L’affaire du policier agressé à Belfort prend la tournure d’un affrontement judiciaire. Arié Alimi, avocat d’un adolescent de 17 ans mis en cause dans les violences, accuse le procureur de la République Paul-Édouard Lallois de manquer de neutralité et de présenter les faits de manière « partielle et partiale ». La défense réclame désormais une délocalisation de la procédure.
La bataille judiciaire se déplace sur le terrain de l’impartialité. Dans l’affaire du policier violemment pris à partie à Belfort en marge des manifestations lycéennes, Arié Alimi, avocat d’un adolescent de 17 ans mis en cause, adresse de lourds reproches au procureur de la République, Paul-Édouard Lallois.
Interrogé par RTL, l’avocat estime que le magistrat manque de neutralité dans sa manière de conduire et de présenter le dossier. Une accusation formulée après la conférence de presse donnée dimanche 4 octobre par le procureur pour exposer les premiers éléments de l’enquête.
Au cœur de cette confrontation se trouvent les conditions dans lesquelles le jeune homme a été interpellé par le policier, avant que ce dernier ne soit à son tour agressé par un groupe de jeunes.
Arié Alimi accuse le procureur de prendre parti
Pour l’avocat, la manière dont le parquet communique sur l’affaire pose problème. Arié Alimi reproche directement à Paul-Édouard Lallois de se positionner en faveur du fonctionnaire de police dont son client dénonce le comportement.
« Le procureur de la République est le directeur d’enquête et le superviseur organique de ce fonctionnaire de police. Il va se faire l’avocat du fonctionnaire de police malgré les violences terribles qu’il a commises contre un mineur », déclare-t-il sur RTL.
Ces propos constituent l’accusation de la défense et ne permettent pas, à eux seuls, d’établir un défaut d’impartialité du magistrat.
Arié Alimi reproche également au procureur d’avoir présenté de façon orientée les déclarations faites par son client pendant sa garde à vue. Selon l’avocat, Paul-Édouard Lallois aurait communiqué certains éléments « en sélectionnant certains passages de manière partielle et partiale » et en extrapolant les propos du mineur.
La question est d’autant plus sensible, soutient-il, que son client est d’origine bulgare. L’avocat affirme que l’adolescent « parle très mal et comprend mal le français », ce qui, selon lui, impose de replacer ses déclarations dans leur contexte.
Deux lectures opposées de l’interpellation dans la rivière
Cette confrontation intervient alors que la défense et le parquet livrent des lectures différentes d’une séquence devenue centrale dans le dossier : l’interpellation du lycéen dans une rivière.
Selon les éléments communiqués par le procureur et rapportés par RTL, l’adolescent a déclaré en garde à vue qu’il ne pensait pas que le policier cherchait à le noyer. Le jeune homme aurait néanmoins précisé avoir eu cette impression au départ, en raison de la surprise provoquée par l’intervention.
Le procureur a également insisté sur les caractéristiques du lieu. La profondeur de l’eau aurait été de 19 centimètres, soit « moins que la largeur d’une feuille A4 », selon la comparaison utilisée lors de sa conférence de presse. Il a par ailleurs indiqué que le fonctionnaire avait rapidement emmené le jeune homme hors de l’eau pour procéder à son interpellation.
Arié Alimi conteste cette présentation. Il affirme que son client a « clairement indiqué avoir eu la tête maintenue sous l’eau ». L’avocat soutient également que le policier aurait reconnu avoir plaqué la tête du jeune homme sous l’eau.
Sur la base de ces éléments, la défense annonce une plainte pour « tentative de meurtre ».
Un désaccord jusque sur le dépôt de la plainte
Le conflit entre l’avocat et le procureur concerne également la manière dont cette plainte a été présentée publiquement.
D’après RTL, Paul-Édouard Lallois avait dans un premier temps indiqué que l’adolescent n’avait pas l’intention de porter plainte, avant d’admettre qu’une intention de plainte avait été déposée auprès de son greffier.
Une présentation contestée par Arié Alimi. Celui-ci assure que la démarche est formelle et que la plainte a bel et bien été « déposée ». Selon lui, le procureur l’a « entre ses mains » et ses services l’« ont signée ».
La plainte annoncée par l’avocat vise également le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez. Arié Alimi affirme soupçonner l’existence d’instructions données aux policiers dans le contexte des manifestations lycéennes.
« Nous pensons fortement que ce type d’acte d’une véritable sauvagerie n’aurait pu avoir lieu s’il n’y avait pas eu des instructions particulières qui ont été données par le supérieur de ce fonctionnaire de police », déclare-t-il à RTL.
À ce stade, l’article de RTL ne fait état d’aucun élément établissant l’existence de telles instructions. Il s’agit d’une accusation portée par la défense dans le cadre de la procédure annoncée.
La défense réclame une délocalisation de l’affaire
Les critiques adressées au procureur conduisent désormais Arié Alimi à demander que l’affaire soit traitée ailleurs. L’avocat réclame une délocalisation de la procédure afin, selon ses termes, d’« apaiser la situation judiciaire ».
Cette demande intervient également dans un contexte de désaccord profond sur le traitement réservé au jeune homme.
Le parquet a requis son placement en détention provisoire. Selon les éléments communiqués par le procureur, l’adolescent a reconnu pendant sa garde à vue avoir porté des coups violents au policier.
Son avocat considère toutefois la demande de détention comme « manifestement disproportionnée ». Il insiste sur le fait que son client est mineur, n’a aucun antécédent judiciaire et affirme qu’il aurait lui-même subi, juste avant les violences reprochées, ce que la défense qualifie de tentative de meurtre.
Sources :
RTL, « Il a plaqué la tête de mon client sous l’eau : sur RTL, l’avocat d’un lycéen mis en cause dans le lynchage d’un policier à Belfort annonce une plainte pour tentative de meurtre », publié le 4 octobre 2026.