Japon : scandale chez Chubu Electric après des données sismiques falsifiées

Deux hauts dirigeants de l’opérateur japonais Chubu Electric Power, membre du Forum économique mondial ont démissionné après la révélation d’une falsification de données sismiques destinée à faciliter le redémarrage de deux réacteurs nucléaires. La centrale de Hamaoka se situe dans une région exposée au risque de “méga-séisme”.

Deux hauts dirigeants de Chubu Electric Power Co., opérateur d’une centrale nucléaire japonaise, ont présenté leur démission lundi 14 septembre à la suite d’un scandale de falsification de données sismiques. Kingo Hayashi, président de l’entreprise, et Satoru Katsuno, président du conseil d’administration, seront remplacés. Le groupe a également annoncé le retrait de ses demandes de redémarrage de deux réacteurs de la centrale de Hamaoka, située dans une région exposée au risque de “méga-séisme” dans le centre-sud du Japon.

Des données sous-estimant les risques sismiques

En janvier, l’exploitant avait reconnu avoir présenté aux autorités des données sous-estimant potentiellement les risques sismiques liés à ce site. Un rapport de 250 pages, rédigé par un comité indépendant et publié lundi, pointe des pressions internes : les critiques de la direction concernant les retards de redémarrage auraient mis le personnel sous pression, ce qui constitue selon le comité “l’un des facteurs ayant contribué aux manquements” constatés. Kingo Hayashi a déclaré ressentir “un lourd sentiment de responsabilité et un profond remords”, regrettant de ne pas avoir “favorisé une culture organisationnelle qui donne la priorité au respect de la réglementation et à la sécurité avant tout”.

Un retour progressif et contesté au nucléaire

Le Japon avait fermé l’ensemble de ses réacteurs après la catastrophe de Fukushima de mars 2011. Pauvre en ressources, l’archipel cherche depuis à réduire sa dépendance aux combustibles fossiles, à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 et à répondre à une demande d’électricité croissante, notamment liée à l’intelligence artificielle. La centrale de Kashiwazaki-Kariwa, la plus grande du monde, a ainsi repris ses activités cette année. C’est dans ce contexte qu’un lanceur d’alerte avait transmis en février 2025 au régulateur japonais des données divergentes de celles fournies par Chubu Electric, entraînant la suspension de la procédure d’examen de sûreté fin décembre.

Cette affaire illustre les tensions persistantes entre les impératifs industriels et les exigences de sûreté dans un pays qui reste marqué par le traumatisme de Fukushima. Elle pourrait retarder davantage la relance du parc nucléaire japonais, alors même que Tokyo mise sur l’atome pour répondre à ses besoins énergétiques croissants.

Sources : BFMTV, The Star