Panache de fumée de feux de forêt traversant l'Atlantique et atteignant l'Europe, image satellite MODIS de la NASA

Fumées des mégafeux : au moins 100 000 morts par an

Les fumées des mégafeux tuent au moins 100 000 personnes chaque année dans le monde, selon un bulletin de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) publié ce 7 septembre 2026. Les événements extrêmes de fumée ont triplé depuis les années 1990, et les modèles classiques sous-estimeraient la mortalité réelle de 93 %.

L’OMM date sa mesure : entre 2010 et 2018, les événements extrêmes de fumée de feu de forêt ont provoqué au moins 100 000 décès supplémentaires par an à l’échelle mondiale. Le chiffre agrège plusieurs continents, plusieurs types de forêts, plusieurs intensités d’incendie. Il ne dit rien des dix dernières années, période où les feux ont continué de grossir.

L’agence onusienne va plus loin. Les modèles classiques de calcul de la mortalité liée à la pollution de l’air, ceux qui mesurent la concentration totale de particules fines sans distinguer leur origine, sous-estimeraient de 93 % la mortalité réellement attribuable aux fumées de feux de forêt. Un écart énorme, qui change la nature du problème : ce n’est plus une pollution atmosphérique parmi d’autres, c’est une catégorie à part, largement invisible dans les statistiques de santé publique officielles.

Pourquoi ces particules sont pires que les autres

La chimie de la combustion végétale explique l’écart. Les fumées de feux de forêt sont composées de particules fines PM2,5, des microparticules de moins de 2,5 micromètres de diamètre. Suffisamment petites pour traverser la barrière pulmonaire et passer directement dans le sang.

Ces particules, selon l’OMM, sont “beaucoup plus toxiques” que celles issues d’autres sources de pollution, y compris les gaz d’échappement automobiles. S’y ajoute l’ozone au niveau du sol, généré par les réactions chimiques entre les fumées et le rayonnement solaire, responsable à lui seul de dizaines de milliers de décès prématurés supplémentaires chaque année. Deux mécanismes, un seul phénomène climatique en amont.

Des feux qui ont triplé depuis les années 1990

Le constat sanitaire ne tombe pas du ciel. Les événements extrêmes de fumée de feu de forêt ont triplé à l’échelle mondiale depuis les années 1990, selon les données de l’OMM. La France en a fait l’expérience cet été : l’incendie de la forêt des Landes, en Gironde, a été le plus vaste feu de forêt sur le territoire depuis 1949.

Ce genre d’épisode n’est plus l’exception qui confirme la règle. Il devient la donnée de référence pour calibrer les politiques de santé publique, encore construites sur des seuils de pollution atmosphérique pensés avant que les mégafeux ne deviennent récurrents sous l’effet du changement climatique.

Qualité de l’air et climat, un seul dossier

Lorenzo Labrador, responsable du programme de surveillance de l’atmosphère de l’OMM (Global Atmosphere Watch), résume l’enjeu politique en une phrase : la qualité de l’air et le changement climatique “ne peuvent pas être traités séparément”. Deux administrations, deux calendriers, un seul phénomène.

L’OMM appelle à des politiques coordonnées entre lutte climatique et surveillance sanitaire, plutôt qu’à des réponses cloisonnées ministère par ministère. Un chantier institutionnel de plus, pendant que les feux, eux, n’attendent pas les arbitrages. La saisonnalité des incendies s’allonge année après année, et avec elle la fenêtre d’exposition des populations aux fumées.

Le prochain bulletin de l’OMM sortira dans un an. D’ici là, aucune trêve n’est annoncée du côté des forêts, et la facture sanitaire continuera de s’écrire loin des radars officiels.


Source : Le Monde – https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/09/07/les-fumees-toxiques-des-megafeux-de-foret-a-l-origine-d-au-moins-100-000-morts-par-an-dans-le-monde_6767765_3244.html