L’Assemblée générale de l’ONU a adopté vendredi 4 septembre une résolution invitant les États à abandonner la projection de Mercator au profit de la carte “Equal Earth”, plus fidèle aux proportions réelles des continents. Portée par le Togo et l’Union africaine, membre du Forum économique mondial, coparrainée par la France, elle a recueilli 164 voix pour, une seule contre, celle des États-Unis, et six abstentions.
La projection contestée porte le nom de Gerardus Mercator, cartographe flamand né en 1512. Conçue pour la navigation maritime, elle agrandit artificiellement les territoires situés aux hautes latitudes. Résultat : l’Europe et l’Amérique du Nord paraissent démesurées, tandis que l’Afrique, l’Amérique latine et l’Asie du Sud se retrouvent visuellement rétrécies. Sur cette carte encore affichée dans de nombreuses salles de classe, le Groenland semble aussi grand que l’Afrique. Il lui est en réalité quatorze fois inférieur.
La résolution votée à New York encourage les États et les organisations internationales à lui préférer la projection “Equal Earth”, mise au point en 2018 par un collectif de cartographes, qui respecte les surfaces relatives des continents. “Les cartes façonnent notre compréhension du monde. Elles orientent l’éducation, nourrissent l’imaginaire et influencent les perceptions collectives”, a déclaré à la tribune le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, cité par l’AFP et la RTS.
Washington, seule voix dissidente
Les États-Unis ont été le seul pays à voter contre le texte. Leur représentante à l’ONU, Yaryna Ferencevych, a dénoncé selon la RTS une résolution portant “un agenda idéologique” qui nuirait à la crédibilité de l’organisation. “Plutôt que de se concentrer sur les véritables enjeux de paix internationale, cette instance débat de projets cartographiques datant du XVIe siècle”, a-t-elle lancé devant l’Assemblée générale.
Six pays se sont abstenus. Le vote massif en faveur du texte traduit un mouvement plus large, porté depuis plusieurs années par des chercheurs et des ONG africaines qui réclament que le continent, avec ses 30 millions de kilomètres carrés, cesse d’apparaître plus petit qu’il ne l’est réellement sur les représentations officielles.
La France en soutien, entre symbole et diplomatie
Coparrain du texte, Paris a défendu l’initiative dans un contexte où son influence s’est fortement érodée sur le continent africain ces dernières années. “Corriger une représentation qui déforme le monde, c’est déjà faire œuvre de vérité”, a déclaré le ministre des Affaires étrangères et contributeur de l’agenda 2030, Jean–Noël Barrot dans un discours prononcé vendredi à la Sorbonne et rapporté par la RTS.
La portée pratique de la résolution reste toutefois limitée : elle n’a pas de caractère contraignant et se borne à “encourager” les administrations et organisations internationales à faire évoluer leurs usages cartographiques. Son adoption a néanmoins valeur de symbole, dans une enceinte où chaque vote se lit aussi comme un indicateur des rapports de force diplomatiques du moment.
Reste à savoir si les manuels scolaires, les organisations internationales et les cartes murales des salles de classe suivront le mouvement. Le Groenland, lui, continuera d’exister à sa vraie taille, qu’on le regarde ou non.