Tourisme israélien en Thaïlande : l’ambassadrice entre aveu et riposte

L’ambassadrice d’Israël en Thaïlande, Alona Fisher-Kamm, reconnaît dans un entretien à Thai PBS World que des ressortissants israéliens ont commis des actes illégaux dans le royaume. Elle dénonce dans le même mouvement une campagne de fausses informations attribuant à des Israéliens des faits qui n’ont pas eu lieu. Deux fronts, une même journée de manifestation devant son ambassade.

L’entretien a été accordé à Thai PBS World le jour même où des manifestants se rassemblaient devant l’ambassade d’Israël à Bangkok. Alona Fisher-Kamm ne conteste pas la matérialité des faits qui alimentent l’agacement thaïlandais.

Elle reconnaît que des touristes israéliens se sont comportés de manière inappropriée ou illégale et indique travailler avec les autorités thaïlandaises. Des campagnes de sensibilisation ont été lancées en Israël et en Thaïlande pour rappeler les lois locales et les sensibilités culturelles. « Les Israeliens ne sont pas différents des autres touristes », dit-elle, tout en reconnaissant qu’un écart culturel important sépare les deux sociétés.

Elle précise avoir échangé avec les autorités thaïlandaises, dont le gouverneur de Surat Thani, province dont dépendent les îles de Koh Samui et de Koh Pha-ngan où une part importante des incidents a été recensée. L’ambassade, affirme-t-elle, ne cherche pas à protéger les ressortissants qui enfreignent la loi.

Le magasin qui n’existe pas

Le second volet de son argumentaire porte sur ce qu’elle qualifie de campagne de désinformation sur les réseaux sociaux : des faits commis par d’autres touristes attribués à des Israéliens, et des incidents qui n’auraient jamais eu lieu.

Elle donne un exemple précis. Une image a circulé, montrant prétendument un commerce tenu par un juif avec un panneau interdisant l’entrée aux Thaïlandais. Selon l’ambassadrice, ni le commerce ni le panneau n’existent, et elle invite les journalistes à le vérifier eux-mêmes. Elle cite également des cas où des touristes ont été identifiés à tort comme israéliens, les rapports de police établissant ensuite le contraire.

« Ces sont des cas de mésinformations voire de fausses informations », résume-t-elle. Interrogée sur la ligne de partage entre désinformation et critique légitime, elle répond par un mot : la vérité.

La ligne rouge et la ligne floue

L’ambassadrice ne considère pas l’antisémitisme comme un phénomène établi en Thaïlande, mais plutôt comme quelque chose d’importé d’autres pays. Elle admet le principe de la critique : « Tout le monde a le droit de critiquer la politique d’Israël, tout comme nous avons le droit de critiquer la politique de n’importe quel autre pays au monde.»

Elle place ensuite une limite : contester le droit d’Israël à exister comme État juif, ou appeler à sa destruction, sort selon elle du cadre. C’est la position officielle israélienne, énoncée ici sans détour.

Cette architecture argumentative appelle une remarque. Reconnaître des faits avérés tout en disqualifiant leur amplification est un exercice défendable, mais il suppose que la frontière entre les deux soit établie par des tiers vérifiables. L’ambassadrice invite d’ailleurs explicitement les journalistes à mener leurs propres vérifications, ce qui est la bonne réponse à une controverse de cette nature.

Les pancartes du jour

Interrogée sur le rassemblement organisé le même jour devant son ambassade, elle indique avoir vu les pancartes et entendu une partie des discours. Selon elle, la plupart des slogans visaient Israël et les États-Unis plus que les touristes israéliens eux-mêmes. « Je n’ai pas constaté beaucoup de ressentiment à l’égard des touristes israéliens. », déclare-t-elle, en disant y voir plusieurs points d’interrogation.

L’objectif affiché reste inchangé. « Notre objectif n’est pas de réduire le nombre de touristes israéliens ici. Au contraire, il s’agit de promouvoir le tourisme. Ce tourisme doit toutefois être responsable.. »

La Thaïlande accueille chaque année plusieurs dizaines de millions de visiteurs, et le tourisme pèse lourdement dans son économie. C’est ce qui donne à ce contentieux sa dimension politique : il ne porte pas seulement sur des comportements, il porte sur ce que le pays accepte en échange de ce qu’il encaisse.

Le dossier réunit deux réalités que l’on gagne à ne pas confondre : des délits documentés d’un côté, une amplification numérique de l’autre. Distinguer les deux relève du travail journalistique, pas de la diplomatie. L’ambassadrice a eu raison sur un point au moins : il faut aller vérifier.


Source : Thai PBS World – https://www.thaipbsworld.com/world/557746