Avec plus de 61 000 nouveaux cas diagnostiqués en France en 2023, le cancer du sein demeure le cancer le plus fréquent chez les femmes. À l’occasion d’Octobre rose, la campagne de sensibilisation rappelle l’importance de la détection précoce, tout en mettant l’accent sur les facteurs de risque, les signes qui doivent conduire à consulter et la situation particulière des femmes jeunes.
Octobre colore chaque année de rose l’espace public, mais derrière le ruban devenu emblématique se cache un enjeu sanitaire considérable. En France métropolitaine, 61 214 nouveaux cas de cancer du sein ont été diagnostiqués en 2023 et 12 765 décès ont été recensés la même année, selon l’Institut national du cancer (INCa). Le cancer du sein reste ainsi le cancer à la fois le plus fréquent et le plus meurtrier chez les femmes.
La mortalité recule néanmoins : son taux standardisé a diminué en moyenne de 1,5 % par an entre 2019 et 2023. Cette évolution s’explique notamment par les progrès thérapeutiques et par des diagnostics plus précoces. L’INCa indique que 60 % des cancers du sein sont aujourd’hui détectés à un stade précoce.
C’est tout l’enjeu d’Octobre rose : rappeler qu’une tumeur repérée tôt est généralement plus facile à traiter et que sa prise en charge peut entraîner moins de séquelles. L’Assurance Maladie indique qu’un cancer du sein détecté précocement guérit dans neuf cas sur dix.
Une mammographie tous les deux ans entre 50 et 74 ans
En France, le dépistage organisé concerne les femmes âgées de 50 à 74 ans ne présentant ni symptôme ni facteur de risque particulier autre que leur âge. Elles sont invitées tous les deux ans à effectuer une mammographie auprès d’un radiologue agréé. L’examen est pris en charge à 100 % par l’Assurance Maladie, sans avance de frais.
Le dispositif possède également une particularité importante : lorsque la première lecture de la mammographie ne révèle rien d’anormal, les clichés bénéficient d’une seconde lecture par un autre radiologue expert. Selon l’Assurance Maladie, cette deuxième analyse permet de détecter 6 % des cancers identifiés dans le cadre du dépistage organisé.
La mammographie n’est toutefois pas un examen parfait. Comme tout dépistage, elle comporte des bénéfices mais aussi des limites, parmi lesquelles le risque de surdiagnostic et l’exposition répétée, bien que faible, aux rayons X. Des cancers peuvent également apparaître dans l’intervalle séparant deux mammographies. L’Assurance Maladie rappelle d’ailleurs que la participation au dépistage relève d’un choix personnel qui suppose d’être informée de ses avantages comme de ses inconvénients.
Rester attentive aux changements entre deux dépistages
Une mammographie normale ne signifie donc pas qu’il faille ignorer tout changement apparaissant au cours des deux années suivantes. Une grosseur, une modification récente de la forme du sein, une rétraction ou une déviation du mamelon, une rougeur, un aspect de peau d’orange, un ganglion perceptible au niveau de l’aisselle ou encore un écoulement anormal doivent conduire à consulter un professionnel de santé.
L’Assurance Maladie recommande par ailleurs un examen clinique des seins au moins une fois par an auprès d’un médecin traitant, d’un gynécologue ou d’une sage-femme. Cette vigilance concerne toutes les femmes et ne doit pas attendre l’entrée dans la tranche d’âge du dépistage organisé.
Les femmes de moins de 40 ans sont également concernées
Si l’âge demeure l’un des principaux facteurs de risque — près de 80 % des cancers du sein se développent après 50 ans — la maladie n’épargne pas les femmes jeunes.
À l’occasion d’Octobre rose 2026, l’Institut Curie souligne qu’environ 5 % des cancers du sein diagnostiqués en France concernent des femmes de moins de 40 ans, soit plus de 3 000 patientes chaque année. L’établissement alerte également sur l’augmentation de l’incidence dans cette population et sur des formes souvent plus agressives, dont les conséquences peuvent toucher la fertilité, la sexualité, la vie professionnelle ou encore l’image de soi.
Pour les femmes de moins de 50 ans qui ne présentent pas de facteur de risque particulier, le dépistage systématique par mammographie n’est cependant pas recommandé. En présence de symptômes, d’antécédents ou d’un profil de risque particulier, le suivi doit être adapté avec un professionnel de santé.
