Depuis la mi-septembre, la mobilisation lycéenne prend de l’ampleur en France, portée par les blocages d’établissements, les manifestations et une intense activité sur les réseaux sociaux. Au cœur de cette contestation, plusieurs jeunes militants se distinguent par leurs prises de parole et leurs engagements politiques. D’Elwan à Soumaya Sarré, en passant par Ryad Rani et Nathanaël Combary, une nouvelle génération s’impose dans le débat public, avec des revendications et des sensibilités parfois opposées.
La mobilisation lycéenne qui secoue la France depuis trois semaines ne se limite plus aux grilles des établissements scolaires. Amplifié par les réseaux sociaux et relayé dans les manifestations, le mouvement a progressivement fait émerger plusieurs figures capables de porter les revendications d’une jeunesse en colère jusque sur les plateaux de télévision.
Derrière cette contestation, les trajectoires sont diverses. Certains militants disposent déjà d’une expérience syndicale ou politique, tandis que d’autres ont acquis une notoriété soudaine grâce à quelques vidéos devenues virales. Tous témoignent néanmoins de la place croissante occupée par les jeunes dans les débats sur l’éducation, les inégalités sociales et les choix politiques du gouvernement.
Elwan, le lycéen parisien devenu phénomène sur les réseaux sociaux
Il aura suffi de quelques minutes d’échange filmé pour faire d’Elwan l’un des visages les plus remarqués du mouvement. Scolarisé au lycée Jacques-Decour, dans le 9e arrondissement de Paris, ce jeune militant, dont le nom de famille n’a pas été rendu public, s’est imposé sur les réseaux sociaux grâce à son aisance oratoire.
Le dimanche 4 octobre, une vidéo le montrant face à Vincent Lapierre, ancien proche du polémiste antisémite Alain Soral, est massivement relayée sur X. Vêtu d’un blouson sombre et d’un keffieh, Elwan y répond aux questions du journaliste en l’interpellant directement sur la précarité et le racisme dans les banlieues.
« Pourquoi encore aujourd’hui il y a des gens qui souffrent de précarité dans les banlieues ? Pourquoi il y a encore ce problème de racisme dans les banlieues ? », demande-t-il avant de lancer à son interlocuteur : « Vous êtes pas d’accord, Monsieur Lapierre ? »
Ils sont tellement émouvants ces jeunes pic.twitter.com/vqk1R1xHes
— Ayoub (@2voyageur) October 4, 2026
L’extrait circule rapidement et suscite de nombreuses réactions. Son assurance, sa répartie et son discours revendiqué de la « gauche de rupture » séduisent une partie des internautes, qui voient en lui un nouvel orateur politique.
Cette notoriété franchit un cap le mardi 6 octobre, lors de la manifestation intersyndicale parisienne. Jean-Luc Mélenchon, fondateur de La France insoumise, le présente comme un « tribun du peuple ». Leur rencontre donne lieu à une nouvelle séquence remarquée, au cours de laquelle Elwan embrasse le responsable politique sur la joue en le désignant comme « celui qui va sauver la France ».
Mais le lycéen refuse de devenir l’unique incarnation d’un mouvement dont il souligne la diversité sociale. Interrogé par l’émission « Quotidien », diffusée sur TMC, il invite les médias à donner davantage la parole aux jeunes issus des quartiers populaires. Conscient de bénéficier d’un capital culturel important, il estime que ceux qui subissent directement les inégalités territoriales ont davantage de choses à raconter.
Son exposition médiatique se poursuit le mercredi 7 octobre, avec une invitation sur LCI dans l’émission de David Pujadas consacrée à la mobilisation. Ce jour là, Elwan a toutefois perdu de sa superbe, se prenant les pieds dans le tapis en caricaturant une femme noir, sous entendant qu’elle vivait dans les quartiers populaires de Marseille, alors que ce n’était pas le cas. Depuis, le décalage entre son origine social et son discours est souvent mis en avant sur les réseaux sociaux.
