Le procureur de Belfort, Paul-Édouard Lallois, a affirmé dimanche ne pas avoir connaissance de la plainte pour tentative de meurtre déposée par le lycéen interpellé par le policier agressé vendredi. Informé de son existence en pleine conférence de presse par un journaliste, le magistrat a vivement réagi, mettant directement en cause la manière de procéder de l’avocat du mineur.
La séquence n’était manifestement pas prévue. Alors que le procureur de la République de Belfort, Paul-Édouard Lallois, achevait une longue présentation des investigations menées après la violente agression d’un commandant de police vendredi, un journaliste l’a interrogé sur une information susceptible de modifier sensiblement la lecture du dossier : le lycéen de 17 ans et demi interpellé par ce même policier venait de déposer plainte contre X pour tentative de meurtre.
La réponse du magistrat a été immédiate. « Les éléments que j’ai en procédure à l’heure actuelle ne font absolument état d’aucune plainte de la sorte », a-t-il déclaré, précisant n’avoir personnellement reçu « aucune plainte papier ».
Une réaction d’autant plus notable que le procureur venait de consacrer une partie importante de sa conférence de presse aux conditions controversées de l’interpellation du mineur.
« Je serais ravi que l’avocat vienne m’en informer personnellement »
Paul-Édouard Lallois ne s’est pas contenté d’indiquer qu’il ignorait l’existence de la plainte. Il a ouvertement manifesté son agacement à l’égard de la défense du lycéen.
Le procureur a expliqué avoir personnellement rencontré un nouvel avocat du mineur, différent de celui qui l’avait assisté pendant sa garde à vue. Il a précisé qu’il s’agissait d’un avocat appartenant à un cabinet parisien, accueilli au tribunal et auquel une copie de la procédure avait été mise à disposition.
Selon le magistrat, la question d’une plainte contre le policier n’aurait alors pas été évoquée.
« À aucun moment, cet avocat ne m’a indiqué qu’il avait ou souhaitait déposer plainte », a assuré Paul-Édouard Lallois.
Puis le ton s’est nettement durci. « Je suis ravi de constater que la presse est plus diligente à m’informer d’un tel dépôt de plainte qu’un auxiliaire de justice », a lancé le procureur.
Il a poursuivi en expliquant goûter « assez peu » ce qu’il considère comme un manquement au « professionnalisme », à la « rigueur » et aux règles déontologiques régissant les relations entre magistrats et avocats.
Le procureur venait de répondre aux soupçons entourant l’interpellation
L’irruption de cette plainte dans la conférence de presse est d’autant plus significative que Paul-Édouard Lallois venait précisément de consacrer de longues minutes à répondre aux interrogations provoquées par les images de l’interpellation.
Dès le début de son intervention, le procureur avait dénoncé les interprétations tirées, selon lui, d’« extraits coupés » de vidéos diffusées sur les réseaux sociaux sans connaissance de leur contexte. Il s’était inquiété de voir une interprétation devenir en quelques clics une « prétendue vérité ».
Le magistrat a ensuite livré une reconstitution particulièrement détaillée de l’intervention du commandant de police dans le lit de la Savoureuse.
Selon les éléments exposés par le parquet, le policier avait suivi le mineur avant de l’interpeller dans cette rivière en grande partie asséchée. Il l’aurait plaqué face contre l’eau puis aurait tenté de le menotter, avant de l’en extraire.
Le procureur a insisté à plusieurs reprises sur un élément matériel : selon les mesures effectuées par les enquêteurs, la profondeur maximale de l’eau à cet endroit atteignait 19 centimètres. Pour donner une représentation concrète de cette hauteur, il l’a comparée devant les journalistes à la largeur d’une feuille de papier A4, soit 21 centimètres.
Paul-Édouard Lallois a également rapporté les déclarations du mineur durant sa garde à vue. Interrogé sur l’hypothèse selon laquelle le policier aurait essayé de le noyer, le jeune homme aurait répondu par la négative.