Hérédité : seule une minorité des cancers du sein est concernée
Avoir une proche atteinte d’un cancer du sein ne signifie pas automatiquement être porteuse d’une mutation génétique prédisposante. Selon l’INCa, seuls 5 % à 10 % des cancers du sein sont considérés comme héréditaires, c’est-à-dire attribuables à une mutation génétique transmissible, identifiée ou non. Les mutations des gènes BRCA1 et BRCA2 comptent parmi les mieux connues.
Être porteuse d’une telle mutation ne signifie pas non plus qu’un cancer apparaîtra nécessairement : le risque est augmenté, sans que la maladie soit inéluctable. Pour les femmes présentant un risque très élevé, une surveillance renforcée peut notamment comprendre un examen clinique tous les six mois dès l’âge de 20 ans ainsi que des examens radiologiques annuels à partir de 30 ans, selon la situation individuelle.
Alcool, tabac, poids et activité physique parmi les facteurs de risque
Le cancer du sein est une maladie multifactorielle. Il n’existe donc pas une cause unique, mais une combinaison possible de facteurs liés à l’âge, aux antécédents médicaux et familiaux, à certaines prédispositions génétiques ainsi qu’au mode de vie.
L’INCa identifie notamment la consommation d’alcool et de tabac, le surpoids ou l’obésité ainsi qu’une activité physique insuffisante parmi les facteurs susceptibles de favoriser l’apparition d’un cancer du sein. Le surpoids et l’obésité jouent notamment un rôle après la ménopause. L’alcool constitue également un facteur bien établi : l’Institut estime qu’il est associé à plus de 8 000 cas de cancer du sein par an en France.
Les antécédents personnels entrent aussi dans l’équation. Avoir déjà été atteinte d’un cancer du sein, de l’ovaire ou de l’endomètre, ou de certaines affections mammaires, est associé à un risque supérieur à celui observé chez les femmes du même âge sans ces antécédents.
Certains traitements hormonaux également surveillés
Certains traitements hormonaux de la ménopause font partie des facteurs associés au cancer du sein identifiés par l’Institut national du cancer. Leur utilisation doit donc être appréciée individuellement avec le professionnel de santé en fonction de la situation de chaque patiente.
La question concerne également la contraception hormonale. Une vaste étude danoise publiée en 2017 dans le New England Journal of Medicine, portant sur près de 1,8 million de femmes âgées de 15 à 49 ans, avait observé chez les utilisatrices actuelles ou récentes une augmentation relative de 20 % du risque de cancer du sein par rapport aux femmes n’ayant jamais utilisé de contraception hormonale. Le risque relatif augmentait avec la durée d’utilisation. Ces chiffres décrivent une association statistique et doivent être replacés dans le contexte du risque absolu individuel ainsi que des bénéfices de la contraception.
Octobre rose, au-delà du seul dépistage
La campagne Octobre rose ne se résume donc pas à un mot d’ordre autour de la mammographie. Elle rappelle aussi la nécessité de connaître les changements inhabituels de ses seins, d’en parler rapidement à un professionnel de santé et d’adapter le suivi aux antécédents personnels ou familiaux.
Les dernières données françaises montrent enfin l’ampleur du levier de prévention. L’Institut national du cancer estime que près de 20 000 cancers du sein pourraient être évités chaque année, soit environ un tiers des nouveaux cas estimés pour 2023. Derrière le ruban rose se dessine ainsi un message plus large : dépister lorsque cela est recommandé, détecter précocement les signes d’alerte et agir, lorsque c’est possible, sur les facteurs de risque modifiables.
Sources :
Source principale : Le Monde — « Octobre rose », du dépistage du cancer du sein aux facteurs de risque : les réponses à vos questions
Données actualisées et compléments : Institut national du cancer — Épidémiologie des cancers du sein ; Institut national du cancer — Facteurs de risque ; Assurance Maladie — Dépistage organisé du cancer du sein ; Institut Curie — Cancer du sein chez les femmes jeunes, Octobre rose 2026 ; New England Journal of Medicine — Contemporary Hormonal Contraception and the Risk of Breast Cancer.