« Connard de suprémaciste », appel à abandonner X et promesse de « détruire l’empire Bolloré » : à la Fête de l’Humanité, Sandrine Rousseau a choisi un registre particulièrement offensif et caricatural pour exposer sa vision des médias et des réseaux sociaux. Six jours plus tard, Elon Musk lui a répondu en la qualifiant de « traîtresse à la France », transformant la sortie de la députée écologiste en passe d’armes internationale.
La séquence n’aura finalement mis que quelques jours à traverser l’Atlantique. Le 12 septembre 2026, à la Fête de l’Humanité, Sandrine Rousseau participe à une rencontre consacrée notamment à la liberté de la presse et à la concentration des médias. La députée écologiste de Paris ne choisit alors ni l’euphémisme ni la prudence lorsqu’arrive le sujet du réseau social X et de son propriétaire, Elon Musk.
« Je rappelle que Twitter est tenu par Elon Musk, qu’Elon Musk est un connard de suprémaciste », lance-t-elle devant le public. La parlementaire développe ensuite son raisonnement : continuer à publier sur X reviendrait, selon elle, à renforcer l’importance de son propriétaire.
Son intervention ne s’arrête pas à cette attaque personnelle. Sandrine Rousseau appelle l’ensemble de la gauche à abandonner la plateforme. L’objectif affiché est de laisser ses adversaires politiques entre eux : « Si toute la gauche quitte ce réseau, alors on laisse l’extrême droite comme des poissons rouges dans un bocal qui se boufferont la tronche et que ce sera très bien comme ça. »
Le ton tranche avec le sujet initial du débat, consacré à la liberté de la presse. Il témoigne surtout de la rupture désormais assumée par une partie de la gauche française avec X, anciennement Twitter, depuis son rachat par Elon Musk en 2022.
Une intervention qui ne se limite pas à Elon Musk
La séquence complète permet cependant de comprendre que la charge contre X s’inscrit dans un discours plus général de Sandrine Rousseau sur les médias. La députée défend la nécessité de permettre aux journalistes de vivre de leur travail et met en cause le degré de concentration du secteur médiatique français.
Elle estime notamment que l’Arcom ne serait plus en mesure de remplir correctement son rôle face à la puissance des grands groupes, même si la fermeture de C8 serait plutôt de nature à démontrer le contraire. Elle a d’ailleurs utilisé une autre formule particulièrement spectaculaire : « Quand nous allons arriver au pouvoir en 2027, on détruira l’empire Bolloré. »
Cette déclaration vise les activités médiatiques liées au groupe de Vincent Bolloré, régulièrement critiquées à gauche dans le débat sur la concentration des médias. Mais le choix du verbe « détruire », prononcé par une parlementaire évoquant explicitement une future arrivée au pouvoir, donne à la déclaration une portée politique particulièrement forte.
Il ne s’agit donc pas seulement d’une saillie contre Elon Musk. Dans la même intervention, Sandrine Rousseau associe critique de la concentration médiatique, appel au départ collectif d’une plateforme et promesse d’action contre un ensemble médiatique privé.
« She is a traitor to France »
La vidéo finit par circuler sur X. Le 17 septembre, le compte French Carcan en diffuse un extrait mettant notamment en avant l’insulte adressée au milliardaire américain.
Elon Musk découvre la séquence et répond le lendemain. Pas de long argumentaire ni de débat sur la concentration des médias. Le propriétaire de X écrit simplement : « She is a traitor to France », soit « Elle est une traîtresse à la France ».
Sandrine Rousseau avait déjà quitté X
L’appel lancé à la Fête de l’Humanité n’est pas totalement nouveau dans le discours de Sandrine Rousseau. En janvier 2025, elle avait annoncé son départ de X lors d’un mouvement de migration de personnalités et d’organisations vers des plateformes concurrentes comme Bluesky et Mastodon.
La députée expliquait alors considérer X comme un « forum d’extrême droite » et un « outil de conquête du pouvoir ». À ses yeux, continuer à utiliser le réseau revenait donc à contribuer à son influence.
Son discours de septembre 2026 pousse cette logique un cran plus loin : ce n’est plus seulement son propre départ qu’elle défend, mais celui de l’ensemble de la gauche, avec l’idée explicite que ses adversaires politiques finiraient alors par se retrouver enfermés dans leur propre espace numérique. Cette conception de la liberté d’expression peut sembler étrange, voire dangereuse, d’autant plus que le groupe Bolloré, que l’on partage ses idées ou pas, à au moins le mérite d’être le seul groupe médiatique français à s’opposer clairement à la guerre et a accepté de donner la parole à une voix discordante comme Xenia Fedorova.
Cette stratégie pose en creux une question politique : faut-il abandonner une plateforme ou un média considéré comme hostile ou continuer à l’occuper précisément pour y contester les idées de ses adversaires ? Sandrine Rousseau tranche clairement pour la première option.
Elon Musk de plus en plus présente dans le débat français
La riposte de Musk ne constitue pas non plus un épisode isolé. Depuis plusieurs années, Elon Musk intervient régulièrement dans les débats politiques européens et français, souvent par la force des choses.