🚨𝗥𝗔𝗖𝗜𝗦𝗠𝗘 – Énorme malaise sur LCI quand Elwan (extrême-gauche) voit une femme noire et sous entend qu’elle vit dans les quartiers populaires de Marseille.
— Tony Pittaro (@TonyPittaro) October 7, 2026
« Je n’habite pas dans les quartiers nords ! »
– Elwan : Je ne dis pas ça parce que vous êtes noire… pic.twitter.com/NN233qieeA
Soumaya Sarré, une voix engagée pour les quartiers populaires
À 18 ans, Soumaya Sarré s’est déjà construit un parcours militant. Ancienne élève du lycée Jean-Renoir de Bondy, en Seine-Saint-Denis, elle poursuit désormais une double licence d’histoire et de langue arabe à la Sorbonne.
Son engagement s’inscrit dans la dénonciation des discriminations et des inégalités scolaires, particulièrement dans les établissements des quartiers populaires.
Le 26 septembre, elle publie sur Instagram une vidéo dans laquelle elle interpelle Emmanuel Macron. Son expression, « Wesh t’abuses », accompagne une critique des priorités gouvernementales.
« Quand c’est pour t’imposer une manière de t’habiller, l’Etat est réactif, mais quand c’est pour avoir des conditions d’éducation normales, il y a plus personne », déclare la jeune femme, de confession musulmane.
Au fil des mobilisations, Soumaya Sarré relaie les appels à manifester et documente les violences policières dénoncées par les participants.
Son militantisme ne date toutefois pas de cette rentrée. En avril 2026, elle participe à la création du Mouvement antiraciste lycéen, destiné à dénoncer des comportements jugés discriminatoires au sein du lycée Jean-Renoir.
La direction de l’établissement conteste alors les accusations de racisme. Quelques semaines plus tard, en juin, une conseillère principale d’éducation est suspendue après avoir employé l’expression « gang de Blacks ».
Soumaya Sarré contribue également au lancement de la Fédération lycéenne des Quartiers, une organisation qui entend représenter spécifiquement les jeunes des milieux populaires.
Selon ses explications au média Le Média, cette initiative répond au sentiment de marginalisation de certains lycéens au sein des organisations syndicales traditionnelles. La fédération participe au cortège parisien du 6 octobre.
Sur le plan politique, la jeune militante affiche un intérêt pour La France insoumise. Présente aux universités d’été du mouvement à la fin du mois d’août, elle précise néanmoins au Monde que son rapprochement avec cette formation est récent, contrairement à son intérêt plus ancien pour la politique.
Ryad Rani, le syndicaliste qui porte les revendications auprès du gouvernement
Contrairement à Elwan, dont la notoriété est née d’une séquence virale, Ryad Rani s’appuie sur une organisation syndicale déjà constituée.
Âgé de 19 ans et originaire de Roubaix, dans le Nord, il préside l’Union syndicale lycéenne et figure parmi les principaux interlocuteurs institutionnels du mouvement.
Depuis le début de la contestation, il multiplie les interventions médiatiques pour exposer les revendications des élèves. Le 28 septembre, sur BFMTV, il appelle à une « mobilisation générale », tout en insistant sur la nécessité de manifester pacifiquement et de faire preuve de prudence.
Son discours se veut structuré. Selon lui, les témoignages recueillis par son syndicat dans les différentes académies françaises révèlent des difficultés largement similaires d’un territoire à l’autre.
Le 2 octobre, il participe à une rencontre avec Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, aux côtés d’autres représentants lycéens.
À l’issue de cet échange, Ryad Rani déplore l’absence de réponses satisfaisantes du gouvernement. Il estime que le ministre « n’a apporté aucune solution concrète » aux revendications présentées.
Son exposition publique s’accompagne également d’attaques racistes sur les réseaux sociaux, sans pour autant le détourner de son rôle de porte-parole.
Le jeune syndicaliste possède par ailleurs une expérience politique antérieure à la mobilisation. En 2022, il effectue un stage auprès du député insoumis David Guiraud, devenu depuis maire de Roubaix.
