Propulsé sur le devant de la scène par le mouvement de contestation dans les lycées, Bally Bagayoko assume une exposition médiatique grandissante, malgré plusieurs déclarations controversées. Le maire LFI de Saint-Denis-Pierrefitte écarte une candidature présidentielle en 2027 mais reconnaît préparer la suite : « Je me projette, je suis en campagne permanente. »
Poing levé au milieu des lycéens, porté par une foule scandant son prénom : les images de Bally Bagayoko devant le lycée Paul-Éluard de Saint-Denis ont offert au maire une exposition nationale inattendue. Sur les réseaux sociaux, les vidéos de la scène ont circulé largement, certains internautes allant jusqu’à le présenter comme le « meilleur maire du monde », rapporte Le Figaro.
Le maire de Saint-Denis-Pierrefitte, en Seine-Saint-Denis, s’est rendu devant l’établissement alors que des élèves protestaient notamment contre la vétusté des locaux et le manque de personnel. Un mouvement local inscrit dans une contestation lycéenne plus large.
L’élu de La France insoumise ne s’est pas contenté d’une apparition. Durant plusieurs jours, il s’est positionné entre manifestants et forces de l’ordre, affirmant vouloir contribuer à l’apaisement. Bally Bagayoko dit avoir constaté des « débordements de part et d’autre », y compris, selon lui, du côté de la police nationale.
Son passé d’éducateur sportif et son aisance au contact des adolescents participent à construire une image différente de celle du responsable politique traditionnel. La séquence a également attiré de nombreux médias nationaux à Saint-Denis. Selon Le Figaro, Jean-Luc Mélenchon a ensuite appelé d’autres élus insoumis à se rendre eux aussi auprès des lycéens mobilisés.
De la visite du pape aux lycées, une visibilité croissante
Quelques jours auparavant, Bally Bagayoko avait déjà bénéficié d’une importante exposition médiatique lors de la venue du pape Léon XIV au Stade de France. Le maire avait rencontré le souverain pontife et assisté à la veillée des jeunes.
Il avait notamment expliqué sur BFMTV être sensible aux messages de solidarité et de fraternité exprimés à cette occasion. Au Figaro, il revendique une histoire personnelle façonnée par la coexistence de différentes religions et assure ne pas vouloir abandonner cette identité une fois entré en politique.
Cette présence sur plusieurs terrains contribue à installer un personnage politique qui entend se distinguer des codes habituels de La France insoumise. Mais cette ascension médiatique s’accompagne également de déclarations qui provoquent de vives controverses.
Des déclarations qui provoquent la polémique
Devant le lycée, Bally Bagayoko a notamment déclaré que « la violence peut être légitime », tout en précisant immédiatement qu’il était préférable de l’éviter chaque fois que cela était possible. Cette déclaration a provoqué des réactions politiques et judiciaires. Le préfet de police de Paris a saisi la justice pour « provocation à commettre un délit ».
Quelques mois auparavant, le maire avait déjà suscité une polémique autour de La Marseillaise. Il avait estimé que siffler l’hymne national lorsque la France se « déshonore par ses actes à l’international » pouvait constituer un « droit à la réplique populaire ».
Face aux critiques, l’élu avait expliqué chercher à analyser les raisons conduisant certaines personnes à siffler l’hymne national et non à encourager un tel comportement.
Le Figaro rappelle également d’autres épisodes ayant alimenté les critiques à son encontre, parmi lesquels des propos sur « l’insurrection populaire » ou encore sa décision de décrocher le portrait du président de la République de son bureau.
Ces controverses n’empêchent cependant pas Bally Bagayoko de gagner en notoriété, y compris au-delà de son camp politique.
Un profil atypique au sein de La France insoumise
Son parcours tranche avec celui des cadres historiques du mouvement de Jean-Luc Mélenchon. Bally Bagayoko revendique lui-même cette différence. Il n’appartient ni à la génération politique du fondateur de LFI ni au noyau issu du Parti de gauche.
Entré à La France insoumise en 2017, il avait reconnu dans un entretien accordé au Monde après son élection avoir rejoint le mouvement notamment parce que le Parti communiste français, dont il avait été l’allié, ne lui avait pas offert les perspectives politiques qu’il espérait.
