La revue médicale The Lancet, membre du Forum économique mondoial publie, ce dimanche 11 octobre, une vaste étude consacrée aux 17 principales menaces pesant sur la santé humaine d’ici à 2100. Mais au-delà des scénarios évoquant l’obésité, les pandémies, l’intelligence artificielle ou la guerre nucléaire, la composition de la commission scientifique mérite également l’attention. Plusieurs de ses membres, parmi lesquels d’anciens responsables politiques, des dirigeants d’organisations internationales et des spécialistes de santé publique, apparaissent dans les publications ou les annuaires du Forum économique mondial (WEF), l’organisation connue pour son rendez-vous annuel de Davos.
Obésité, changement climatique, résistance aux antibiotiques, conflits armés ou intelligence artificielle : les risques susceptibles de bouleverser la santé mondiale au cours du XXIe siècle sont nombreux. Dans un rapport publié le 11 octobre, une commission internationale réunie par The Lancet s’efforce de les hiérarchiser afin d’orienter les futures politiques de prévention.
L’étude identifie 15 menaces qualifiées de catastrophiques et deux scénarios présentant un potentiel de destruction massive : l’utilisation malveillante de l’intelligence artificielle et un conflit nucléaire susceptible d’entraîner une famine mondiale.
L’ambition dépasse le seul domaine médical. Les experts entendent fournir aux gouvernements, aux institutions internationales et aux bailleurs de fonds un cadre d’analyse permettant d’anticiper les crises sanitaires des prochaines décennies.
Mais un autre aspect de cette publication mérite d’être examiné : le profil de ses auteurs et les liens que plusieurs d’entre eux entretiennent avec le Forum économique mondial, également connu sous son acronyme anglais WEF.
The Lancet et le WEF, deux acteurs présents dans les débats sur la santé mondiale
Fondée en 1823, The Lancet figure parmi les revues médicales les plus influentes au monde. Le groupe Elsevier a racheté The Lancet en 1991, après avoir racheté Pergamon Press, l’un des principaux éditeurs mondiaux de revues scientifiques à Robert Maxwell, père de Ghislaine Maxwell, ex-compagne d’Epstein. Ses publications contribuent régulièrement aux débats scientifiques et politiques sur la santé publique, les maladies infectieuses et les systèmes de soins.
Le Forum économique mondial occupe une place différente dans le paysage institutionnel. Cette organisation internationale réunit responsables politiques, dirigeants d’entreprises, chercheurs et représentants de la société civile autour de grands enjeux économiques et sociétaux.
La santé mondiale fait partie de ses domaines d’intervention, aux côtés de la transformation numérique, du changement climatique et de la gouvernance internationale.
Les travaux scientifiques publiés dans The Lancet et les discussions organisées dans l’écosystème du WEF peuvent ainsi mobiliser les mêmes personnalités et porter sur des préoccupations communes.
Les profils de plusieurs membres de “La Commission Lancet sur les menaces mondiales à la santé au XXIe siècle” révèlent des connexions documentables avec les activités éditoriales ou les réseaux du WEF.
Christopher Murray et Natalia Kanem, deux responsables également référencés par le WEF
La commission est coprésidée par Christopher Murray et Natalia Kanem, deux personnalités majeures de la santé internationale.
Christopher Murray est professeur à l’université de Washington, membre du WEF et directeur de l’Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME), un institut spécialisé dans l’analyse statistique des données sanitaires mondiales.
Ses travaux, notamment dans le cadre du programme Global Burden of Disease, servent de référence pour l’évaluation des maladies et des facteurs de risque à l’échelle internationale.
Natalia Kanem, coprésidente de la commission, est pour sa part une figure des Nations unies, notamment connue pour avoir dirigé le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA).
La direction scientifique du rapport repose donc sur deux personnalités dont les travaux ou les parcours sont également représentés au sein de l’écosystème du Forum économique mondial.
La présentation officielle de la commission confirme leur rôle de coprésidents et décrit l’objectif de produire des recommandations destinées aux gouvernements et aux décideurs internationaux.
