Omniprésent sur les chaînes d’information à la faveur de la mobilisation lycéenne, Nathanaël Combary s’est imposé en quelques jours comme l’un des interlocuteurs médiatiques du mouvement. Mais le président de Renouveau lycéen est également adhérent de Renaissance et proche de la campagne du young global leader du Forum économique mondial, Gabriel Attal, une double casquette qui alimente les accusations d’instrumentalisation et interroge sur la représentativité de son organisation.
À mesure que la mobilisation lycéenne s’est installée dans l’actualité, son visage est devenu familier des téléspectateurs. Nathanaël Combary, président de l’association Renouveau lycéen, enchaîne les interventions sur les chaînes d’information et les prises de parole sur le mouvement qui agite les établissements scolaires.
Le 2 octobre, à l’issue d’une rencontre au ministère de l’Éducation nationale, il s’est exprimé devant les caméras pour saluer le rétablissement d’un dialogue avec le gouvernement, tout en estimant par la suite sur BFMTV ne pas avoir « obtenu suffisamment de choses ». Le jeune responsable s’est également désolidarisé des « violences urbaines » survenues dans le contexte de la mobilisation.
Une exposition médiatique qui serait relativement classique pour le dirigeant d’une organisation lycéenne si le parcours politique et professionnel de Nathanaël Combary ne suscitait pas, depuis, de nombreuses interrogations.
Un responsable de Renouveau lycéen engagé chez Renaissance
Selon Le Parisien, Nathanaël Combary est adhérent de Renaissance, le parti fondé autour du Young gloabal leader Emmanuel Macron, et son engagement politique ne s’arrête pas là. Il est également lié à la campagne de Gabriel Attal.
Cette proximité a éclaté au grand jour vendredi 2 octobre lors d’un échange particulièrement tendu sur LCI. Face à Nathanaël Combary, le député de La France insoumise Paul Vannier a directement mis en cause la double casquette de son interlocuteur.
« Monsieur est à la fois un responsable lycéen et un militant de la campagne de Gabriel Attal », a déclaré le parlementaire. Nathanaël Combary n’a pas contesté son engagement. « Je ne l’ai jamais caché », lui a-t-il répondu, selon les propos rapportés par Le Parisien.
L’échange intervenait alors que le président de Renouveau lycéen accusait lui-même LFI d’instrumentaliser la contestation lycéenne. Il avait notamment mis en cause Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis et figure de La France insoumise.
La scène a immédiatement alimenté la polémique : celui qui intervient dans les médias au titre d’une organisation représentant des lycéens est aussi engagé dans le parti présidentiel et gravite autour d’une potentielle campagne de Gabriel Attal.
Un parcours professionnel également politique
Nathanaël Combary a également effectué un passage comme assistant parlementaire auprès de Julie Delpech, députée Renaissance de la Sarthe.
Il travaille également pour Minerva, une agence de communication dirigée par Louis Jublin. Ce dernier a notamment exercé comme conseiller auprès de Gabriel Attal.
Sur son profil LinkedIn, Nathanaël Combary présente son activité comme consistant à accompagner des personnalités publiques, des entreprises et des dirigeants dans la construction de leur récit, de leur image et de leur stratégie d’influence.
Quelle représentativité pour Renouveau lycéen ?
Au-delà de la personnalité de Nathanaël Combary, une question demeure : que représente réellement Renouveau lycéen ?
L’organisation revendique une existence depuis 2021. Sa présence sur Instagram demeure toutefois limitée, avec environ 1 500 abonnés au début d’octobre 2026 et une activité relativement faible sur la plateforme. Ces chiffres ne suffisent toutefois pas, à eux seuls, à mesurer la représentativité réelle d’une organisation lycéenne.
L’association bénéficie néanmoins d’une visibilité médiatique importante dans le contexte de la mobilisation. Son président a notamment été reçu au ministère de l’Éducation nationale, avant de commenter cette rencontre devant plusieurs médias.
Cette exposition contraste avec la faible notoriété publique dont disposait jusqu’alors Renouveau lycéen et alimente les soupçons de ses détracteurs.
Le profil d’un autre dirigeant de l’association intéroge. Axel Larrere, présenté comme vice-président de Renouveau lycéen, est engagé chez Les Républicains et s’est affiché sur les réseaux sociaux aux côtés de Bruno Retailleau.
Le précédent controversé d’Avenir lycéen
La polémique renvoie aussi à un précédent qui avait secoué le ministère de l’Éducation nationale sous Jean-Michel Blanquer : celui d’Avenir lycéen.
Créée en 2018, cette organisation avait été accusée d’entretenir une forte proximité avec le ministère et de défendre certaines orientations gouvernementales, notamment dans le contexte de la contestation contre Parcoursup et des mobilisations lycéennes.
En 2020, une enquête de Libération et Mediapart avait notamment révélé l’utilisation controversée de subventions publiques accordées à l’association. Avenir lycéen avait bénéficié de dizaines de milliers d’euros de financements du ministère de l’Éducation nationale, dont une partie avait servi à financer des dépenses sans rapport évident avec son activité syndicale, notamment des hôtels et des restaurants.
Une bataille politique autour de la mobilisation lycéenne
L’affaire intervient surtout dans un climat politique particulièrement tendu. Les blocages de lycées et les affrontements qui accompagnent certaines mobilisations sont devenus un nouveau terrain d’affrontement entre le gouvernement et La France insoumise.
Les accusations d’instrumentalisation de la jeunesse circulent désormais dans les deux sens. Nathanaël Combary reproche à LFI et à certains de ses élus d’exploiter politiquement la colère lycéenne. À l’inverse, Paul Vannier et les détracteurs de Renouveau lycéen mettent en avant l’engagement du jeune homme chez Renaissance pour contester la neutralité de ses interventions.
Le débat dépasse donc largement son cas personnel. Il porte sur la façon dont sont sélectionnés et présentés les interlocuteurs chargés d’incarner une mobilisation sociale dans les médias.
Renouveau lycéen se retrouve au cœur de cette bataille de légitimité. Le parcours politique de son président ne signifie pas, à lui seul, que ses prises de position seraient dictées par Renaissance ou Gabriel Attal. Il constitue en revanche une information essentielle pour permettre au public de situer ses interventions, particulièrement lorsqu’il s’exprime sur la stratégie du gouvernement, de LFI ou sur l’avenir de la mobilisation.
La controverse révèle finalement une contradiction assez nette : tandis que chaque camp accuse l’autre d’instrumentaliser la jeunesse, la question de savoir qui peut réellement parler au nom des lycéens devient elle-même un enjeu politique.
Sources :
Le Parisien, Lino Prestimonaco, « Adhérent Renaissance, président d’une association lycéenne… Qui est Nathanaël Combary, un des visages de la mobilisation, ciblé par LFI », 4 octobre 2026.
Contre Attaque, « Renouveau lycéen : décryptage d’une escroquerie médiatique », 3 octobre 2026