Présidentielle 2027 : Marine Le Pen s’installe en tête dans un électorat français inquiet selon un sondage

À sept mois de l’élection présidentielle de 2027, Marine Le Pen aborde la campagne avec un niveau d’intentions de vote inédit, compris entre 33 % et 35 % selon les scénarios testés. Une vaste enquête électorale Ipsos BVA met également en évidence la solidité du socle de Jean-Luc Mélenchon, tandis qu’une large partie des Français interrogés exprime inquiétude, fatigue et volonté de changement politique.

La campagne présidentielle de 2027 commence à peine à prendre forme, mais les premiers rapports de force apparaissent déjà nettement. Marine Le Pen bénéficie d’une avance importante dans l’ensemble des configurations électorales étudiées par une enquête Ipsos BVA-CESI Ecole d’ingénieurs réalisée pour Le Monde, en partenariat avec le Cevipof, la Fondation Jean Jaurès et l’Institut Montaigne présidé par Henri de Castrie qui dirige également le groupe Bilderberg.

Menée du 3 au 9 septembre auprès de 13 060 personnes inscrites sur les listes électorales et représentatives de la population française majeure, l’étude teste six scénarios pour le premier tour. Pour les intentions de vote, les résultats portent sur les répondants certains de participer au scrutin et exprimant une préférence, soit environ 9 000 personnes selon les configurations.

Dans chacune d’entre elles, Marine Le Pen arrive en tête. La candidate du Rassemblement national recueille entre 33 % et 35 % des intentions de vote, avec une marge d’erreur annoncée de 0,9 point.

À ce stade, cette stabilité constitue l’un des enseignements majeurs de l’enquête. Les candidatures ne sont pourtant pas encore complètement stabilisées, particulièrement à gauche, tandis que l’équilibre du bloc central dépend fortement d’une éventuelle confrontation entre les young leaders Edouard Philippe et Gabriel Attal.

Marine Le Pen s’appuie sur un électorat particulièrement solide

Au-delà du niveau national obtenu par Marine Le Pen, la répartition par âge témoigne de transformations importantes du vote en faveur du RN.

La candidate réalise notamment une forte performance parmi les quinquagénaires, avec 43 % des intentions de vote. Elle atteint également environ 38 % auprès des quadragénaires comme des plus de 60 ans.

Cette dernière donnée est politiquement significative. Les retraités et les électeurs les plus âgés ont longtemps constitué l’un des principaux points de résistance électorale à l’extrême droite. L’enquête suggère que ce verrou historique s’est sensiblement affaibli.

La situation est différente parmi les plus jeunes. Chez les 18-34 ans, Jean-Luc Mélenchon arrive en première position. Marine Le Pen se rapproche toutefois de lui parmi les 25-34 ans, alors que son niveau demeure nettement inférieur à celui du candidat de La France insoumise chez les 18-24 ans.

Jean-Luc Mélenchon conserve lui aussi un socle stable

Si Marine Le Pen domine les différents scénarios, Jean-Luc Mélenchon dispose également d’une base électorale qui varie relativement peu en fonction de ses concurrents.

Le fondateur de La France insoumise obtient entre 15,5 % et 17 % des intentions de vote, avec une marge d’erreur de 0,7 point. Son niveau apparaît ainsi relativement résistant aux différentes hypothèses concernant les autres candidatures de gauche.

Cette stabilité le distingue notamment d’Edouard Philippe. L’ancien premier ministre recueille entre 14 % et 21 % des intentions de vote selon les configurations.

Son meilleur résultat intervient lorsqu’il n’est pas concurrencé par Gabriel Attal et qu’Olivier Faure représente le Parti socialiste. À l’inverse, lorsque Raphaël Glucksmann et Gabriel Attal sont simultanément présents, son socle électoral apparaît légèrement inférieur à celui de Jean-Luc Mélenchon.

La situation révèle ainsi une particularité du bloc central : son potentiel électoral demeure important, mais il dépend fortement de la configuration des candidatures.

Raphaël Glucksmann nettement devant Olivier Faure

À gauche, les résultats diffèrent considérablement selon la personnalité présentée pour représenter l’espace social-démocrate.

Raphaël Glucksmann, président de Place publique, recueille entre 11,5 % et 13,5 % des intentions de vote dans les scénarios où son nom est proposé. La marge d’erreur indiquée est de 0,6 point.

Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, se situe nettement plus bas, entre 4,5 % et 5,5 %, avec une marge d’erreur de 0,4 point.

Cette différence intervient à quelques semaines du premier tour de la primaire de la gauche socialiste, prévu à partir du 9 octobre.

Les autres candidatures de gauche testées restent également à des niveaux plus faibles. Marine Tondelier recueille entre 4 % et 5,5 % des intentions de vote, tandis que Fabien Roussel se situe entre 2,5 % et 3,5 %.

Attal et Philippe se disputent l’électorat central

L’incertitude reste également importante au centre. Lorsqu’il affronte directement Edouard Philippe, Gabriel Attal recueille entre 6 % et 7,5 % des intentions de vote.

En revanche, lorsque le secrétaire général de Renaissance devient l’unique candidat de cet espace politique, son score potentiel augmente sensiblement pour atteindre entre 13 % et 15,5 %.

La présence simultanée des deux hommes entraîne donc une dispersion importante de l’électorat issu de l’ancien bloc macroniste.