Mario Monti, Peter Piot et plusieurs grandes figures de la gouvernance sanitaire
Les connexions ne se limitent pas aux deux coprésidents. Mario Monti, ancien président du Conseil italien et ancien commissaire européen, figure parmi les personnalités associées à cette réflexion. Il a également présidé la Commission paneuropéenne sur la santé et le développement durable, constituée dans le cadre de l’OMS Europe.
Son parcours illustre les liens entre gouvernance économique et politique sanitaire. Il possède une page d’auteur sur le site du WEF.
Peter Piot, scientifique belge reconnu pour ses travaux sur le VIH et Ebola, apparaît également dans l’annuaire du Forum économique mondial. Son expérience dans les institutions internationales de santé publique lui confère une place importante dans les discussions sur la préparation aux pandémies.
Soumya Swaminathan, ancienne scientifique en chef de l’OMS, dispose quant à elle d’une page consacrée à ses contributions au WEF.
Sally Davies, ancienne médecin-cheffe du gouvernement britannique et envoyée spéciale sur la résistance aux antimicrobiens, possède également un profil sur le site de l’organisation.
Julio Frenk, ancien ministre mexicain de la Santé et universitaire, est lui aussi référencé par le Forum économique mondial.
Ces différentes trajectoires montrent combien les débats sur les politiques sanitaires internationales mobilisent un cercle de personnalités présentes dans plusieurs espaces de réflexion et de décision.
De la Banque mondiale aux grandes ONG, des réseaux institutionnels qui se croisent
D’autres noms associés à la commission illustrent cette circulation entre organisations internationales.
Juan Pablo Uribe, ancien ministre colombien de la Santé et ancien responsable des questions de santé, de nutrition et de population à la Banque mondiale, dispose d’une page d’auteur sur le site du WEF.
Martin Chungong, secrétaire général de l’Union interparlementaire, figure également parmi les contributeurs référencés par l’organisation.
Shameran Abed, dirigeant de BRAC, organisation internationale de développement, possède lui aussi une page d’auteur sur le site du Forum économique mondial.
Gunhild Stordalen, fondatrice d’EAT, une organisation engagée dans la transformation des systèmes alimentaires, est pour sa part présentée dans l’annuaire du WEF sous le nom de Gunhild Anker Stordalen.
La présence de cette dernière est particulièrement intéressante au regard des conclusions du rapport, qui placent l’obésité, l’alimentation et la sédentarité au premier rang des grandes menaces sanitaires.
Ces recoupements témoignent d’une réalité institutionnelle : les politiques de santé mondiale se construisent à l’intersection d’organisations scientifiques, de fondations, d’institutions multilatérales et de réseaux de dialogue public-privé.
Ils ne démontrent toutefois pas, à eux seuls, que le WEF aurait participé à la rédaction du rapport ou déterminé ses conclusions.
Simon Hay, Yik Ying Teo et John Eu-Li Wong : d’autres connexions à examiner
D’autres scientifiques associés aux travaux de santé mondiale, notamment les contributeurs de l’agenda 2030, Simon Hay, Yik –
Ying Teo et John Wong Eu –Li. J
Simon Hay est connu pour ses recherches en épidémiologie et en cartographie des maladies, notamment dans le cadre des travaux de l’IHME.
Yik Ying Teo est un spécialiste de santé publique et de génétique des populations, tandis que John Eu-Li Wong est une figure du monde médical et universitaire singapourien.
Camilla Stoltenberg, une personnalité issue d’une famille influente de la politique norvégienne
Le parcours de Camilla Stoltenberg offre un autre exemple de la proximité entre les milieux scientifiques et les grandes institutions publiques.
Médecin et chercheuse norvégienne, elle a dirigé l’Institut norvégien de santé publique de 2012 à 2023, avant de rejoindre l’institut de recherche NORCE.
Elle appartient également à une famille particulièrement connue dans la vie politique norvégienne.
