La dette publique française devrait atteindre 121,7 % du PIB en 2027, contre 119,3 % en 2026, selon les prévisions transmises par le gouvernement dans le cadre de la préparation du prochain budget. Malgré un objectif de réduction du déficit à 5 % du PIB, l’endettement continuerait ainsi sa progression. Le projet prévoit parallèlement une hausse du poids des prélèvements obligatoires et un ralentissement de la dépense publique.
La barre symbolique des 120 % du produit intérieur brut devrait être franchie. Selon les prévisions intégrées au projet de budget pour 2027, la dette publique française atteindrait 121,7 % du PIB l’année prochaine, après 119,3 % attendus en 2026.
Ces chiffres ont été communiqués par le ministère de l’Économie et des Finances dans le cadre de la préparation du projet de loi de finances, transmis vendredi 18 septembre au Haut Conseil des finances publiques.
Il s’agirait d’un nouveau sommet pour les finances publiques françaises. La progression apparaît d’autant plus spectaculaire lorsqu’elle est replacée sur le temps long : en 2010, le ratio de dette publique représentait environ 86 % du PIB.
En 2025, la dette s’établissait encore autour de 115,6 % du PIB. Elle devrait donc gagner plusieurs points en seulement deux ans.
Pourquoi la dette continue-t-elle d’augmenter ?
La mécanique tient principalement au maintien d’un déficit public élevé. Le gouvernement prévoit désormais un déficit équivalent à 5,4 % du PIB en 2026, avant un reflux à 5 % en 2027. Autrement dit, malgré l’amélioration recherchée l’année prochaine, les administrations publiques continueraient de dépenser sensiblement davantage qu’elles ne perçoivent de recettes.
Pour financer cette différence, l’État et les autres administrations concernées doivent continuer à emprunter.
À Bercy, on souligne que tant que le déficit reste suffisamment élevé, la dette exprimée en proportion de la richesse nationale continue mécaniquement de progresser.
Le contexte économique complique également l’équation. Le gouvernement a récemment ramené sa prévision de croissance française à 0,5 % pour 2026. Il table ensuite sur un rebond de 1 % en 2027. L’inflation est, elle, anticipée à 2,1 % en 2026 puis 1,8 % l’année suivante.
Une croissance relativement faible limite la vitesse à laquelle le PIB peut progresser et rend plus difficile la réduction du ratio d’endettement.
Les prélèvements obligatoires devraient encore augmenter
Le projet de budget comporte un autre chiffre sensible : celui des prélèvements obligatoires. Selon les données transmises par Bercy et rapportées par Le Monde, leur poids devrait passer de 43,9 % du PIB en 2026 à 44,2 % en 2027.
Cette progression interviendrait alors que le premier ministre Sébastien Lecornu a défendu un principe de « stabilité fiscale ».
Le projet ne prévoit toutefois pas, à ce stade, d’augmentation générale du taux de TVA ou du barème de l’impôt sur le revenu.
Le gouvernement envisage en revanche plusieurs mesures susceptibles d’accroître les recettes. Il compte notamment renforcer la lutte contre la fraude, avec l’objectif d’obtenir environ un milliard d’euros de recettes supplémentaires.
Certaines niches fiscales doivent également être examinées. Bercy a toutefois écarté plusieurs dispositifs importants de cette recherche d’économies fiscales, notamment le pacte Dutreil, utilisé pour la transmission d’entreprises, ainsi que le crédit d’impôt recherche et le crédit d’impôt pour l’emploi d’un salarié à domicile. Le détail des niches susceptibles d’être modifiées n’a pas encore été rendu public.
La surtaxe sur les grandes entreprises doit diminuer
Dans le même temps, le gouvernement entend réduire le rendement de la contribution exceptionnelle imposée aux grandes entreprises.
Cette surtaxe devrait être ramenée de 7,5 milliards à 5 milliards d’euros, selon les éléments du projet rapportés par Le Monde.
L’exécutif cherche ainsi à concilier deux objectifs qui ne vont pas spontanément dans le même sens : augmenter suffisamment les recettes publiques pour réduire le déficit tout en évitant une augmentation générale de la fiscalité susceptible de peser sur les ménages, les entreprises ou l’investissement.
La hausse du taux global de prélèvements obligatoires constituerait néanmoins, dans les projections gouvernementales, une composante importante du redressement budgétaire attendu en 2027.
