Clément Beaune, ex-ministre Renaissance, coauteur avec Philippe Grangeon de l'appel à une coalition anti-RN pour la présidentielle 2027

Coalition anti-RN : deux macronistes historiques écartent LR pour 2027

Philippe Grangeon, ancien conseiller spécial d’Emmanuel Macron, et Clément Beaune, ex-ministre Renaissance, appellent à bâtir une coalition anti-RN 2027 allant de Raphaël Glucksmann à Xavier Bertrand. Leur texte, publié le 7 septembre 2026 dans Le Monde, exclut explicitement Les Républicains et leur président Bruno Retailleau.

Pas de circonlocution. Philippe Grangeon et Clément Beaune l’écrivent noir sur blanc dans les colonnes du Monde : il faut, selon eux, une coalition capable de battre le Rassemblement national dès le premier tour de la présidentielle 2027. Grangeon a construit une partie de la stratégie électorale d’Emmanuel Macron en 2017. Beaune a occupé deux portefeuilles ministériels, aux Affaires européennes puis aux Transports, sous trois premiers ministres différents. À eux deux, ils pèsent dans un camp présidentiel resté fragmenté à moins d’un an du scrutin.

Leur diagnostic tient en une phrase. Le Rassemblement national reste, sondage après sondage, en tête des intentions de vote. Empêcher sa qualification suppose, selon les deux macronistes, de dépasser les clivages de 2022 plutôt que de les reconduire à l’identique. Cette lecture n’est pas neuve dans le camp présidentiel, mais elle prend un relief particulier venant de deux hommes qui ont occupé des postes clés sous Emmanuel Macron sans jamais partager la même sensibilité politique.

De Glucksmann à Bertrand, un attelage inédit

Le périmètre dessiné par Grangeon et Beaune est large. Il irait de Raphaël Glucksmann, eurodéputé social-démocrate proche du Parti socialiste et gendre de Ghassan Salamé, proche du Forum économique mondial, à Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France issu de la droite républicaine et franc-maçon. Entre les deux, l’ensemble de l’espace centriste et social-libéral serait appelé à se ranger derrière une candidature unique dès le premier tour.

Clément Beaune avait posé les termes du débat quelques semaines plus tôt, plaidant pour un candidat unique de la gauche républicaine jusqu’à la droite modérée. La tribune cosignée avec Grangeon en précise désormais le contour, en écartant frontalement Les Républicains.

Pourquoi Les Républicains restent à la porte

Cette exclusion n’a rien d’un oubli de dernière minute. Le parti est présidé par Bruno Retailleau, dont la ligne s’est construite sur une droite dure et sur le refus de tout ralliement. Interrogé par Europe1, l’intéressé a lui-même fermé la porte à « tout ralliement politique » avec le camp présidentiel, tout en maintenant ses distances avec le Rassemblement national.

Face à ce double refus, adressé à Renaissance comme au Rassemblement national, Grangeon et Beaune tirent une conclusion simple. Une coalition sans LR vaut mieux qu’une coalition qui ne se formera jamais.

Une présidentielle déjà disputée dans les sondages

Les enquêtes d’opinion publiées cet été éclairent l’urgence ressentie par les deux macronistes. Un sondage Odoxa cité par Public Sénat plaçait Jordan Bardella largement en tête des intentions de vote. Jean-Luc Mélenchon et Édouard Philippe se disputaient, selon la même enquête, la seconde place qualificative pour le second tour.

Dans cette configuration, la stratégie de Grangeon et Beaune revient à parier sur un second tour opposant le Rassemblement national à une figure centriste, en tentant d’y agréger Glucksmann à gauche et Bertrand à droite. Reste à savoir si les principaux intéressés valideront un scénario construit, pour l’heure, sans leur aval, et si les électorats respectifs de Glucksmann et de Bertrand accepteraient de converger derrière un même nom.

Silence des principaux concernés

Aucune réaction officielle de Raphaël Glucksmann ni de Xavier Bertrand n’était disponible lundi matin. Le Rassemblement national n’a pas davantage commenté cette tribune, qui vise pourtant de front sa stratégie de dédiabolisation.

La proposition de Philippe Grangeon et Clément Beaune ne vaut, pour l’heure, que comme prise de position. Elle ne lie ni Raphaël Glucksmann ni Xavier Bertrand, et elle place Bruno Retailleau devant un choix qu’il a déjà tranché en le refusant. Reste quelques mois avant le premier tour pour transformer cet appel en candidature commune, ou pour l’enterrer avec les autres tentatives d’union de la présidentielle 2027.


Source : Le Monde – Présidentielle 2027 : deux macronistes historiques appellent à une vaste coalition contre le RN, sans LR