Mediapart publie ses éléments d’authentification sur les messages antisémites attribués à Bardella

Mediapart a rendu publics ce jeudi 1er octobre 2026, de nouveaux éléments destinés à étayer son enquête sur des messages antisémites et complotistes attribués à Jordan Bardella lorsqu’il était jeune militant du Front national. Le média affirme avoir authentifié des conversations Messenger grâce à une extraction obtenue auprès de Meta et constatée par un huissier. Le président du Rassemblement national conteste catégoriquement être l’auteur de ces écrits et dénonce des « pseudo-preuves » ainsi que des « montages grossiers ».

L’affrontement entre Jordan Bardella et Mediapart change de dimension. Trois jours après avoir révélé l’existence de conversations privées comportant des propos antisémites attribués à l’actuel président du Rassemblement national, le média d’investigation a publié, jeudi 1er octobre 2026, une partie des documents sur lesquels repose son enquête ainsi que des précisions concernant leur authentification.

Jordan Bardella nie depuis le début être l’auteur des messages en question. Face à ces dénégations, Mediapart affirme désormais disposer d’éléments techniques et biographiques permettant, selon sa rédaction, de rattacher les échanges à celui qui était alors un jeune militant du Front national.

Une conversation Messenger extraite via Meta

La démonstration avancée par Mediapart repose notamment sur une conversation privée tenue sur Messenger. D’après le média, l’interlocuteur avec lequel Jordan Bardella aurait échangé a demandé à Meta, maison mère de Facebook, de télécharger les données correspondant à cette conversation.

L’extraction obtenue auprès de la plateforme aurait ensuite fait l’objet d’un constat par un huissier. Mediapart affirme que cette procédure permet de dater les échanges, de constater que la conversation n’a pas été modifiée a posteriori et d’établir que l’interlocuteur apparaît dans les données de Facebook sous le nom de Jordan Bardella.

Le média ne s’arrête toutefois pas à cette identification numérique. Il explique avoir également confronté le contenu des conversations à plusieurs éléments biographiques concernant le responsable politique.

Parmi ceux-ci figureraient notamment la naissance en Italie de sa mère, la mention d’une interview accordée au Parisien en 2013 ou encore une référence à son échec au concours de Sciences Po. Ces informations personnelles sont présentées par Mediapart comme autant d’indices permettant d’établir l’identité de l’utilisateur derrière le compte.

Mediapart considère ainsi que l’analyse combinée des données fournies par Meta et du contenu des échanges lui permet d’attribuer les conversations à Jordan Bardella. D’autres médias ayant rendu compte de la publication du 1er octobre, dont RTL et Le Temps, rapportent également cette méthode d’authentification.

Des messages remontant au début des années 2010

L’affaire avait éclaté le lundi 28 septembre. Mediapart avait alors publié une enquête consacrée à des conversations privées datant notamment de 2013, période durant laquelle Jordan Bardella avait entre 17 et 18 ans et commençait son parcours au Front national.

L’un des écrits attribués au jeune militant affirme notamment que les banques seraient détenues par des Juifs. D’autres échanges évoqueraient un « nouvel ordre mondial » dominé par Israël.

La judéité de personnalités politiques apparaît également dans certains des messages publiés. Pierre Moscovici, alors ministre de l’Économie sous François Hollande, y aurait notamment été visé par une remarque faisant référence à Moïse.

Mediapart rapporte par ailleurs des commentaires concernant Alain Soral, ainsi que Dieudonné. Jordan Bardella aurait alors exprimé son intérêt pour certaines de leurs positions. Le média rapporte également des questionnements autour des attentats du 11 septembre 2001.

Jordan Bardella dénonce des « montages grossiers »

La publication des nouveaux éléments n’a pas modifié la ligne de défense du président du Rassemblement national.

Jordan Bardella qualifie les documents présentés par Mediapart de « pseudo-preuves » et de « montages grossiers ». Il a également indiqué avoir chargé son avocat d’engager une procédure pour faux et usage de faux. Quelques jours auparavant, après la publication de la première enquête, il avait annoncé une plainte en diffamation.

Le responsable politique avait alors dénoncé des propos « délirants » et assuré qu’une opération cherchait à le déstabiliser politiquement à l’approche de l’élection présidentielle de 2027.

Marine Le Pen a également publiquement soutenu le président du RN. Après les premières révélations, elle avait contesté leur crédibilité et affirmé vouloir combattre ce qu’elle présente comme une manipulation.

Le député RN Jean-Philippe Tanguy a lui aussi mis en doute les éléments publiés, estimant que rien ne démontrait, à ses yeux, l’authenticité des conversations.

Le différend oppose donc désormais deux versions frontalement contradictoires : Mediapart affirme avoir authentifié les échanges grâce à des données issues de Meta, un constat d’huissier et des éléments biographiques contenus dans les conversations ; Jordan Bardella maintient qu’il n’en est pas l’auteur et engage des démarches judiciaires contre le média.

La bataille se joue désormais simultanément sur les terrains médiatique, politique et judiciaire. Mediapart affirme disposer des éléments nécessaires pour soutenir l’authenticité de son enquête. Jordan Bardella les récuse et entend faire trancher le litige par la justice. À ce stade, les éléments publiés constituent donc les preuves avancées par le média d’investigation pour étayer son travail journalistique, et non une décision judiciaire établissant que Jordan Bardella est effectivement l’auteur des messages.

Sources :

Mediapart, « Écrits antisémites de Jordan Bardella : les preuves du mensonge », 1er octobre 2026.

Libération, article source fourni : « Extrême droite – Jordan Bardella accusé d’antisémitisme : Mediapart publie les preuves qui accablent le président du RN », 1er octobre 2026.

RTL, « Affaire Jordan Bardella : Mediapart publie des captures d’écran des messages Facebook antisémites, authentifiés par un huissier », 1er octobre 2026.

Le Temps, « Mediapart affirme avoir pu authentifier les messages antisémites attribués à Jordan Bardella », 1er octobre 2026.