Face à une opposition grandissante aux centres de données américains, Amazon, entreprise membre du Forum économique mondial contre-attaque. Matt Garman, directeur général d’Amazon Web Services (AWS), soupçonne des puissances étrangères d’encourager la mobilisation contre ces infrastructures stratégiques. Pour tenter de rétablir la confiance, le géant technologique annonce un programme d’un milliard de dollars, alors que sa consommation d’énergie, ses émissions de CO₂ et les résistances locales atteignent des niveaux préoccupants.
La multiplication des centres de données aux États-Unis provoque une contestation qui prend désormais une dimension nationale. Alors que les géants du numérique accélèrent leurs investissements dans les infrastructures nécessaires au cloud et à l’intelligence artificielle, les habitants de nombreuses régions s’inquiètent de leurs conséquences sur l’environnement, les ressources en eau et les factures d’électricité.
Au cœur de cette confrontation, Amazon Web Services (AWS), la division spécialisée dans les services cloud du groupe Amazon, tente de défendre son modèle de développement.
Le 3 octobre 2026, son directeur général, Matt Garman qui a participé à Davos 2025, a publié une tribune dans laquelle il met en cause des pays concurrents des États-Unis, qu’il soupçonne d’entretenir l’hostilité envers les centres de données américains.
Le dirigeant dénonce notamment la circulation de fausses informations et de discours trompeurs autour de ces infrastructures. Une accusation qui intervient alors que les oppositions locales se multiplient, parfois jusqu’à provoquer l’abandon ou la suspension de projets industriels majeurs.
Amazon promet un milliard de dollars aux communautés locales
Pour répondre à la défiance croissante, Amazon a annoncé le lancement de « Built Together », un programme d’investissement communautaire doté de plus d’un milliard de dollars sur cinq ans.
L’objectif affiché est de faire bénéficier directement les populations vivant à proximité des centres de données des retombées économiques de ces installations.
Selon les engagements présentés par l’entreprise, ce programme doit notamment permettre de financer des bourses et des dispositifs de soutien éducatif destinés à environ 300 000 étudiants américains.
Amazon prévoit également d’accompagner la rénovation énergétique de plus de 30 000 logements, afin de réduire leur consommation d’énergie et les dépenses des ménages.
Le groupe estime que les foyers bénéficiant de ces travaux pourraient économiser approximativement 700 dollars par an sur leurs factures énergétiques.
Sur son site officiel, Amazon affirme avoir déjà consacré un montant comparable à des initiatives en faveur des communautés accueillant ses infrastructures numériques.
Cette nouvelle enveloppe financière intervient dans un contexte où les retombées économiques promises par les exploitants de centres de données ne suffisent plus à convaincre une partie des populations concernées.
Des accords de confidentialité controversés en Virginie
La question de la transparence constitue un autre point de friction entre Amazon et les collectivités locales. En Virginie, l’un des principaux territoires d’implantation des centres de données américains, 25 des 31 communes accueillant ces installations étaient liées par des accords de confidentialité. Ces dispositifs limitaient la divulgation de certaines informations relatives aux projets et aux relations entre l’entreprise et les autorités locales.
Face aux critiques, Amazon s’est engagé à renoncer à cette pratique. Matt Garman défend néanmoins le rôle économique et stratégique des centres de données, qu’il compare au vaste réseau autoroutier développé aux États-Unis après la Seconde Guerre mondiale. À ses yeux, ces infrastructures constituent un socle essentiel de la puissance technologique américaine, indispensable au fonctionnement des services numériques et au développement de l’intelligence artificielle.
Le patron d’AWS rejette également les accusations selon lesquelles ses installations seraient directement responsables de l’augmentation des factures d’électricité.
Cette position contraste avec les préoccupations exprimées par de nombreux riverains, qui redoutent les conséquences d’une demande énergétique croissante sur les réseaux électriques locaux.
Les émissions de CO₂ d’Amazon ont augmenté de 16 % en 2025
Les inquiétudes environnementales occupent une place centrale dans le débat. Selon le rapport environnemental annuel publié par Amazon en juillet 2026, les émissions de gaz à effet de serre du groupe ont progressé de 16 % en 2025, atteignant environ 81 millions de tonnes équivalent CO₂.
Ce niveau constitue un record pour l’entreprise, malgré ses engagements en matière de réduction de son empreinte climatique. La consommation d’électricité du groupe a également augmenté de 34 % sur la même période. Quant à l’eau, ressource essentielle au refroidissement de nombreuses installations informatiques, les activités concernées en auraient consommé approximativement 9,4 milliards de litres.
Ces données soulignent l’ampleur des besoins matériels nécessaires au fonctionnement des infrastructures numériques, particulièrement dans un contexte d’expansion rapide de l’intelligence artificielle. Amazon maintient pourtant son objectif d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2040.
