Le procès Aramburu s’est ouvert lundi 7 septembre devant la cour d’assises de Paris, quatre ans et demi après la mort de l’ancien international argentin Federico Martin Aramburu, abattu de plusieurs balles boulevard Saint-Germain. Quatre personnes comparaissent, dont deux anciens sympathisants du GUD renvoyés pour assassinat et tentative d’assassinat. Le verdict est attendu le 25 septembre.
Il est un peu plus de 5 heures du matin, le 19 mars 2022. Federico Martin Aramburu, 42 ans, ancien international argentin et ex-joueur puis président du Biarritz Olympique, boit un dernier verre à la terrasse d’une brasserie du quartier Latin, en compagnie de son ami Shaun Hegarty. Un homme lui tapote la tête. Aramburu le plaque au sol, se relève, s’en va. Mauvaise idée. Le groupe le poursuit en voiture le long du boulevard Saint-Germain, quelqu’un lance “je vais le tuer”, et la nuit bascule. Dix coups de feu partent en moins de 48 secondes. Loïk Le Priol en tire six, dont deux dans le dos de sa victime, mortels. Romain Bouvier en tire quatre, sans toucher personne. Aramburu s’effondre sur le trottoir. Ses obsèques, quelques jours plus tard à Biarritz, rassemblent tout le monde du rugby autour de sa famille.
Deux ex-GUD, un culte de la virilité
Loïk Le Priol, 32 ans, a porté l’uniforme pendant cinq ans au sein des forces spéciales de la Marine, engagé sur les théâtres Serval et Barkhane, avant d’être radié en 2017 pour des violences commises à Djibouti contre une femme. Un ancien enseignant se souvient d’un élève “un peu suffisant, très sûr de lui, et un peu facho”. En 2016, il lance une marque de vêtements, Babtou solide, censée valoriser “les gens qui sont virils”. Il fréquente la mouvance identitaire mais réfute l’étiquette GUD, alors qu’il a déjà été condamné à trois ans de prison pour des violences contre Édouard Klein, l’ancien chef du groupuscule. Romain Bouvier, 35 ans, ex-étudiant en droit à Assas, animait un cercle de lecture autour de Louis-Ferdinand Céline et pratiquait le tir sportif. Il a lui aussi fréquenté le GUD, six mois durant, et écopé de deux ans ferme pour des violences contre Klein. Pour Le Priol, il voue une admiration qui confine à la fraternité. Le GUD lui-même n’existe plus : le gouvernement a dissous le groupuscule par décret le 26 juin 2024, deux ans après les faits.
La compagne au volant, la fuite organisée
Lyson R., ex-étudiante en psychologie et compagne de Le Priol depuis cinq ans, conduisait la Jeep qui a servi à la traque. Un témoin la décrit cette nuit-là “très maîtrisée et contrôlée”. Une amie livre un autre son de cloche, évoquant une emprise : “je suis un peu dépendante, il me le dit, je le fais”. Anthony R. n’était pas sur les lieux au moment des tirs. Il a aidé Bouvier à fuir dans les jours suivants, avant d’être interpellé en Sarthe, quatre jours après les faits.
Trois semaines aux assises, la préméditation en question
Le Priol répond du chef d’assassinat : l’instruction a retenu la préméditation. Bouvier est renvoyé pour complicité de tentative d’assassinat, Lyson R. pour le même chef, Anthony R. pour recel de malfaiteur et destruction de preuves. Les deux hommes qui ont tiré risquent la réclusion criminelle à perpétuité. Ouvert le 7 septembre devant la cour d’assises de Paris, le procès doit durer trois semaines, jusqu’au 25 septembre, date à laquelle le verdict sera rendu.
Reste à savoir ce que les assises retiendront d’une nuit où tout s’est joué en une poignée de secondes. Le 25 septembre, Paris saura si la justice a suivi l’instruction jusqu’au bout.