Violences sexistes et sexuelles à Lyon : la Ville annonce un fonds d’urgence et prépare un plan municipal

La Ville de Lyon veut renforcer son dispositif de lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Réunis jeudi 17 septembre 2026 en commission générale, les élus lyonnais ont posé les bases d’un futur plan municipal transpartisan, attendu d’ici l’été 2027. En parallèle, le maire Grégory Doucet a annoncé plusieurs mesures immédiates, dont la création d’un fonds d’aide d’urgence aux victimes et le renforcement des capacités d’hébergement.

La lutte contre les violences sexistes et sexuelles doit franchir une nouvelle étape à Lyon. Jeudi 17 septembre 2026, la municipalité a réuni ses élus à l’Hôtel de Ville à l’occasion d’une commission générale entièrement consacrée aux VSS. Une séance présidée par le maire Grégory Doucet, aux côtés de Sylvie Tomic, adjointe déléguée aux droits et à l’égalité.

Habituellement organisée à huis clos, cette commission a exceptionnellement été rendue accessible en direct au public. Trois expertes, issues des champs universitaire, technique et juridique, sont intervenues afin d’éclairer les élus sur les mécanismes des violences sexistes et sexuelles, leurs conséquences et les moyens d’action dont disposent les collectivités locales.

Derrière cette initiative municipale se trouvent des chiffres qui donnent la mesure du phénomène. Selon l’enquête « Vécu et ressenti en matière de sécurité » du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI), 277 000 femmes majeures ont déclaré avoir été victimes de viols, tentatives de viol ou agressions sexuelles en 2023. Parmi elles, seules 7 % déclarent avoir déposé plainte. Les services de l’État précisent qu’il s’agit d’une estimation minimale, l’enquête ne couvrant notamment pas les personnes vivant en collectivité ou sans domicile fixe.

Un plan municipal attendu d’ici l’été 2027

Cette commission constitue la première étape d’un chantier politique appelé à se poursuivre dans les prochains mois. Grégory Doucet a annoncé la création prochaine d’un groupe de travail transpartisan réunissant des représentants de l’ensemble des groupes politiques du conseil municipal.

Associations et institutions partenaires doivent également être associées aux travaux. L’objectif annoncé est d’élaborer un plan municipal de lutte contre les violences sexistes et sexuelles, qui doit être soumis au vote du conseil municipal d’ici l’été 2027. La municipalité entend ainsi inscrire cette politique au-delà des appartenances partisanes et construire une doctrine commune à l’échelle de la ville.

« Les violences sexistes et sexuelles ne se combattent ni dans le silence, ni dans l’entre-soi », affirme Grégory Doucet dans le communiqué municipal. Le maire dit vouloir inscrire cette lutte « dans la durée » et mobiliser la ville au-delà des clivages politiques.

Des subventions municipales davantage conditionnées à la formation

Sans attendre la présentation du futur plan, la Ville annonce trois premières mesures.

La première touche directement le monde associatif lyonnais. Le conditionnement des subventions municipales à la formation contre les violences sexistes et sexuelles doit être étendu à l’ensemble des associations soutenues par la Ville. Les cadres de ces structures devront ainsi être formés à la prévention et à la lutte contre les VSS pour bénéficier des financements municipaux.

Le dispositif s’appuie sur une politique déjà appliquée dans le secteur sportif depuis 2024. D’après les données communiquées par la municipalité, 90 % des clubs financés ont déjà suivi cette formation obligatoire.

Un fonds d’urgence pour répondre aux besoins immédiats

Deuxième annonce : la création d’un fonds municipal d’aide d’urgence destiné aux victimes de violences.

Le principe est de pouvoir débloquer une aide pour des dépenses très concrètes, parfois déterminantes au moment de quitter une situation dangereuse. La Ville cite notamment le changement d’une serrure, des frais de garde d’enfants, des nuits d’hôtel ou encore un déménagement réalisé dans l’urgence.

Cette aide financière doit donc intervenir au moment où des contraintes matérielles peuvent compliquer la mise à l’abri ou la reconstruction des personnes victimes.

La troisième mesure concerne précisément l’hébergement d’urgence. La Ville met actuellement six appartements à disposition de l’association Le Mas afin d’accueillir des femmes victimes de violences, accompagnées ou non de leurs enfants. La municipalité annonce que cette capacité sera augmentée, sans préciser à ce stade le nombre de logements supplémentaires qui seront mobilisés.

Plusieurs dispositifs déjà déployés depuis 2020

Ces annonces viennent compléter une politique municipale engagée depuis 2020 autour de la prévention, de l’accompagnement des victimes, de la mise à l’abri, de la formation et de la sensibilisation.

Trois intervenantes sociales travaillent notamment en commissariat, avec un financement partagé à 50 % avec l’État. Selon la Ville, elles ont traité 1 502 situations en 2025. Des permanences gratuites, anonymes et sans rendez-vous sont également organisées avec VIFFIL dans les mairies des 3e, 7e, 8e et 9e arrondissements. Quelque 3 000 personnes y ont été reçues au cours de l’année 2025.

Deux Maisons de justice et du droit, implantées dans les 8e et 9e arrondissements, participent par ailleurs à l’accès aux droits et à l’aide aux victimes.

Autre dispositif désormais bien implanté dans la ville : le réseau « Demandez Angela ». Il regroupe, selon la municipalité, 400 lieux formés pour accueillir et écouter les personnes victimes de harcèlement ou celles qui ne se sentent pas en sécurité dans l’espace public.

545 personnes orientées vers la Maison des femmes en 2025

La Ville met également en avant son soutien à la Maison des femmes de Lyon, ouverte en septembre 2024. La structure propose une prise en charge pluridisciplinaire et vise notamment à faciliter le parcours médicojudiciaire des victimes. En 2025, 545 personnes y ont été orientées, selon les chiffres communiqués par la municipalité.

L’action passe aussi par les services municipaux eux-mêmes. Le plan d’égalité professionnelle 2026-2027 de la collectivité comporte un axe consacré à la prévention et à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Un dispositif de signalement et de traitement des violences est également prévu, accompagné de formations régulières destinées aux agents.

À cette architecture s’ajoutent des outils de prévention et d’information, comme la brochure « VSS, réagissons ! Brisons le silence » et le guide « Santé des femmes », dont plusieurs milliers d’exemplaires sont diffusés chaque année.

Enfin, l’Hôtel de Ville accueille chaque année un temps de sensibilisation autour du 25 novembre, Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, en partenariat avec Filactions. La collectivité apporte également son soutien au festival « Brisons le silence ».

Avec la commission générale du 17 septembre, la municipalité ouvre désormais une nouvelle séquence : celle de la construction d’un dispositif transpartisan appelé à rassembler ces différentes actions dans un plan municipal. Son contenu précis, son financement et les modalités de déploiement des nouvelles mesures devront être précisés au cours des prochains mois, avant le vote annoncé d’ici l’été 2027.

Sources :
Ville de Lyon – « Violences sexistes et sexuelles : Lyon franchit un cap »

Arrêtons les violences – chiffres de référence sur les violences faites aux femmes