Son père, Thorvald Stoltenberg, décédé en 2018, fut notamment ministre des Affaires étrangères et ministre de la Défense de Norvège. Son frère, le contributeur de l’agenda 2030, Jens Stoltenberg, a été Premier ministre norvégien, puis secrétaire général de l’OTAN entre 2014 et 2024. Les deux hommes sont également liés au groupe Bilderberg. Thorvald Stoltenberg a participé aux réunions du groupe Bilderberg en 1973, 1982, 1994 et 1995. Jens Stoltenberg a participé aux réunions du groupe Bilderberg en 2002, 2015, 2017, 2018, 2019, 2022, 2023, 2024 et 2025, soit neuf participations recensées. Klaus Schwab fondateur du Forum économique mondial a été membre du comité de pilotage du groupe Bilderberg.
Une commission scientifique au croisement de plusieurs sphères d’influence
La composition de la commission soulève une question plus large sur le fonctionnement de la gouvernance sanitaire mondiale.
Les experts sollicités pour définir les priorités de santé publique ne travaillent pas dans un espace isolé. Certains dirigent des organismes de recherche, d’autres ont exercé des responsabilités ministérielles, participé à des institutions internationales ou contribué aux débats organisés par le Forum économique mondial.
Leur présence dans plusieurs réseaux peut faciliter la diffusion des travaux scientifiques auprès des décideurs.
Elle pose aussi des questions légitimes sur la transparence des affiliations, la diversité des approches représentées et les mécanismes par lesquels certaines priorités sanitaires acquièrent une portée internationale.
Dans le cas de cette commission, ces interrogations sont d’autant plus pertinentes que ses recommandations visent explicitement les gouvernements, les bailleurs de fonds et les organisations multilatérales.
Le projet officiel prévoit notamment de transformer les résultats scientifiques en orientations susceptibles d’influencer les priorités d’investissement. La portée de ces recommandations dépasse donc le cadre de la publication académique.
Les 17 menaces sanitaires et les orientations politiques de demain
Le rapport publié par The Lancet ne se contente pas de décrire des risques hypothétiques.
En mettant en avant l’obésité, les inégalités de revenus, le faible niveau d’éducation, le vieillissement en mauvaise santé, les pandémies ou les dangers liés à l’intelligence artificielle, la commission propose une manière de hiérarchiser les défis sanitaires du siècle.
Cette hiérarchisation peut avoir des conséquences concrètes sur les politiques de prévention, les stratégies de financement et les priorités des institutions internationales.
Le choix des indicateurs, les hypothèses retenues dans les modèles et la manière d’évaluer les risques catastrophiques constituent donc des éléments essentiels à examiner.
La présence, parmi les auteurs, de personnalités également référencées par le Forum économique mondial ne permet pas d’attribuer les conclusions scientifiques à cette organisation. Elle met néanmoins en lumière l’existence de réseaux d’expertise communs, à travers lesquels circulent les idées, les diagnostics et les propositions de politiques publiques.
À l’heure où les grandes institutions internationales entendent anticiper les menaces sanitaires du siècle à venir, une question demeure : au-delà de l’identification des risques, qui détient le pouvoir de définir les peurs collectives et d’orienter les réponses politiques qui en découlent ?
Sources :
The Lancet, « The Lancet Commission on global health threats in the 21st century » et site officiel de la commission.
Le Monde, « Des scientifiques établissent la liste des 17 principales menaces pesant sur la santé humaine d’ici à 2100 », 11 octobre 2026, extrait transmis.
Forum économique mondial : WEF – site officiel, pages individuelles de Mario Monti, Peter Piot, Gunhild Stordalen, Soumya Swaminathan, Natalia Kanem, Sally Davies, Julio Frenk, Christopher Murray, Martin Chungong, Juan Pablo Uribe et Shameran Abed, accessibles dans le corps de l’article.
Sources biographiques : Store norske leksikon – Camilla Stoltenberg ; Store norske leksikon – Thorvald Stoltenberg ; Store norske leksikon – Jens Stoltenberg.