Les dépenses publiques continueraient également de progresser
L’effort budgétaire ne signifie pas que les dépenses publiques vont diminuer en valeur. Selon les données du projet, la dépense publique nette progresserait encore de 0,7 % en 2027. Ce rythme serait cependant deux fois moins important que celui actuellement anticipé pour 2026, estimé à 1,4 %.
Rapportée au PIB, la dépense publique passerait ainsi de 57,1 % à 56,9 % de la richesse nationale.
Le gouvernement présente cette évolution comme un important effort de maîtrise des dépenses. La situation reste toutefois particulièrement contrainte par plusieurs postes dont le coût progresse indépendamment des arbitrages ordinaires des ministères.
La hausse des crédits militaires constitue l’un de ces postes. L’autre est la charge de la dette, c’est-à-dire les intérêts versés par la puissance publique à ses créanciers.
Le coût de la dette devient un problème budgétaire majeur
Avec l’augmentation de l’endettement et des taux auxquels la France se finance, les intérêts absorbent une part croissante des ressources publiques.
Une mission indépendante réunissant les économistes Xavier Jaravel, Xavier Ragot, Jean-Luc Tavernier et Natacha Valla, mandatée par Bercy et dont les conclusions ont été publiées en juillet, a alerté sur cette dynamique.
Selon leurs projections à politique inchangée, le déficit pourrait atteindre 5,9 % du PIB dès 2027 et approcher 7 % en 2030 en l’absence de mesures correctrices. La dette dépasserait alors 130 % du PIB à l’horizon 2030.
Les experts estiment également que la charge de la dette pourrait augmenter d’environ 10 milliards d’euros par an entre 2027 et 2030.
Ces projections ne correspondent pas au scénario retenu dans le projet de budget : elles illustrent ce qui pourrait se produire sans mesures nouvelles de redressement. Le gouvernement cherche précisément à modifier cette trajectoire.
54 milliards d’euros d’effort budgétaire
Selon Reuters, l’exécutif prépare un effort budgétaire d’environ 54 milliards d’euros pour 2027 afin de contenir la progression du déficit et de l’endettement.
La situation financière française suscite parallèlement une vigilance croissante sur les marchés obligataires. L’écart entre les taux d’emprunt français et allemands à dix ans, souvent utilisé comme indicateur de la perception du risque relatif entre les deux pays, a récemment dépassé un point de pourcentage, soit 100 points de base.
Ce niveau n’avait plus été observé depuis la crise des dettes souveraines de la zone euro au début des années 2010, selon Reuters.
Cette évolution ne signifie pas que la France se trouve dans la même situation que les pays qui avaient été au cœur de cette crise. Elle indique en revanche que les investisseurs demandent désormais une rémunération sensiblement supérieure pour détenir de la dette française plutôt que des obligations allemandes.
Une équation politique aussi difficile que budgétaire
Reste une inconnue déterminante : l’adoption du budget. Le gouvernement vise un déficit public de 5 % du PIB en 2027, après 5,4 % en 2026. Cet objectif a déjà été repoussé par rapport à la trajectoire précédemment envisagée.
Mais les chiffres présentés par Bercy constituent encore des prévisions et reposent sur l’adoption puis l’exécution effective des mesures contenues dans le budget.
Dans une Assemblée nationale politiquement fragmentée et à quelques mois de l’élection présidentielle de 2027, la recherche d’une majorité constitue une difficulté supplémentaire pour Sébastien Lecornu.
Le gouvernement doit donc résoudre une équation particulièrement serrée : réduire le déficit sans hausse généralisée des principaux impôts, contenir les dépenses malgré l’augmentation des besoins militaires et de la charge de la dette, et faire adopter son texte par le Parlement.
Même si cet objectif de déficit de 5 % était atteint en 2027, les projections de Bercy montrent que cela ne suffirait pas encore à interrompre la progression de l’endettement. Avec une dette attendue à 121,7 % du PIB, le redressement des finances publiques devrait ainsi rester l’un des dossiers économiques majeurs du prochain quinquennat.
Sources :
Le Monde, Denis Cosnard, « Budget : la dette publique française attendue à plus de 120 % du produit intérieur brut en 2027, un nouveau record », 19 septembre 2026.
Reuters, « French finance ministry expects record debt in 2026, reaching nearly 120% of GDP », 19 septembre 2026.
Reuters, « France plans €54 billion savings drive as protests grow », 17 septembre 2026.
Ministère de l’Économie et des Finances, actualisation des prévisions de croissance et d’inflation pour 2026 et 2027, 11 septembre 2026.
Ministère de l’Économie et des Finances, mission sur la transparence des finances publiques à l’horizon 2030, 15 juillet 2026.