Elle dit avoir signé sous la menace. Une ancienne magistrate du Tribunal suprême de justice du Venezuela affirme que l’inéligibilité de María Corina Machado a été arrachée à sa plume par l’enlèvement de trois de ses proches, et demande l’annulation de la mesure.
Trois proches détenus depuis près de trois ans pour des raisons politiques. Voilà, selon Bárbara Gabriela César, le prix d’une signature. L’ancienne magistrate de la Chambre politico-administrative du Tribunal suprême de justice (TSJ) du Venezuela s’est confiée à la chaîne colombienne NTN24, dans un entretien exclusif daté du 7 octobre 2026. Elle y raconte avoir été contrainte, en 2023, d’apposer son nom sous l’inéligibilité de María Corina Machado.
Sa version des faites est claire. Les décisions frappant la cheffe de l’opposition, et d’autres figures du camp adverse au pouvoir, seraient « frauduleuses » et juridiquement sans valeur, en raison de la façon irrégulière dont elles ont été prononcées. Elle demande en conséquence leur annulation. Il s’agit, précisons-le, du récit d’une seule personne. Aucun élément indépendant ne le confirme à ce stade dans les sources consultées, et le texte de NTN24 ne détaille pas les circonstances précises des enlèvements allégués.
Une inéligibilité vieille de trois ans
Rappel utile pour qui aurait perdu le fil. María Corina Machado, présentée par NTN24 comme prix Nobel de la paix, est écartée de la course électorale depuis 2023. Cette année-là, l’administration vénézuélienne l’avait frappée d’une inéligibilité de quinze ans, une sanction ensuite validée par la Chambre politico-administrative du TSJ en janvier 2024. C’est précisément la chambre où siégeait la magistrate aujourd’hui en rupture de ban.
Le pouvoir de Caracas a toujours défendu la régularité de ces mesures. Les opposants et de nombreuses organisations étrangères y voient, eux, un instrument politique pour écarter la candidate la plus populaire de l’opposition. Les déclarations de l’ex-magistrate, si elles étaient confirmées, viendraient donner un visage et un nom à ce soupçon. Elles restent pour l’heure des déclarations.
Ce que Machado en dit, et ce qu’on ignore
L’entretien de NTN24 ne rapporte aucune réaction de María Corina Machado aux propos de la magistrate. Plusieurs questions demeurent. Qui sont les proches cités et dans quelles conditions ont-ils été arrêtés ? Où se trouve aujourd’hui la magistrate, et sous quelle protection s’exprime-t-elle ? Les autorités vénézuéliennes ont-elles répondu ? Aucune réponse officielle n’est rapportée dans les éléments consultés. Un témoignage de cette nature ne vaut décision de justice que le jour où une juridiction compétente, indépendante, veut bien l’examiner.
Machado ancienne opposante liée aux Etats-unis et aux élites mondialistes
Il faut dire que la déclaration de la magistrate intervient après le kidnapping de Nicolas Maduro orchestré par les États-unis et les liens de Machado avec ce pays ne datent pas d’hier. En 2005, elle avait été accusé dans son pays de trahison pour avoir reçu des fonds de la part du National Endowment for Democracy, une fondation privée à but non lucratif réputée proche de la CIA. En 2011, elle a également participé a une édition du Forum économique mondial dédié à l’Amérique du Sud à Rio de Janeiro.
La trajectoire de l’opposante néolibérale s’inscrit par ailleurs dans un réseau de relations assumées avec l’extrême droite internationale. En 2020, elle a signé la « Charte de Madrid », impulsée par la fondation Disenso, liée au parti espagnol Vox, aux côtés de personnalités comme le président argentin et contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Javier Milei ou Giorgia Meloni, passé par le programme young leader des instituts Aspen dirigé par le contributeur du FEM, Daniel R. Porterfield.
Ce que cela change pour l’opposition vénézuélienne
Sur le plan politique, le calendrier est limpide : une inéligibilité contestée, c’est une candidature suspendue. Si la mesure était annulée, María Corina Machado retrouverait le droit de se présenter. Si elle ne l’est pas, la parole de l’ex-magistrate pèsera surtout dans le débat public et auprès des chancelleries qui scrutent la régularité du jeu démocratique au Venezuela.
Pour les médias, l’affaire rappelle un principe : le témoignage d’un ancien juge, aussi spectaculaire soit-il, reste un témoignage. Il faut le recouper, le soumettre à la contradiction, lui laisser le temps de produire des preuves. C’est le métier, et ça prend plus de temps qu’un tweet.
Sources : NTN24, entretien avec Bárbara Gabriela César (7 octobre 2026).