Un nouveau bras de fer oppose Rima Hassan à la LICRA à quelques jours d’une audience judiciaire impliquant l’eurodéputée et le collectif identitaire Némésis. Alors que l’association antiraciste affirme qu’elle ne se constituera pas partie civile et ne soutiendra pas Némésis à l’audience, Rima Hassan a diffusé un document judiciaire dans lequel la LICRA apparaît sous la mention « victime ». Une différence de qualification qui nourrit désormais une vive controverse politique et juridique.
La passe d’armes entre Rima Hassan et la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme a connu un nouvel épisode dimanche 13 septembre. L’eurodéputée de La France insoumise a interpellé publiquement la LICRA en diffusant la capture d’écran d’un document présenté comme provenant de la procédure judiciaire.
« Si vous n’êtes pas constitué, il faudra nous expliquer comment vous pouvez figurer dans la liste des victimes aux côtés du collectif d’extrême droite Némésis et recevoir une convocation à l’audience », écrit-elle.
Sur l’extrait diffusé, la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme apparaît effectivement sous une rubrique « VICTIME », avec la mention de son avocate, Me Galina Elbaz, du barreau de Paris.
Si vous n'êtes pas constitué, il faudra nous expliquer comment vous pouvez figurer dans la liste des victimes aux côtés du collectif d’extrême droite némésis et recevoir une convocation à l’audience. https://t.co/UxLm4kJujJ pic.twitter.com/vuHmuzyMfM
— Rima Hassan (@RimaHas) September 13, 2026
La publication répond directement à un message diffusé quelques heures auparavant par la LICRA. L’association contestait alors l’affirmation de Rima Hassan selon laquelle elle devait se retrouver, le 16 septembre, « aux côtés et en soutien » de Némésis.
La nuance est importante. Figurer dans une procédure comme victime et se constituer partie civile ne sont pas nécessairement synonymes. En l’état des éléments publiquement accessibles, le document diffusé permet de constater la première mention, mais ne suffit pas à établir à lui seul une constitution de partie civile. C’est précisément autour de cette distinction que se cristallise désormais l’affrontement.
La LICRA assure qu’elle ne soutiendra pas Némésis
Face aux accusations de l’eurodéputée, la LICRA a opposé un démenti catégorique. Elle affirme ne pas avoir l’intention de se constituer partie civile dans ce dossier et annonce qu’elle ne sera pas présente à l’audience pour soutenir Némésis.
« La Licra n’entend évidemment pas se constituer partie civile dans le dossier que vous évoquez. Nous ne serons donc pas à l’audience pour soutenir le groupuscule d’extrême droite Némésis, contrairement à ce que vous essayez de faire croire », a déclaré l’organisation sur X.
L’association a également accusé Rima Hassan de « calomnie », tout en précisant qu’elle serait bien partie civile dans d’autres dossiers concernant l’eurodéputée.
C’est cette réponse qui a provoqué la nouvelle publication de Rima Hassan. Pour l’élue insoumise, l’apparition de la LICRA dans la liste des victimes et l’existence d’une convocation à l’audience entrent en contradiction avec la distance revendiquée par l’association vis-à-vis de Némésis.
À ce stade, les deux camps ne parlent toutefois pas exactement de la même chose : Rima Hassan insiste sur le statut de « victime » figurant sur le document qu’elle a publié, tandis que la LICRA dément une démarche juridique précise, celle de se constituer partie civile et de venir soutenir Némésis devant le tribunal.
Une audience liée à un carrousel publié sur Instagram
L’affaire trouve son origine dans une publication diffusée sur Instagram. Rima Hassan avait accepté une collaboration autour d’un carrousel de photographies provenant d’un collectif étudiant de Paris 1, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes.
L’une des images montrait un collage comportant la formule « dissoudre Némésis à l’acide ».
Selon la version donnée par l’eurodéputée, elle n’avait pas remarqué cette dernière photographie au moment de la publication et avait demandé son retrait après avoir été alertée. Elle indique également avoir fourni aux enquêteurs sa conversation avec le collectif étudiant.
L’existence de cette procédure est documentée par Le Monde. Le quotidien rapportait le 27 août 2026 que Rima Hassan avait été entendue à propos de cette publication et que le parquet avait renvoyé l’affaire devant le tribunal pour une audience prévue le 16 septembre. Les qualifications mentionnées sont notamment la « provocation publique et directe non suivie d’effet à commettre un crime ou un délit ».
Cette audience doit donc intervenir dans un contexte particulièrement tendu, désormais alimenté par le différend entre la LICRA et l’eurodéputée.
Les subventions publiques de la LICRA également mises en cause
Rima Hassan a parallèlement déplacé la polémique sur le terrain du financement public de la LICRA. Dans son message initial, elle souligne que l’association reçoit plusieurs centaines de milliers d’euros de subventions et l’accuse d’un « mandat trompeur », dans une critique plus générale de son positionnement politique.
Sur le montant des financements, les comptes de la LICRA permettent de confirmer une partie des chiffres avancés. Dans son rapport financier 2024, l’association indique avoir reçu 520 000 euros de la DILCRAH pour financer ses actions de terrain. Le même document fait état de 110 000 euros provenant du ministère de l’Éducation nationale et de 30 000 euros du ministère de l’Enseignement supérieur.
La LICRA reconnaît elle-même dans ce rapport que les subventions publiques demeurent « la principale source de financement » de son modèle économique.
Ces données financières sont donc documentées. En revanche, les accusations formulées par Rima Hassan concernant l’utilisation politique de ces fonds relèvent de son appréciation et ne peuvent être présentées comme un fait établi.
Un conflit politique et judiciaire déjà ancien
Cette nouvelle séquence ne surgit pas dans un désert. Les relations entre Rima Hassan et la LICRA sont depuis longtemps extrêmement conflictuelles, particulièrement autour des prises de position de l’eurodéputée sur Israël, Gaza et la Palestine.
La judiciarisation occupe une place importante dans ce bras de fer. Dans une enquête publiée fin août, Le Monde faisait état de nombreuses plaintes visant l’élue et de plusieurs procédures liées à ses publications sur les réseaux sociaux.
La LICRA prévient d’ailleurs explicitement Rima Hassan que, si elle affirme ne pas se constituer partie civile dans l’affaire impliquant Némésis, elle le sera dans « d’autres dossiers » concernant l’élue.
La bataille se joue donc simultanément devant les tribunaux et sur les réseaux sociaux, où chaque document et chaque formulation sont immédiatement disséqués. La publication de la mention « victime » ne tranche pas, à elle seule, la question juridique de la constitution de partie civile. Elle crée néanmoins une interrogation à laquelle la LICRA oppose pour l’heure une réponse claire : elle assure qu’elle ne sera pas présente le 16 septembre pour soutenir Némésis.
L’audience devrait permettre de préciser la place effective des différents protagonistes dans cette procédure et de distinguer plus nettement leur statut procédural des interprétations politiques qui en sont faites.
Sources :
Le Monde, « Rima Hassan : des centaines de tweets, des dizaines de plaintes et un procès pour “apologie du terrorisme” », 27 août 2026.
LICRA, Rapport financier du trésorier 2024.
Publications des comptes X de Rima Hassan et de la LICRA des 12 et 13 septembre 2026, reprises dans les sources publiques consultées.