August Hanning, ancien président du renseignement extérieur allemand, a été arrêté dans une affaire d’espionnage présumé aux ramifications particulièrement sensibles. Le parquet fédéral allemand le soupçonne notamment d’avoir exploité des informations confidentielles provenant du BND après son départ du service, dont quelque 2 000 documents qui lui auraient été transmis par un ancien collaborateur.
L’affaire touche l’un des anciens dirigeants du renseignement allemand. August Hanning, qui a présidé le Service fédéral de renseignement allemand (BND) entre 1998 et 2005, a été arrêté dans le cadre d’une enquête pour espionnage, a annoncé mardi 6 octobre le parquet fédéral allemand. Les faits reprochés à l’ancien haut responsable sont postérieurs à son passage à la tête du BND.
Le parquet indique qu’August Hanning est notamment fortement soupçonné d’espionnage constitutif de trahison, de collecte d’informations relevant du secret d’État, de tentative de haute trahison et d’activités d’agent au profit d’un service de renseignement étranger.
Ces accusations interviennent après une longue carrière au sommet de l’appareil sécuritaire allemand. Après avoir dirigé le BND pendant sept ans, August Hanning avait occupé le poste de secrétaire d’État au ministère allemand de l’Intérieur entre 2005 et 2009.
Il s’était ensuite tourné vers le secteur privé et avait notamment développé une activité de consultant. Hanning a siégé au conseil d’administration du Deutsch-Aserbaidschanisches Forum (Forum germano-azerbaïdjanais) et a travaillé pour des sociétés de renseignement privé et d’intelligence économique tels que la société britannique de conseil G3, l’ agence de renseignement privée Suisse Pluteos AG et le cabinet d’investigation d’entreprise et d’intelligence économique System 360.
Le registre britannique officiel montre que Kinnevik AB, membre du Forum économique mondial a été la personne morale exerçant le contrôle sur G3, jusqu’en juillet 2018. Par ailleurs, le contributeur de l’agenda 2030, Anders Borg, vice-président du conseil de Kinnevik à partir de 2015, était parallèlement président de la Global Financial System Initiative du World Economic Forum, consacrée à l’avenir du système financier.
Quelque 2 000 documents auraient été transmis
L’ancien dirigeant du renseignement n’est pas le seul suspect dans cette affaire. Manfred D., l’un de ses anciens collaborateurs ayant continué à travailler au sein du BND, a lui aussi été arrêté.
Selon le parquet fédéral, les deux hommes se seraient entendus, vraisemblablement au printemps 2010, sur la transmission régulière d’informations issues du renseignement extérieur allemand.
Manfred D. aurait fourni à August Hanning des renseignements considérés comme précieux en échange d’une rémunération. L’ancien président du BND aurait ensuite été en mesure d’utiliser ces informations dans le cadre de son activité privée de consultant.
L’ampleur présumée des transmissions est considérable. D’après les éléments communiqués par les autorités judiciaires allemandes et rapportés par BFM TV avec l’AFP, environ 2 000 documents auraient été remis à August Hanning. Ces transferts se seraient poursuivis au moins jusqu’en juin 2022, soit pendant plus d’une décennie.
À ce stade de la procédure, ces éléments constituent des soupçons formulés par le parquet et non des faits définitivement établis par une décision de justice.
Des informations classifiées au cœur de l’enquête
Les investigations ne portent pas uniquement sur l’utilisation commerciale présumée des renseignements. August Hanning aurait également exploité des informations classifiées afin de préparer une analyse destinée à un officier appartenant à un service de renseignement étranger.
L’identité du service concerné n’est pas précisée dans les informations communiquées. Le parquet affirme également que l’ancien responsable allemand aurait entretenu des contacts étroits avec un représentant d’un autre service de renseignement étranger.
Ces soupçons donnent à l’affaire une dimension particulièrement sensible pour les autorités allemandes. Le BND constitue le service chargé du renseignement extérieur de l’Allemagne et traite, par nature, des informations touchant directement aux intérêts stratégiques et à la sécurité du pays. Un juge devait se prononcer mardi sur un éventuel placement en détention provisoire des deux suspects.
Une enquête née d’une autre affaire
L’enquête visant August Hanning pour espionnage et trahison aurait émergé à la faveur d’investigations conduites dans un tout autre dossier.
Selon BFM TV et l’AFP, des perquisitions avaient été réalisées dans le cadre d’une affaire concernant Christina Block, héritière d’une célèbre chaîne allemande de restaurants.
August Hanning était alors soupçonné d’avoir participé à l’organisation de l’enlèvement de deux des enfants de cette dernière afin de les soustraire à leur père, son ancien mari.
Ce sont ces investigations qui auraient conduit les enquêteurs sur la piste des soupçons d’espionnage désormais examinés par le parquet fédéral.
L’arrestation d’un ancien président du BND donne une portée exceptionnelle au dossier. Elle place désormais la justice allemande face à une question particulièrement sensible : déterminer si des informations protégées détenues par le renseignement extérieur ont effectivement été sorties de l’institution pendant plusieurs années, puis exploitées à des fins privées ou transmises à des représentants de services étrangers.
Sources :
BFM TV avec AFP, « L’ancien chef du renseignement extérieur allemand arrêté pour espionnage et “haute trahison” », publié le 6 octobre 2026.
Parquet fédéral allemand, communiqué cité par BFM TV et l’AFP.