Des policiers en civil au milieu des lycéens mobilisés : des vidéos provoquent la polémique

Des vidéos montrant des policiers en civil au milieu de jeunes mobilisés devant des lycées ont suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. Certains internautes accusent les fonctionnaires de se faire passer pour des manifestants, voire de participer aux dégradations. Si la présence de policiers en civil est bien documentée, les accusations de provocation doivent être distinguées des faits établis.

Depuis le début du mouvement de blocage des lycées, plusieurs séquences filmées et diffusées sur les réseaux sociaux montrent des policiers en civil évoluant au milieu ou à proximité des manifestants. Leur tenue, parfois similaire à celle des jeunes présents sur place, a rapidement alimenté les interrogations.

Ces images interviennent dans un contexte particulièrement tendu. Le mouvement lycéen, qui a pris de l’ampleur à la fin du mois de septembre, a été marqué par des affrontements, des dégradations et plusieurs milliers d’interpellations. Le 2 octobre, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez annonçait plus de 5 000 interpellations depuis le début de la semaine.

Des policiers en civil présents dans les manifestations

La présence de fonctionnaires en civil dans et autour des rassemblements n’est pas, en elle-même, inhabituelle. Ces agents peuvent notamment être chargés d’observer les mouvements de foule, de recueillir des informations ou d’identifier des personnes soupçonnées d’avoir commis des infractions afin de faciliter leur interpellation.

Les événements récents confirment la présence de policiers en civil au contact direct des manifestants. À Belfort, le 2 octobre, un policier en civil a ainsi été pris à partie, jeté au sol puis frappé par plusieurs personnes en marge d’un blocage de lycée. Il a été hospitalisé après avoir perdu connaissance.

Mais d’autres images ont nourri une polémique d’une nature différente.

Une vidéo d’un policier frappant la vitre d’un commerce

Une séquence relayée notamment par Brut et reprise par Ségolène Royal montre un homme présenté comme un policier en civil frappant à plusieurs reprises la vitre d’un fast-food où des lycéens se seraient réfugiés.

L’ancienne ministre a réagi publiquement en demandant si des policiers en civil pouvaient « faire les casseurs ». La séquence a largement circulé sur les réseaux sociaux et renforcé les soupçons de certains internautes sur le rôle joué par des agents en civil lors des incidents.

À Reims, un policier en civil filmé en train de lancer un projectile

À Reims, une vidéo diffusée par l’eurodéputé LFI Anthony Smith a provoqué une vive polémique. Les images montrent un homme vêtu en civil, le visage en partie dissimulé et mêlé aux personnes présentes autour de la mobilisation lycéenne, lancer un projectile avant de s’éloigner lorsqu’il remarque qu’il est filmé.

Anthony Smith a dénoncé des « violences et provocations policières », tandis que de nombreux internautes ont accusé l’homme d’agir comme un provocateur destiné à attiser les tensions.

L’identité de l’individu a depuis été confirmée par le procureur de Reims, François Schneider : il s’agit bien d’un policier. Le magistrat conteste cependant l’interprétation selon laquelle celui-ci aurait cherché à provoquer des affrontements. Selon lui, l’agent lançait une grenade fumigène dans le cadre d’une opération de maintien de l’ordre, en réponse notamment à des jets de pierres et à l’utilisation de mortiers contre les policiers. À ce stade, aucun élément public ne permet donc d’affirmer que le fonctionnaire cherchait à provoquer des violences afin de justifier une répression contre les lycéens.

Ces vidéos permettent toutefois d’établir le comportement visible de l’agent dans cette séquence, mais pas, à elle seule, l’existence d’une stratégie consistant à infiltrer les manifestations pour provoquer des dégradations.

Il convient donc de distinguer deux questions : la présence avérée de policiers en civil parmi ou à proximité des manifestants, et l’accusation selon laquelle certains seraient chargés de provoquer des violences ou d’inciter des lycéens à en commettre. Cette seconde affirmation nécessiterait des éléments supplémentaires pour être établie.

Des méthodes policières qui suscitent des critiques

La polémique intervient alors que les interventions des forces de l’ordre autour des établissements scolaires font déjà l’objet de critiques. Amnesty International France estime notamment que certaines opérations ont donné lieu à un recours excessif à la force contre des manifestants, dont de nombreux mineurs. L’organisation reconnaît parallèlement que des violences ont également été commises par certains participants aux mobilisations.

Selon la porte-parole de la Police nationale Agathe Foucault, cinq enquêtes de l’Inspection générale de la Police nationale (IGPN) avaient été ouvertes au 3 octobre à la suite d’images montrant des interventions policières pendant le mouvement lycéen.

Les forces de l’ordre sont elles-mêmes confrontées à des violences importantes. Le ministère de l’Intérieur faisait état de centaines de policiers et gendarmes blessés depuis le début du mouvement.

Dans ce climat particulièrement tendu, les images de policiers en civil mêlés aux manifestants deviennent ainsi un nouvel objet de controverse. Elles documentent certaines pratiques policières et peuvent légitimement susciter des questions sur les méthodes employées. Elles ne permettent cependant pas, sans éléments complémentaires, de conclure à l’existence d’une stratégie organisée visant à provoquer des violences pour les attribuer ensuite aux lycéens.