Windows 11 : les Pays-Bas développent leur propre environnement Linux pour réduire leur dépendance à Microsoft

Les Pays-Bas accélèrent leur quête de souveraineté numérique avec DAWO, un environnement de travail destiné aux administrations et construit notamment autour de Linux et de NixOS. Déjà expérimenté par plusieurs communes, le projet entend réduire la dépendance de l’État aux technologies non européennes, de Windows aux services cloud. Une démarche qui s’inscrit dans un mouvement plus large en faveur de solutions numériques européennes et open source.

Le monopole de fait des géants américains sur les postes de travail des administrations européennes commence à être sérieusement questionné. Aux Pays-Bas, le ministère de l’Intérieur et des Relations au sein du Royaume développe désormais DAWO, pour « Digitaal Autonome Werkomgeving Overheid », un projet visant à bâtir un environnement de travail numérique plus autonome pour le secteur public.

Il ne s’agit toutefois pas, à ce stade, d’un abandon généralisé de Windows 11 dans toute l’administration néerlandaise. DAWO reste en phase d’expérimentation. Le gouvernement présente officiellement son ambition comme la création d’une base « interopérable et numériquement autonome » destinée aux postes de travail publics.

Une dépendance technologique devenue stratégique

Derrière ce chantier informatique se trouve une préoccupation beaucoup plus politique : la souveraineté numérique.

Sur la page officielle de DAWO, l’administration néerlandaise reconnaît être fortement dépendante de technologies non européennes. Elle identifie plusieurs risques : perturbation extérieure de systèmes critiques, perte de contrôle sur les données publiques, perte de compétences nécessaires pour administrer ses propres systèmes, espionnage ou encore recul de son autonomie stratégique dans le domaine informatique.

Le contexte géopolitique a renforcé ces inquiétudes. L’article des Numériques rappelle notamment l’épisode des sanctions américaines visant la Cour pénale internationale, installée à La Haye. Selon les informations rapportées par le média, sur la base notamment du site néerlandais Tweakers, Microsoft, Gafam membre du Forum économique mondial aurait privé le procureur Karim Khan de l’accès à sa messagerie. Microsoft a contesté cette version des événements.

Au-delà de cette controverse précise, l’affaire illustre une inquiétude désormais présente dans plusieurs capitales européennes : que se passe-t-il lorsque des outils numériques indispensables au fonctionnement d’une administration dépendent de sociétés relevant d’une puissance étrangère ?

DAWO-NixOS au cœur du dispositif

La réponse néerlandaise ne consiste pas simplement à installer une distribution Linux sur quelques ordinateurs. DAWO vise un environnement beaucoup plus vaste, allant du système d’exploitation aux outils collaboratifs, en passant par le cloud, la gestion des identités et l’administration du parc informatique.

Le dépôt officiel du projet confirme que DAWO utilise sa propre implémentation de NixOS, baptisée DAWO-NixOS. Une piste reposant sur Fedora Kinoite est également maintenue en parallèle comme solution de repli ou voie de développement alternative.

NixOS possède par ailleurs une histoire étroitement liée aux Pays-Bas : ses origines remontent aux travaux d’Eelco Dolstra à l’université d’Utrecht. Sa particularité réside notamment dans son approche déclarative de la configuration des systèmes, permettant de définir précisément l’état d’une machine et de reproduire plus facilement une configuration sur plusieurs postes.

Le projet ne s’arrête pas au système d’exploitation. DAWO prévoit également DAWO-Sextant pour la gestion des machines, des travaux autour de l’intelligence artificielle avec DAWO-AI, une composante cloud ouverte avec DAWO-Cloud ainsi qu’un volet consacré à la gestion des identités et des accès.

Autrement dit, l’objectif dépasse largement le simple duel « Linux contre Windows ». Les Pays-Bas cherchent progressivement à maîtriser l’ensemble de la chaîne constituant le poste de travail administratif.

Une suite bureautique tournée vers l’Europe

Pour la collaboration et la bureautique, l’administration développe parallèlement MijnBureau. Cette plateforme open source rassemble notamment des composants issus de La Suite, développée en France, d’OpenDesk en Allemagne et de Nextcloud.

Cette coopération européenne n’est pas anecdotique. Elle traduit une volonté de mutualiser des technologies déjà développées sur le continent plutôt que de recréer chaque outil dans son coin.

Le dépôt officiel de DAWO indique d’ailleurs que le projet suit les développements d’OpenDesk et de La Suite et coopère avec ces initiatives aux niveaux national et européen.

La Commission européenne pousse elle aussi dans cette direction. Sa stratégie publiée en 2026 sur l’open source souligne le rôle que ces technologies peuvent jouer dans la réduction des dépendances stratégiques et dans le développement d’un écosystème numérique européen plus souverain.

Des communes néerlandaises servent de laboratoire

Avant d’imaginer une migration massive, les autorités avancent prudemment.

Le 3 avril 2026, le portail officiel Digitale Overheid annonçait qu’Amsterdam, ‘s-Hertogenbosch, Zaanstad et Ede, avec l’Association des communes néerlandaises, participeraient à un pilote. Les agents concernés expérimentent à petite échelle des ordinateurs portables Linux associés à MijnBureau.

Le programme initial doit permettre de récolter les retours des utilisateurs, d’identifier les améliorations nécessaires et surtout de vérifier l’intégration avec les systèmes informatiques déjà présents dans les administrations. Le pilote annoncé en avril devait courir jusqu’à la fin de l’année 2026.

Les Numériques rapporte désormais que huit communes participent à ces expérimentations. Une partie des essais est effectuée sur d’anciens ordinateurs portables retirés des inventaires, dont certains ne remplissent pas les exigences permettant de faire fonctionner Windows 11.

Ce détail donne au projet un second intérêt : prolonger potentiellement la durée de vie d’un parc informatique que les exigences matérielles des logiciels propriétaires peuvent contribuer à rendre obsolète.

Pas encore de grand remplacement de Windows

L’idée d’un gouvernement néerlandais ayant déjà « quitté Windows » serait cependant prématurée.

À l’heure actuelle, les documents officiels décrivent encore une phase d’expérimentation et de développement. L’objectif du pilote est précisément d’étudier les usages, les difficultés d’intégration et les catégories d’agents susceptibles d’utiliser les nouvelles solutions dans un environnement de production.

Les Numériques indique qu’aucun calendrier général de déploiement n’est encore fixé et qu’une version 1.0 est espérée pour 2027.

Car remplacer Windows sur un poste individuel est une chose. Faire fonctionner une administration entière avec ses applications métiers, ses systèmes d’authentification, ses périphériques, ses logiciels historiques et ses contraintes de cybersécurité en est une autre.

C’est précisément sur ce « dernier kilomètre » que les migrations informatiques publiques peuvent se compliquer.

Les Pays-Bas ont donc choisi une trajectoire progressive : développer, tester, corriger et mesurer avant d’envisager une généralisation. Mais le signal envoyé est déjà significatif. Le débat européen sur la souveraineté numérique ne porte plus seulement sur l’hébergement des données ou les grands fournisseurs de cloud. Il descend désormais jusqu’au système d’exploitation installé sur l’ordinateur des agents publics.

Sources :

Les Numériques — « Windows 11 : les Pays-Bas montrent la porte à Microsoft et codent leur propre Linux »

Gouvernement néerlandais — dépôt officiel du projet DAWO

Digitale Overheid — expérimentation de l’environnement numérique autonome dans les communes

Site officiel du projet DAWO