Une trajectoire qui lui permet aujourd’hui de cultiver une certaine autonomie. Elle intervient surtout à un moment où la question de la succession de Jean-Luc Mélenchon, longtemps particulièrement sensible à LFI, prend une importance croissante à mesure que se dessine l’avenir du mouvement.
Le Figaro cite ainsi un ancien compagnon de route de Jean-Luc Mélenchon estimant que Bally Bagayoko bénéficie désormais d’une image médiatique faite de « décontraction » et de « spontanéité », susceptible de provoquer de la sympathie.
Pas candidat en 2027, mais « en campagne permanente »
Cette popularité naissante nourrit déjà des projections présidentielles. Bally Bagayoko se montre toutefois beaucoup plus prudent lorsqu’il est interrogé sur l’élection de 2027.
Le maire estime ne pas disposer, à moins de huit mois de l’échéance présidentielle, des compétences et de la préparation nécessaires pour se lancer dans la course à l’Élysée. Il entend en revanche mettre son énergie et sa vision au service du candidat qu’il soutient, Jean-Luc Mélenchon.
Pour la suite, son discours change sensiblement. Bally Bagayoko reconnaît vouloir se tenir prêt lorsqu’une opportunité politique se présentera. « Je veux être prêt au moment où l’opportunité se présente. Du coup, je me projette, je suis en campagne permanente », confie-t-il au Figaro.
Une déclaration qui ouvre clairement la porte à des ambitions nationales à plus long terme, sans qu’il annonce pour autant de candidature précise.
« Allô Bally », une méthode qui rappelle Mélenchon
Pour entretenir le contact avec son nouveau public, le maire reprend d’ailleurs certains outils popularisés par Jean-Luc Mélenchon. Sur les réseaux sociaux, il a lancé « Allô Bally », une émission directement inspirée du format « Allô Mélenchon », afin de répondre aux questions des internautes.
Les deux hommes échangeraient régulièrement. Mais cette montée en puissance pourrait également poser la question de l’autonomie d’un élu disposant d’un ancrage territorial et d’une visibilité propres.
Selon Le Figaro, Jean-Luc Mélenchon conserve de ses années au Parti socialiste une certaine méfiance à l’égard des puissants élus locaux et des « baronnies » susceptibles de s’affranchir du pouvoir central. Une culture politique qui expliquerait notamment ses réticences historiques à investir massivement le terrain des élections municipales.
Bally Bagayoko dispose précisément de ce qui manque à nombre de responsables nationaux : une mairie importante, une exposition médiatique en plein essor et une capacité à construire une relation directe avec une partie du public. Pour l’heure, il soutient Jean-Luc Mélenchon pour 2027. Mais en affirmant publiquement se « projeter », le maire de Saint-Denis-Pierrefitte laisse désormais ouverte la question de son propre avenir national. Un destin qui pourrait toutefois être lié à ses déboires judiciaires.
Une enquête du Parquet national financier sur son emploi à la RATP
À ces controverses politiques s’ajoute un dossier judiciaire autrement plus sensible. Bally Bagayoko est visé depuis août 2026 par une enquête préliminaire du Parquet national financier (PNF) portant sur les conditions dans lesquelles il a été employé à la RATP parallèlement à l’exercice de ses mandats électifs. Les investigations ont notamment été ouvertes pour des soupçons de détournement de fonds publics et doivent permettre à la justice de vérifier les conditions réelles de son emploi au sein de la régie des transports parisiens. L’affaire avait émergé après des révélations de presse et des plaintes déposées par l’association AC!! Anti-Corruption. Le maire de Saint-Denis conteste catégoriquement les accusations et s’est dit serein quant à l’issue de la procédure, tandis que la RATP a également rejeté les accusations d’emplois de complaisance. À ce stade, l’ouverture d’une enquête préliminaire ne signifie pas que les faits reprochés sont établis et Bally Bagayoko demeure présumé innocent.
Sources :
Le Figaro, Richard Flurin, « Je me projette : derrière les provocations, les nouvelles ambitions de Bally Bagayoko », publié le 2 octobre 2026 et mis à jour le même jour.
TF1 Info – enquête du PNF visant Bally Bagayoko
Le Parisien – Bally Bagayoko répond aux accusations d’emploi fictif.