La trajectoire actuelle de ses émissions soulève donc des interrogations sur les moyens que l’entreprise devra mobiliser pour respecter cette échéance.
D’autres controverses ont également alimenté la défiance. Selon les informations rapportées par Science & Vie, des documents internes divulgués en 2025 auraient montré que certains responsables d’Amazon cherchaient à limiter la visibilité de la consommation réelle d’eau de l’entreprise.
Microsoft et OpenAI tentent également d’apaiser les tensions
Amazon n’est pas la seule entreprise technologique confrontée à la résistance des collectivités américaines. Microsoft, autre Gafam membre du Forum économique mondial a annoncé, dès janvier 2026, renoncer à certains avantages fiscaux pour ses infrastructures, dans une démarche destinée à réduire les tensions autour de leur implantation.
OpenAI, autre entité liée au WEF a également pris des engagements concernant les conséquences de ses activités sur les tarifs locaux de l’électricité.
En mars 2026, sept grandes entreprises du numérique ont signé un accord avec la Maison Blanche, prévoyant notamment de fournir leur propre énergie pour alimenter leurs futurs centres de données.
Cette initiative vise à limiter la pression exercée sur les réseaux électriques existants, alors que les besoins de calcul liés à l’intelligence artificielle augmentent rapidement.
Malgré ces annonces, les contestations locales persistent, signe que les garanties financières et énergétiques proposées par les industriels ne répondent pas à l’ensemble des inquiétudes.
Sept Américains sur dix opposés à un centre de données près de chez eux
L’ampleur de la défiance apparaît dans plusieurs enquêtes d’opinion publiées en 2026. Selon un sondage Gallup réalisé en mars, 71 % des Américains interrogés se déclarent opposés à l’installation d’un centre de données à proximité de leur domicile. Parmi ces opposants, près de la moitié expriment une hostilité particulièrement marquée.
La contestation dépasse les clivages politiques traditionnels : les électeurs républicains et démocrates manifestent des niveaux de résistance comparables. Les principales préoccupations concernent la consommation électrique, l’utilisation des ressources en eau et les conséquences potentielles de ces installations sur le coût de l’énergie.
Début octobre, un autre sondage, publié par le Wall Street Journal, indiquait que 62 % des Américains soutenaient une suspension générale des nouveaux chantiers.
Ces résultats traduisent un décalage grandissant entre les ambitions industrielles des grandes entreprises technologiques et l’acceptation locale des infrastructures nécessaires à leur développement.
Plus de 75 projets bloqués ou retardés aux États-Unis
Cette opposition se traduit désormais par des décisions politiques et administratives concrètes. Au cours de l’année 2026, les assemblées législatives des différents États américains ont déposé plus de 300 propositions de loi concernant les centres de données.
Plus de 100 initiatives locales de moratoire ont également menacé le développement de nouveaux projets, selon les chiffres rapportés par Science & Vie.
En juillet, l’État de New York a suspendu la délivrance de permis pour certaines grandes installations, une orientation également adoptée au Texas d’après le média scientifique.
Dès le premier trimestre 2026, les mobilisations citoyennes avaient déjà contribué à bloquer ou retarder plus de 75 chantiers. La valeur cumulée des projets concernés dépasserait 130 milliards de dollars.
Ces chiffres illustrent les conséquences économiques potentielles de la contestation pour les entreprises du cloud, les investisseurs et les territoires espérant accueillir ces installations.
Une bataille autour de l’avenir des infrastructures numériques américaines
La stratégie d’Amazon intervient à un moment décisif pour le développement des centres de données aux États-Unis.
L’essor des services cloud et de l’intelligence artificielle exige des capacités de calcul considérables, qui reposent sur des installations physiques particulièrement gourmandes en ressources.
Pour les grandes entreprises technologiques, la construction de nouveaux centres de données constitue un enjeu de compétitivité et de souveraineté numérique.
Pour les collectivités concernées, elle soulève des questions concrètes concernant l’accès à l’eau, la disponibilité de l’électricité, les nuisances environnementales et les bénéfices économiques réellement redistribués.
En accusant des puissances étrangères d’alimenter la contestation, Matt Garman inscrit cette opposition dans un contexte de rivalité technologique internationale. Les éléments rapportés ne permettent toutefois pas d’établir l’existence d’une campagne étrangère coordonnée derrière les mobilisations locales.
Avec son programme « Built Together », Amazon cherche désormais à renforcer son acceptabilité auprès des populations, tout en poursuivant le développement de ses infrastructures.
L’entreprise devra composer avec une opposition devenue suffisamment importante pour influencer les décisions des collectivités, ralentir les investissements et peser sur les orientations de la politique énergétique américaine.
Sources :
Sources : Science & Vie ; Amazon ; GeekWire (2 octobre 2026) ; Axios (5 juin 2026) ; Tech Policy Press ; PolitiFact, cité par GeekWire (23 septembre 2026).