Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a averti CNews que des poursuites pénales pourraient être engagées si Xenia Fedorova, ex-dirigeante de RT France sous le coup d’un arrêté d’expulsion, revenait à l’antenne – y compris à distance, depuis l’étranger. L’avertissement, adressé à l’Arcom, relance un bras de fer juridique entre la place Beauvau et la chaîne d’information de Canal+.
Laurent Nuñez a adressé un courrier à l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) pour prévenir qu’un retour à l’antenne de Xenia Fedorova, même à distance, constituerait un « contournement » des mesures prises à son encontre. Le ministre de l’Intérieur y évoque le risque de « faciliter les actions d’ingérences qui lui sont reprochées » et prévient des « poursuites pénales qui pourront être engagées » en cas de récidive à l’écran.
Qui est Xenia Fedorova ?
L’ancienne directrice de RT France, média d’Etat russe dissous après l’invasion de l’Ukraine, fait l’objet depuis juillet 2026 d’un arrêté d’expulsion du territoire français. Le gouvernement justifie cette mesure par un « comportement porte atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État ». Ses avoirs ont par ailleurs été gelés pour six mois, au titre du code monétaire et financier. Xenia Fedorova se trouve aujourd’hui à l’étranger, sa localisation exacte n’étant pas connue publiquement.
CNews et l’avocat de Fedorova contestent la lecture du ministère
Sur le plateau de CNews, un présentateur a affirmé que « Xenia Fedorova n’est pas empêchée d’intervenir à distance », en s’appuyant sur une analyse juridique des services de Canal+. De son côté, l’intéressée a réagi sur les réseaux sociaux, affirmant que le ministère de l’Intérieur aurait lui-même reconnu, devant le tribunal administratif, qu’elle « pouvait continuer à intervenir à distance dans les médias français ». Son avocat, Emmanuel Piwnica, réclame désormais une position écrite et sans ambiguïté du ministre.
Un bras de fer entre régulation et liberté d’antenne
L’épisode dépasse le seul cas Fedorova : il interroge la frontière entre lutte contre l’ingérence étrangère et liberté éditoriale d’une chaîne privée. L’Arcom, destinataire de la mise en garde ministérielle, se retrouve en position d’arbitre d’un dossier où se mêlent diplomatie, droit de la presse et contentieux administratif en cours.
A distance ou pas, l’antenne, elle, reste allumée. Reste à savoir qui, de la place Beauvau ou du siège de Canal+, aura le dernier mot.