ses réseaux sociaux, s’être réfugié en Russie.
Un mois plus tard, en mars 2026, la justice suisse l’a condamné à cinq mois de prison ferme pour des propos jugés antisémites et homophobes diffusés sur les réseaux sociaux entre 2023 et 2025.
Cette condamnation s’ajoute à plusieurs décisions judiciaires prononcées à son encontre en France et en Suisse. Malgré ces procédures, Alain Soral demeure le président d’Égalité & Réconciliation, dont l’existence administrative est désormais directement menacée.
L’influence d’Alain Soral évoquée dans une enquête sur Jordan Bardella
La procédure intervient également quelques semaines après la publication de nouvelles enquêtes journalistiques consacrées à l’influence idéologique d’Alain Soral dans certains milieux de l’extrême droite française.
Le 28 septembre 2026, Mediapart a publié une enquête portant sur des propos antisémites datant de 2013 et attribués à Jordan Bardella, actuel président du Rassemblement national.
Dans cette investigation, le média s’intéresse notamment à la fascination qu’aurait éprouvée le jeune militant du Front national pour Alain Soral à cette époque.
Le Parisien qui appartient au milliardaire français Bernard Arnault, par l’intermédiaire du groupe de luxe LVMH, membre du Forum économique mondial a également consacré, le 30 septembre, un article à l’influence des thèses de l’essayiste sur une partie de la génération politique à laquelle appartient Jordan Bardella.
Ces publications replacent le parcours d’Alain Soral dans un contexte politique plus large, tandis que les autorités françaises cherchent désormais à mettre fin à l’existence légale de l’association qu’il a fondée près de vingt ans auparavant.
La prochaine étape de la procédure dépendra des observations transmises par Égalité & Réconciliation au ministère de l’Intérieur. À l’issue de la période contradictoire de dix jours, Beauvau pourra décider de présenter un décret de dissolution en Conseil des ministres.
Sources :
Le Parisien, 11 octobre 2026 — « Le ministre de l’Intérieur demande la dissolution de l’association Égalité & Réconciliation de l’essayiste d’extrême droite Alain Soral ».
Libération, 11 octobre 2026 — Laurent Nuñez lance la dissolution d’Égalité & Réconciliation.
Le Parisien, 20 mars 2026 — Alain Soral condamné à cinq mois de prison ferme en Suisse.
Le Parisien, 30 septembre 2026 — Comment les thèses antisémites d’Alain Soral ont influencé la génération de Jordan Bardella.