Le budget de la France inquiète désormais davantage les observateurs internationaux que celui de l’Italie. Dans plusieurs médias étrangers, la trajectoire des finances publiques françaises sous la présidence d’Emmanuel Macron est qualifiée de “catastrophique”, la France étant décrite tour à tour comme le “cauchemar des investisseurs” et le “maillon faible” de la zone euro.
Le basculement est net. Pendant des années, l’Italie a incarné aux yeux des marchés financiers le foyer d’instabilité budgétaire de la zone euro, avec sa dette abyssale et ses gouvernements de courte durée. La comparaison s’inverse aujourd’hui. Selon la presse étrangère citée le 5 septembre, “l’Italie n’est plus le problème, c’est la France de Macron” qui inquiète le plus les marchés. Le constat n’émane pas d’un seul titre isolé mais d’un faisceau de commentaires convergents, entre inquiétude sincère et une pointe non dissimulée de satisfaction chez certains confrères transalpins.
Un “cauchemar” pour les investisseurs
Les formules employées ne laissent guère de place au doute sur la gravité perçue de la situation. La France y est décrite comme un “cauchemar” pour les investisseurs, et comme le “maillon faible” de l’ensemble européen. Ces qualifications renvoient directement à la trajectoire du déficit public français, restée durablement élevée, et à l’absence, selon ces mêmes commentateurs, de perspective crédible de redressement rapide des comptes de l’Etat.
Le gouvernement de Sébastien Lecornu, arrivé à Matignon dans un contexte budgétaire déjà tendu, doit composer avec cette pression extérieure au moment même où s’engagent les discussions sur le budget 2027. Cette échéance, associée à la perspective de l’élection présidentielle qui suivra, cristallise l’attention des marchés et de la presse économique internationale.
Une défiance qui se lit dans les taux
Au-delà des commentaires, cette défiance a une traduction concrète sur les marchés obligataires, où les investisseurs exigent des rémunérations plus élevées pour détenir de la dette française, un signal classique de perte de confiance. La situation n’est pas propre à la France : l’ensemble des économies occidentales endettées subit un climat de taux plus exigeant. Mais c’est bien la trajectoire spécifique de Paris, jugée insuffisamment corrigée malgré plusieurs plans d’économies successifs, qui concentre désormais les critiques les plus vives.
Un déficit qui dépasse depuis longtemps les critères européens
Les traités européens fixent en principe un plafond de déficit public à 3 % du produit intérieur brut pour les Etats membres de la zone euro. La France dépasse ce seuil depuis plusieurs années consécutives, une situation qui n’est pas propre à Paris mais qui nourrit, dans le cas français, une inquiétude particulière compte tenu du poids de l’économie hexagonale dans l’ensemble européen. C’est précisément cet écart prolongé entre les engagements pris à Bruxelles et la réalité des comptes publics qui alimente la comparaison, désormais défavorable à la France, avec une Italie longtemps montrée du doigt.
Le scepticisme domine sur un redressement rapide
Les observateurs cités par la presse étrangère se montrent peu convaincus par la capacité de la France à opérer un redressement rapide de ses finances publiques. L’instabilité politique des derniers mois, avec une succession de gouvernements confrontés à des budgets contestés au Parlement, alimente ce scepticisme. Les débats à venir sur le budget 2027 seront scrutés de près, tant par les marchés que par les partenaires européens de la France, déjà engagés dans leurs propres efforts de discipline budgétaire.
Reste à savoir si cette pression venue de l’extérieur pèsera sur les arbitrages budgétaires français plus que les alertes, déjà nombreuses, formulées en interne. L’histoire récente de la zone euro a montré qu’un pays jugé “maillon faible” par les marchés finit rarement par ignorer longtemps l’étiquette.