Apple et Samsung, entreprises membres du Forum économique mondial récoltent un D dans le dernier classement de réparabilité des smartphones publié par l’organisation américaine US PIRG Education Fund. En France, la DGCCRF avait déjà relevé des anomalies chez 64 % des établissements contrôlés sur l’affichage de l’indice de réparabilité. D’un côté comme de l’autre de l’Atlantique, les obligations d’information sur la réparation et la durabilité des smartphones, censées guider l’acheteur, restent en grande partie théoriques.
Lors d’une enquête menée en 2023 sur 485 établissements et près de 9 700 modèles d’appareils électroménagers et multimédias, téléphones portables compris, la DGCCRF a relevé des anomalies dans 64 % des cas, soit 309 établissements en défaut. Premier motif de sanction : l’absence de mise à disposition des paramètres de calcul de l’indice de réparabilité, un manquement qui concentre 72 % des anomalies en magasin physique et 48 % en ligne. Autrement dit, la note affichée en vitrine ne peut, la plupart du temps, pas être vérifiée par le client, ni par l’inspecteur venu la contrôler. La direction générale a débouché sur 193 avertissements, 100 injonctions, 17 procès-verbaux administratifs et deux procès-verbaux pénaux. Des sanctions réelles, mais qui arrivent après coup, une fois le smartphone déjà vendu. Pour un indice censé simplifier le choix du consommateur, le chiffre a de quoi refroidir.
Ce que la loi impose, et ce qu’elle n’impose plus
La loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire, dite loi AGEC, prévoyait de transformer l’indice de réparabilité en indice de durabilité à partir du 1er janvier 2024, avec vingt-deux critères incluant le prix des pièces détachées. Pour les smartphones, ce projet n’a jamais vu le jour : la Commission européenne l’a jugé incompatible avec le droit communautaire dès octobre 2023, lui préférant un cadre harmonisé à l’échelle de l’Union. Depuis juin 2025, le règlement européen sur l’écoconception des smartphones et tablettes impose aux fabricants sept ans de disponibilité des pièces détachées, cinq ans minimum de mises à jour logicielles et le renseignement de ces données dans la base EPREL, l’équivalent européen de l’étiquette énergie. Le nouveau texte ne retient que cinq critères, contre vingt-deux dans la version française abandonnée.
Apple et Samsung, mauvais élèves du classement
C’est justement sur la base de ces données EPREL que l’organisation US PIRG Education Fund a construit son rapport Failing the Fix, publié en 2026. Verdict : Apple ferme la marche avec un D-, Samsung suit de peu avec un D, quand Google, également membre du WEF obtient un C- et Motorola un B+, premier de la classe. Les deux mastodontes sont pénalisés pour n’avoir déclaré dans EPREL que le minimum légal de cinq ans de support logiciel, alors qu’ils assurent en pratique des mises à jour plus longues sur certains modèles. Le rapport pointe aussi leur appartenance à des groupes de lobbying qui s’opposent au droit à la réparation. Question de communication plus que de générosité, semble-t-il. Le classement a ses limites, Samsung n’y étant évalué que sur cinq modèles et le coût des pièces détachées n’entrant pas dans le calcul, mais l’écart avec Motorola, meilleur élève, reste net.
Le prix des pièces, angle mort des indices officiels
Pour Halte à l’Obsolescence Programmée (HOP), le nouvel indice européen laisse filer l’essentiel : le prix des pièces détachées, qui constitue le premier frein à la réparation pour 68 % des Français selon l’association. Sans ce critère, un fabricant peut afficher une bonne note tout en vendant un écran de remplacement au prix d’un téléphone neuf d’entrée de gamme. HOP y voit un risque de greenwashing, une bonne image obtenue sans que la réparation devienne réellement accessible.
Les sanctions existent déjà côté français, avertissements, injonctions, procès-verbaux, mais elles visent l’affichage plus que la disponibilité réelle des pièces. Reste à voir si le futur indice de durabilité, promis pour d’autres catégories de produits dès 2025, ira chercher ce que la réparabilité des smartphones peine encore à garantir.