Face à l’accélération spectaculaire de l’intelligence artificielle, l’ONU, membre du Forum économique mondial presse les gouvernements et les entreprises technologiques d’agir. Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, estime que les modèles d’IA les plus avancés font peser des risques inédits sur les droits fondamentaux, les infrastructures critiques et les institutions démocratiques.
Le développement fulgurant de l’intelligence artificielle ne peut plus, selon l’ONU, reposer essentiellement sur les décisions de quelques entreprises technologiques. Lundi 14 septembre, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a réclamé une mobilisation rapide des États et des acteurs privés afin d’établir un cadre international pour les systèmes d’IA les plus puissants.
Dans une déclaration rapportée par l’AFP et Le Figaro, le responsable onusien appelle gouvernements et entreprises à travailler au sein d’instances multilatérales afin de déterminer les règles susceptibles d’encadrer les modèles d’intelligence artificielle de pointe.
Au cœur de son avertissement figure la protection des droits humains. Selon Volker Türk, l’évolution actuelle de l’IA peut affecter un éventail particulièrement large de droits fondamentaux, allant de la vie privée à la santé et à la sécurité, mais également les droits à la vie et à l’alimentation.
Le Haut-Commissaire considère que l’humanité se trouve au seuil d’une transformation potentiellement irréversible, dont les conséquences pourraient également peser sur les générations futures.
Le pouvoir concentré entre quelques entreprises
L’une des préoccupations exprimées par Volker Türk porte sur la concentration du développement des technologies d’intelligence artificielle. Les systèmes les plus avancés sont aujourd’hui conçus et contrôlés par un nombre limité d’entreprises disposant des capacités financières, informatiques et scientifiques nécessaires à leur développement.
Une situation problématique aux yeux du Haut-Commissaire, qui regrette que les choix déterminants pour l’avenir de l’IA dépendent largement de quelques sociétés privées. Derrière la course aux performances se dessine ainsi une question de gouvernance mondiale : qui doit décider des limites imposées à des technologies susceptibles d’avoir des conséquences sur des milliards de personnes ?
Cette interrogation prend une dimension supplémentaire avec l’apparition de systèmes dits « agentiques ». Contrairement aux outils qui se contentent de répondre directement aux demandes d’un utilisateur, ces interfaces peuvent accomplir certaines tâches de manière autonome.
Pour Volker Türk, des défaillances impliquant ces technologies pourraient avoir des conséquences considérables. Elles seraient notamment susceptibles de perturber des services essentiels, les communications ou certaines infrastructures critiques, mais aussi de fragiliser le fonctionnement des institutions démocratiques.
Des infrastructures essentielles potentiellement exposées
L’alerte lancée par l’ONU ne concerne donc pas uniquement les usages individuels de l’intelligence artificielle. Le Haut-Commissaire évoque des scénarios dans lesquels des populations pourraient être confrontées à des interruptions touchant l’accès à l’eau potable, au chauffage ou encore aux services financiers.
Il souligne également les implications militaires du développement de systèmes autonomes. Selon lui, l’IA agentique contribue déjà à accroître la vitesse et l’ampleur des conflits armés, tandis que les mécanismes destinés à empêcher l’utilisation d’armes de destruction massive pourraient être progressivement fragilisés.
Volker Türk estime ainsi que la compétition internationale et industrielle pour produire des intelligences artificielles toujours plus puissantes constitue une rupture majeure, susceptible d’exposer de nombreux aspects de la société à des risques qu’il qualifie d’« existentiels ».
Le débat sur le ralentissement de l’IA gagne les États-Unis
L’intervention de l’ONU survient alors que le débat sur le rythme de développement de l’intelligence artificielle prend de l’ampleur aux États-Unis. D’après Le Figaro et l’AFP, plusieurs personnalités majeures de l’industrie technologique ont publiquement évoqué la nécessité de ralentir les avancées afin de mieux comprendre et maîtriser les nouvelles capacités des modèles.
Le patron d’Anthropic, Dario Amodei, proche du Forum économique mondial s’est ainsi prononcé en faveur d’une décélération du développement de l’IA. Cette position a reçu le soutien public de Sam Altman, dirigeant d’OpenAI également proche du WEF, ainsi que d’Elon Musk.
Le sujet déborde désormais largement des laboratoires et de la Silicon Valley. Donald Trump et plusieurs personnalités de son camp se sont, à l’inverse, opposés à l’idée d’un ralentissement. La question de l’intelligence artificielle s’est ainsi installée parmi les thèmes de la campagne américaine pour les élections législatives de mi-mandat.
Entre impératifs de compétitivité technologique, enjeux de souveraineté et risques liés à des systèmes toujours plus autonomes, la gouvernance de l’IA devient ainsi un dossier politique international. L’appel de Volker Türk vise précisément à déplacer une partie de ces décisions vers des mécanismes multilatéraux, afin que l’encadrement des technologies les plus puissantes ne dépende pas uniquement des entreprises qui les développent.
Sources :
Le Figaro avec AFP, « IA : l’ONU appelle à une “action urgente” face à des “risques sans précédent” », 14 septembre 2026 : https://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/ia-l-onu-appelle-a-une-action-urgente-face-a-des-risques-sans-precedent-20260914