À droite, Bruno Retailleau, candidat des Républicains, obtient pour sa part entre 7 % et 10,5 % des intentions de vote selon les scénarios étudiés. Eric Zemmour, pour Reconquête, atteint au maximum 4,5 %.

La photographie électorale demeure néanmoins provisoire. À sept mois du scrutin, plusieurs candidatures restent susceptibles d’évoluer et une campagne présidentielle peut profondément modifier les intentions exprimées longtemps avant le vote.

Trois Français sur quatre anticipent une dégradation de la situation

L’enquête ne se limite pas aux intentions de vote. Elle décrit également l’état d’esprit particulièrement sombre d’une partie importante de l’électorat français.

Trois quarts des personnes interrogées pensent que la situation du pays va se détériorer dans les prochains mois. Cette anticipation pessimiste concerne également 67 % des 18-24 ans.

Lorsqu’ils doivent décrire leur état d’esprit, les répondants citent principalement l’inquiétude et l’incertitude. La fatigue et la colère occupent également une place importante et progressent par rapport aux mesures précédentes rapportées par l’enquête.

L’espoir est nettement moins présent : seuls 17 % des sondés choisissent ce terme pour caractériser leur état d’esprit.

Paradoxalement, ce pessimisme s’accompagne d’un intérêt élevé pour la prochaine présidentielle. Trois électeurs interrogés sur quatre déclarent déjà s’intéresser au scrutin, soit davantage qu’à des périodes comparables avant les élections présidentielles de 2017 et 2022. Par ailleurs, 67 % affirment être certains d’aller voter.

Une forte demande de changement politique

Plus de sept répondants sur dix souhaitent que l’élection présidentielle de 2027 débouche sur un véritable changement social et politique.

Cette aspiration est majoritaire dans pratiquement toutes les familles politiques étudiées. Les sympathisants de Renaissance font exception : 47 % privilégient l’idée d’un changement profond, tandis que 41 % préfèrent que la prochaine présidentielle permette avant tout d’« apaiser la France ».

Ces résultats dessinent un électorat à la fois mobilisé et profondément insatisfait de la situation du pays. Les préoccupations économiques arrivent d’ailleurs au premier rang des priorités exprimées, devant les questions sociales, environnementales et identitaires.

Dette, carburants et retraites au centre des préoccupations

La dette publique apparaît comme une préoccupation particulièrement consensuelle. Selon l’enquête, 84 % des personnes interrogées souhaitent qu’elle diminue.

Même parmi les sympathisants de Jean-Luc Mélenchon, 71 % se déclarent favorables à une réduction de la dette, alors que le dirigeant insoumis défend une ligne politique beaucoup plus offensive sur cette question.

Sur la fiscalité, près des trois quarts des sondés souhaitent une diminution des taxes sur les carburants. À l’inverse, aucune majorité ne se dégage en faveur d’une augmentation des prélèvements touchant directement les ménages. Concernant les entreprises, 46 % des personnes interrogées sont favorables à une hausse de l’impôt sur leurs bénéfices.

Le dossier des retraites demeure, lui, profondément clivant. Même l’électorat du RN apparaît divisé : 37 % de ses sympathisants souhaitent abaisser l’âge de départ, 39 % veulent le maintenir et 21 % préféreraient l’augmenter. Marine Le Pen continue pour sa part de défendre un retour de l’âge légal de départ à 62 ans.

Le vote LFI davantage rejeté que le vote RN

L’enquête révèle enfin une évolution notable dans la perception des électorats politiques.

Interrogés sur leur appréciation des personnes votant pour La France insoumise, 50 % des répondants déclarent ne pas les aimer du tout. La proportion tombe à 35 % lorsqu’il est question des électeurs du Rassemblement national.

Ce différentiel ne signifie toutefois pas que Marine Le Pen soit considérée comme politiquement plus modérée. Sur une échelle mesurant la radicalité des personnalités, elle obtient une note de 8,2 sur 10, contre 7,6 pour Jean-Luc Mélenchon.

Les personnalités associées au Parti socialiste apparaissent à l’autre extrémité de cette perception. Raphaël Glucksmann et Olivier Faure figurent parmi les responsables jugés les plus modérés, tandis que l’ancien président François Hollande est considéré comme le plus modéré des personnalités évaluées.

À sept mois du premier tour, l’enquête fait ainsi émerger un paysage politique polarisé. Marine Le Pen possède actuellement le socle électoral le plus important, Jean-Luc Mélenchon conserve une base stable et l’espace compris entre la gauche social-démocrate et la droite reste beaucoup plus dépendant des candidatures qui seront effectivement présentes.

Cette première photographie ne préjuge cependant pas du résultat de l’élection. Elle fournit surtout un point de départ pour mesurer les futurs déplacements de l’électorat à mesure que les candidatures, les programmes et les principaux thèmes de la campagne présidentielle se préciseront.

Sources :

Le Monde, Julie Carriat et Service infographie, « Enquête électorale présidentielle 2027 : Marine Le Pen entame la campagne sur un socle inédit au cœur d’un électorat inquiet et en colère », 13 septembre 2026.

Enquête électorale française Ipsos BVA-CESI Ecole d’ingénieurs pour Le Monde, en partenariat avec le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), la Fondation Jean Jaurès et l’Institut Montaigne, réalisée du 3 au 9 septembre 2026 auprès de 13 060 personnes inscrites sur les listes électorales.