Selon les propos cités par le procureur, le lycéen aurait déclaré : « Je ne pense pas qu’il ait essayé de me noyer. J’ai eu cette impression au départ parce que j’étais surpris. »
Une nuance importante sur l’immersion du lycéen
La conférence de presse n’a toutefois pas permis d’écarter toutes les interrogations concernant cette intervention.
Lorsqu’un journaliste lui a demandé quels éléments permettaient d’affirmer que la tête du mineur ne se trouvait pas dans l’eau, Paul-Édouard Lallois a immédiatement rectifié : « Je ne dis absolument rien de tout cela. »
Le procureur a indiqué se limiter aux « éléments objectifs » figurant dans le dossier : la profondeur maximale constatée et le fait que le lycéen n’aurait pas déclaré, lors de ses auditions réalisées en présence de son avocat, que sa tête avait été immergée.
Selon le récit du mineur rapporté par le magistrat, celui-ci aurait été surpris par l’intervention, poussé vers l’avant et projeté dans l’eau. Le policier aurait ensuite tenté de le menotter avant de l’extraire du cours d’eau et de poursuivre son intervention sur la berge.
Le commandant de police a, de son côté, affirmé aux enquêteurs n’avoir à aucun moment tenté de noyer le jeune homme ni voulu exercer sur lui une quelconque violence.
Le procureur a enfin fait valoir que l’examen médical du lycéen pendant sa garde à vue n’avait permis de constater que quelques griffures ou égratignures à une épaule.
Aucune enquête distincte ouverte sur l’interpellation
Autre élément désormais particulièrement important au regard de la plainte annoncée : le parquet n’avait pas ouvert d’enquête distincte sur les conditions dans lesquelles le lycéen avait été interpellé.
Paul-Édouard Lallois l’a confirmé pendant la conférence de presse, expliquant avoir néanmoins demandé aux enquêteurs de travailler sur cette séquence puisqu’elle était directement liée aux violences commises quelques instants plus tard.
Le magistrat a rappelé que la procédure dont il était initialement saisi concernait la violente agression du commandant de police.
« Mon enquête ne portait évidemment pas sur l’interpellation en elle-même de ce jeune homme, sur ses conditions », a-t-il expliqué, tout en assurant avoir volontairement étendu les investigations au contexte de l’intervention afin d’apporter des réponses sur son déroulement.
La plainte pour tentative de meurtre annoncée par la défense pourrait donc ouvrir un nouveau volet judiciaire spécifiquement consacré au comportement du policier.
« Si je suis saisi d’une plainte, je serai amené à en examiner le contenu »
Malgré son irritation à l’égard de l’avocat, Paul-Édouard Lallois a assuré qu’une éventuelle plainte serait traitée selon la procédure habituelle.
« Si je suis saisi d’une plainte, je serai amené naturellement à en examiner le contenu, à procéder à une analyse juridique de cette plainte et à y donner les suites qui me paraîtront les plus opportunes », a déclaré le procureur.
La plainte annoncée par l’avocat du mineur intervient donc à un moment singulier : précisément lorsque le parquet venait de présenter publiquement les éléments recueillis au cours de l’enquête pour répondre, entre autres, aux interrogations entourant l’interpellation.
Le fond de cette nouvelle accusation reste désormais à examiner judiciairement. Mais son annonce aura déjà provoqué une scène inhabituelle : celle d’un procureur affirmant apprendre en pleine conférence de presse, par l’intermédiaire d’un journaliste, qu’un protagoniste central du dossier a déposé une plainte pour tentative de meurtre visant les circonstances d’une intervention policière que le magistrat venait longuement de décortiquer. Au vu de la déscription faite par le procureur, la défense du jeune homme a du pain sur la planche/
Sources :
Le Parisien avec AFP, 4 octobre 2026, « Belfort : le lycéen interpellé par le policier agressé en marge des blocus porte plainte pour tentative de meurtre ».
Conférence de presse de Paul-Édouard Lallois, procureur de la République de Belfort, 4 octobre 2026, transcription intégrale fournie.