Quatre ans plus tard, il figure en troisième position sur une liste municipale soutenue notamment par La France insoumise à Wattrelos.
Interrogé sur ses liens avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, Ryad Rani affirme ne pas en être adhérent. Il revendique toutefois une sensibilité politique « foncièrement de gauche ».
Nathanaël Combary, une ligne plus modérée au sein de la contestation
Si plusieurs figures médiatiques du mouvement se situent à gauche, Nathanaël Combary défend une orientation sensiblement différente.
Président du Renouveau lycéen, il incarne une approche plus modérée, proche de la majorité présidentielle, et conteste certaines revendications portées par les manifestants.
Il se distingue notamment sur la question de Parcoursup, plateforme nationale d’admission dans l’enseignement supérieur, régulièrement critiquée par les lycéens mobilisés.
Alors que sa remise en cause figure parmi les sujets de contestation, Nathanaël Combary considère que le dispositif reste la « moins pire des solutions d’orientation ».
Il prend également ses distances avec les violences survenues pendant les manifestations et dénonce ce qu’il considère comme une instrumentalisation politique du mouvement par La France insoumise.
Dans ses critiques, il met notamment en cause Bally Bagayoko, maire insoumis de Saint-Denis.
Cette position lui vaut une confrontation directe avec Jean-Luc Mélenchon, qui le qualifie de « faux lycéen » et l’accuse de diffuser la communication de la mouvance macroniste.
Nathanaël Combary assume pour sa part ses engagements. Il reconnaît avoir effectué un stage auprès de Julie Delpech, députée Renaissance, et rappelle n’avoir jamais dissimulé son adhésion au parti présidentiel.
Gabriel Attal, dirigeant de Renaissance et young global leader du Forum économique mondial, lui apporte publiquement son soutien en dénonçant ce qu’il qualifie de « harcèlement ».
Ces échanges illustrent les divergences politiques qui traversent la mobilisation lycéenne, au-delà des revendications communes sur les conditions d’éducation.
Une mobilisation lycéenne amplifiée par les réseaux sociaux et les tensions politiques
L’émergence de ces quatre personnalités témoigne d’une transformation de la visibilité des mouvements lycéens. Les réseaux sociaux permettent désormais à de jeunes militants de toucher un public considérable sans nécessairement passer par les structures syndicales traditionnelles.
La trajectoire d’Elwan illustre cette dynamique, tandis que Soumaya Sarré utilise les plateformes numériques pour défendre les préoccupations des quartiers populaires. Ryad Rani privilégie une représentation syndicale et le dialogue avec les institutions, quand Nathanaël Combary porte une lecture plus favorable à certaines politiques gouvernementales.
Le mouvement se déroule également dans un contexte de tensions autour du maintien de l’ordre. Selon les chiffres de Matignon rapportés dans l’article source, 215 lycéens ont été blessés depuis le début de la contestation à la mi-septembre.
La manifestation intersyndicale du 6 octobre à Paris a ainsi constitué un moment important pour ces différentes figures, réunies dans une mobilisation dont les orientations politiques restent loin d’être uniformes.
Entre défense des services publics, dénonciation des discriminations, revendications scolaires et confrontations partisanes, la contestation lycéenne fait désormais entendre plusieurs voix. Leur médiatisation révèle autant la capacité d’organisation de cette jeunesse que les désaccords qui la traversent.
Sources :
Le Parisien — Sidonie Blaise, « Elwan, Soumaya Sarré, Ryad Rani, Nathanaël Combary : ces nouveaux visages de la mobilisation lycéenne », publié le 7 octobre 2026, mis à jour à 19 h 16. Article source fourni par l’utilisateur, sans URL directe.
Le Monde — Informations sur le parcours universitaire et politique de Soumaya Sarré, reprises dans l’article source.
Le Média — Déclarations de Soumaya Sarré concernant la Fédération lycéenne des Quartiers, citées dans l’article source.