Québec : les indépendantistes remportent les élections et relancent le projet d’un référendum

Le Parti québécois retrouve le pouvoir après sa victoire aux élections provinciales du 5 octobre. Son chef, Paul St-Pierre Plamondon, deviendra premier ministre du Québec et entend remettre l’indépendance au cœur du débat politique. Le référendum promis devra toutefois attendre : le dirigeant souverainiste ne souhaite pas organiser cette consultation avant la fin du mandat de Donald Trump, en janvier 2029.

Le souverainisme québécois revient au premier plan. Après douze années loin du pouvoir, le Parti québécois a remporté les élections provinciales organisées lundi 5 octobre, ouvrant une nouvelle séquence politique dans cette province francophone de quelque 9 millions d’habitants.

À 49 ans, Paul St-Pierre Plamondon, avocat passé par l’université Oxford, membre du Forum économique mondial, au Royaume-Uni, doit ainsi devenir le nouveau premier ministre du Québec. Devant ses partisans réunis à Montréal pour célébrer la victoire, le dirigeant indépendantiste a immédiatement replacé la question nationale au centre de son discours.

Pour le chef du Parti québécois, l’avenir de la culture francophone en Amérique du Nord passe à terme par la création d’un État québécois indépendant. Dans la salle, ses militants ont célébré les résultats en reprenant l’un des slogans historiques du mouvement souverainiste, « Le Québec, un pays ».

La victoire électorale ne signifie cependant pas que Paul St-Pierre Plamondon disposera des mains entièrement libres. Avec environ 28 % des suffrages selon les résultats quasi définitifs rapportés par Le Monde et l’AFP, son parti n’obtient pas la majorité absolue. Une situation susceptible de compliquer l’application de son programme.

Un référendum, mais pas avant 2029

La promesse la plus spectaculaire du Parti québécois concerne évidemment l’organisation d’un nouveau référendum sur l’indépendance de la province. Mais celui-ci n’est pas imminent.

Paul St-Pierre Plamondon a fait savoir qu’il souhaitait attendre la fin du mandat de Donald Trump à la Maison Blanche, prévue en janvier 2029. Il considère que les tensions commerciales actuelles entre le Canada et les États-Unis ne permettent pas d’aborder sereinement une question aussi fondamentale pour l’avenir du Québec.

Cette décision repousse donc de plusieurs années une éventuelle consultation populaire, sans pour autant retirer le référendum du programme politique des indépendantistes.

S’il était effectivement organisé, ce scrutin serait le troisième référendum consacré à la souveraineté du Québec.

Le premier, en 1980, avait vu la victoire du camp opposé au projet souverainiste. Quinze ans plus tard, en 1995, le Québec avait de nouveau été appelé aux urnes. Cette fois, le résultat avait été extrêmement serré : le camp favorable au maintien dans le Canada ne l’avait emporté que de justesse.

Plus de trente ans après ce vote historique, l’hypothèse d’un nouveau référendum retrouve donc une place centrale dans la politique québécoise.

Une indépendance qui reste minoritaire dans l’opinion

La victoire du Parti québécois ne doit cependant pas être automatiquement interprétée comme une adhésion massive de la population au projet indépendantiste.

Selon un récent sondage cité par Le Monde, 31 % des Québécois seraient aujourd’hui disposés à voter en faveur d’une sortie du Canada.

Des analystes estiment également que le succès électoral du Parti québécois repose largement sur le rejet de la majorité provinciale sortante, plutôt que sur une poussée massive du sentiment indépendantiste. Le revers de l’ancienne majorité est d’ailleurs considérable puisqu’elle a perdu l’ensemble de ses députés.

Le débat demeure profondément clivant dans la société québécoise.

À Montréal, l’AFP a notamment recueilli les témoignages de jeunes électeurs aux positions diamétralement opposées. Félix Marineau, âgé de 26 ans, défend depuis longtemps le « oui » à l’indépendance et considère la possibilité d’un référendum comme une question démocratique. À l’inverse, Alexia Gomez, 19 ans et nouvelle électrice, redoute qu’une séparation du Canada ne fragilise le Québec sur les plans économique, politique et militaire.

Un défi supplémentaire pour Mark Carney

Le retour des indépendantistes au gouvernement québécois intervient dans un contexte particulièrement délicat pour le premier ministre canadien Mark Carney, proche du Forum économique mondial.

Ottawa est déjà engagé dans un conflit commercial avec Washington. L’arrivée au pouvoir d’un gouvernement souverainiste dans la deuxième province la plus peuplée du pays ajoute désormais une question institutionnelle à cette période de tensions.

Mark Carney a réagi en mettant l’accent sur l’unité canadienne. Le premier ministre fédéral a déclaré vouloir travailler avec Paul St-Pierre Plamondon afin notamment de soutenir les entreprises et les salariés québécois affectés par les droits de douane américains.

Cette volonté affichée de coopération pourrait rapidement être mise à l’épreuve. Le nouveau dirigeant québécois a déjà décrit la relation qu’il envisage avec Ottawa comme un « rapport de force ». Il prévient qu’il ne compte pas passer sous silence les situations dans lesquelles il estimerait que le Québec n’est pas suffisamment respecté par le gouvernement fédéral.

L’Alberta également traversée par le séparatisme

La victoire du Parti québécois ne constitue d’ailleurs pas le seul défi territorial auquel Mark Carney doit faire face.

Dans l’ouest du Canada, l’Alberta connaît elle aussi une poussée des revendications séparatistes. Cette province riche en hydrocarbures doit se prononcer le 19 octobre sur la possibilité d’organiser un référendum concernant son indépendance.

Les motivations politiques et historiques ne sont pas les mêmes qu’au Québec, mais la concomitance des deux mouvements complique le discours d’unité porté par Ottawa.

Le Canada pourrait ainsi devoir gérer simultanément deux foyers de contestation de l’ordre fédéral, alors même que le pays tente de réduire sa vulnérabilité économique vis-à-vis de son puissant voisin américain.

La monarchie, autre dossier explosif

Paul St-Pierre Plamondon entend également ouvrir un autre front institutionnel avec Ottawa : celui de la monarchie canadienne.

Le Canada appartient au Commonwealth et son chef d’État demeure le roi Charles III. Au Québec, la Couronne est représentée par une lieutenante-gouverneure, qui exerce plusieurs fonctions constitutionnelles, parmi lesquelles la promulgation des lois adoptées par l’Assemblée nationale.

Le chef du Parti québécois a promis de s’attaquer à cette institution en coupant les financements accordés à la représentante de la Couronne dans la province. Il considère le système monarchique comme coûteux et souhaite réaffecter ces sommes à la lutte contre le sans-abrisme.

Une telle initiative risque toutefois de rencontrer un obstacle de taille : le rôle de la Couronne au Québec découle de la Constitution canadienne.

Entre indépendance, relations avec Ottawa, monarchie et conséquences du conflit commercial entre le Canada et les États-Unis, le retour du Parti québécois au pouvoir ouvre ainsi une période politiquement chargée. Pour la première fois depuis trois décennies, la perspective d’un troisième référendum sur l’avenir du Québec n’appartient plus seulement à l’histoire du mouvement souverainiste : elle revient officiellement dans l’agenda politique de la province.

Sources :

Le Monde avec AFP, « Québec : les indépendantistes sont de retour au pouvoir et promettent un nouveau référendum sur la sortie du Canada », publié le 6 octobre 2026.