Elon Musk et sa plateforme X sont en effet dans le viseur de la justice française : une information judiciaire a été ouverte en mai 2026 concernant le fonctionnement de X, la gestion de certaines données et des contenus diffusés via Grok. La plateforme fait également l’objet d’enquêtes de la part de la Commission européenne de la contributrice de l’agenda 2030, Ursula von der Leyen au titre du Digital Services Act (DSA), notamment sur ses systèmes de recommandation et les risques liés à Grok.
Le cas Rousseau est d’autant plus notable que la formule de la « trahison contre la France » avait déjà été employée contre une autre responsable écologiste française, Marine Tondelier, en l’ocurence. Celle qui est citée comme intervenante à l’Académie des futurs leaders, visant à former des personnes engagées sur des causes de justice environnementale et sociale qui compte comme partenaire la Fondation Bill & Melinda Gates, le Columbia Global Center, membres du Forum économique mondial ou l’Ambassade des Etats-unis, avait proposé une suspension temporaire du réseau social X durant la campagne électorale, estimant que le fonctionnement du réseau social exercerait un impact permanent sur la vie démocratique.
Il se trouve justement que le nom de Sandrine Rousseau figure, également dans un document publié directement par l’Académie, intitulé Le programme de l’AFL. Dans la rubrique « Interventions de personnalités politiques », l’Académie cite explicitement Marine Tondelier et Sandrine Rousseau.
Elon Musk cible d’une cabale depuis le rachat de X
Depuis qu’il a repris Twitter pour en faire le royaume de la liberté d’expression, Elon Musk est la cible de l’élite mondialiste, qui régule les plateformes de réseaux sociaux. Les Nations unies, sous l’impulsion du contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial et membre du groupe Bilderberg, Antonio Guterres, ont par exemple mis en place les campagnes #NonàLaHaine et #Verified, qui sous prétexte de lutter contre l’infodémie et les messages haineux restraidraient la liberté d’expression, selon les défenseurs des libertés.
Dès le rachat de Twitter, Elon Musk avait du faire face à une cabale médiatique et avait même subi une campagne de boycott de la part du mouvement #StopHateForProfit, composé de neuf ONG dont l’ADL du contributeur de l’agenda 2030 Jonathan Greenblat et Color of Change, de la contributrice du FEM, Heather McGhee, qui enjoignait les multinationales bien souvent membres du FEM, comme Unilever, Coca-Cola ou Walt Disney à ne plus prendre de publicité sur ce réseau social.
Depuis les Twitter Files ont révélé l’existence d’une censure au sein de Twitter par l’équipe qui dirigeait le réseau social avant l’arrivée du miliardaire à l’encontre de certaines voix politiques, souvent de droite, et à l’encontre de scientifiques établis. Cela avait même valu aux anciens cadres de X de se faire réprimander à la chambre des représentants par des représentants Républicains qui leur avaient demander s’ils avaient des diplomes en matière de Santé leur permettant de justifier la censure de grands scientifiques diplômés des plus grandes universités américaines.
Les Twitter Files ont également révélé le Virality Project, une initiative de recherche lancée par l’université Stanford, membre du Forum économique mondial, qui selon le journaliste américain Matt Taibin, impliquait les services de Renseignement américain et qui aurait permis de gérer le narratif sur les réseaux sociaux durant la crise sanitaire, allant jusqu’à censurer de la véritable information scientifique.
L’ONG Civilization Works a également publié un rapport le 3 septembre 2025 intitulé, “comment la France a inventé le complex de censure industriel“, basé sur le volet Français des TwitterFiles. Elle accuse notre pays d’avoir mis en place un système de censure transnationale sur les réseaux sociaux via les règlements numériques européens, tels que le DSA. Un système de censure que seule le réseau d’Elon Musk contournerait en refusant de permettre à certains de déterminer ce qui est de la bonne ou de la mauvaise information, via la régulation.
Mais de cela les écologistes ne pipent mot. Au contraire, en janvier 2025, plusieurs élus dont Sandrine Rousseau, Marie Pochon, Charles Fournier et Damien Girard, avaient rejoint le mouvement #JeQuitteX. À Lyon, fief écologiste, de nombreuses personnalités politiques membre de ce parti tels que Grégory Doucet, Marie-Charlotte Garin ou Philippe Guelpa-Bonnaro avaient décidé de boycotter Twitter en quittant le réseau et parfois en le critiquant sur les réseaux.
Par ailleurs, nous avons tendance à douter de l’intérêt réel des écologistes pour la lutte contre l’hyperconcentration des média. À Lyon, nous avons régulièrement solliciter leurs élus afin de leur demander de financer des structures qui permettraient de soutenir les médias indépendants sans que cela ne les fassent réagir.
Ainsi, l’intérêt soudain et séléctif de Sandrine Rousseau contre l’hyperconcentration des médias, nous parait plus que douteux. Surtout l’utilisation d’expressions telles que « connard de suprémaciste », où la comparaison de l’extrême droite à des poissons dans un bocal, ne nous semble pas à la hauteur du débat initialement consacré à la liberté de la presse et au pluralisme médiatique.
Sources :
Le Parisien, 18 septembre 2026 : « C’est une traîtresse de la France : Elon Musk répond à Sandrine Rousseau, qui le qualifiait de connard de suprémaciste ».
Le Journal du Dimanche, 19 septembre 2026 : « Suprémaciste, traîtresse : vive passe d’armes entre Sandrine Rousseau et Elon Musk ».